Municipales: Sarkozy bat en retraite, l'UMP satisfaite

Les élus de la majorité n'insistaient pas pour obtenir le soutien d'un Président en chute dans les sondages.

Nicolas Sarkozy à Sens le 18 janvier (Antoine Gyori/Reuters)

Les commentaires ne manquent pas après la volte-face de Nicolas Sarkozy. En déplacement mardi à Pau, le chef de l'Etat s'est montré définitif: "Je n'ai pas à me mêler de la campagne municipale." Oublié du coup l'engagement prôné lors de sa conférence de presse du 8 janvier:

"Je m'engagerai à la place qui est celle du président de la République, le gouvernement s'engagera pour mobiliser notre électorat, (...) parce que le concept d'élection dépolitisée est absurde."

A Pau, Nicolas Sarkozy a en effet clamé et répété exactement le contraire:

"Je ne veux pas me mêler du détail des municipales dans chacune des villes de France, ce n'est pas mon travail."

Officiellement, il était donc venu parler exclusivement sécurité. Et évidemment pas papoter élection avec Yves Urieta, le maire socialiste de la ville, qu'il a pourtant reçu discrètement à l'Elysée il y a quelques mois, pour lui confier la tête d'une liste d'ouverture soutenue par l'UMP... Le même Yves Urieta qui a pourtant déclaré mardi après leur rencontre:

"Nicolas Sarkozy est intéressé par la démarche novatrice de rassemblement" mise en place à Pau...

Un changement de cap -au moins apparent- que les élus de la majorité ont en tout cas accueilli avec soulagement. Nombre de maires se passeront volontiers d'un soutien actif du Président, dont la côte de popularité connaît un trou d'air. Alain Juppé lui-même, candidat à sa propre succession à Bordeaux, a choisi de ne pas faire figurer le logo de l'UMP sur ses affiches.

Pour les députés UMP, "il a autre chose à faire"

Dans les couloirs de l'Assemblée nationale aussi, l'heure est à l'acquiescement. De la part des députés PS d'abord, qui réclament, à l'image de Jean-Marie Le Guen, que le chef de l'Etat cesse sa "pantomime politique". De la part des députés UMP surtout, et notamment de Lionnel Luca, qui pense qu'"il a d'autres choses à faire que d'aller s'impliquer dans des combats municipaux hasardeux":



Des députés de la majorité qu'il convient pour le chef de l'Etat de ménager quelque peu, au risque de voir leur soutien s'amenuiser. Submergé par l'accumulation de textes à voter sans avoir le temps de les approfondir, le groupe UMP connaît quelques crispations.

Difficile pour les députés d'assister à l'affaiblissement des pouvoirs du Parlement, ou de savoir à l'avance que telle ou telle mesure va leur être imposée dans les prochaines jours, comme ils le pressentent avec le récent rapport Attali sur la relance de la croissance.

Le PS moque le "tête-à-queue" du chef de l'Etat

Mais c'est avant tout l'opinion publique qui préoccupe Nicolas Sarkozy. Son revirement intervient quelques jours après la publication par Le Figaro d'un sondage Opinion Way révélant que pour 73% des personnes interrogées les enjeux locaux prédominaient aux municipales.

L'opposition n'a pas laissé passer l'occasion de s'engouffrer dans la brèche. Le Premier secrétaire du PS a moqué, ce mercredi sur les ondes de RMC, le "tête-à-queue" du président de la République:

"Que s'est-il passé? Mon interprétation est très simple, c'est que les députés, les candidats UMP (...) ont dit à Nicolas Sarkozy 'moins tu te mêleras des élections municipales, mieux on s'en portera'."

Les socialistes n'hésitent pas à asséner à l'envi qu'ils tiennent, eux, à politiser les scrutins des municipales et cantonales. Histoire de se rattraper de la double défaire subie à la présidentielle et aux législatives, et d'accroître leur main mise sur les exécutifs locaux après leur écrasant succès aux élections régionales de 2004 (20 régions sur 22 décrochées en France métropolitaine).

"Il y aura donc un enjeu tout à fait national au-delà des considérations locales", confirme le député PS Philippe Martin, qui espère que les Français saisiront l'occasion d'adresser un "carton jaune" à la politique gouvernementale.


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22H25    23/01/2008

Je dois dire que, si je n'avais pas déjà été assis, je serais tombé sur le cul en entendant l'intervention d'Apparu.
Qu'un député UMP déclare tout uniment que le président de la République "est évidemment le chef de la majorité", voilà qui tranche assez furieusement avec l'orthodoxie gaulliste, ou simplement avec la lettre de la constitution. Le président de la République est le chef de l'Etat, à ce titre président de 100% des Français. Pas de 53% des électeurs inscrits ayant pris part au vote.
Bien sûr, il s'agit largement d'une hypocrisie, mais pour le coup je crois que cette hypocrisie est nécessaire pour une bonne marche de la République. C'est du reste le fait que Sarkozy s'affranchit de cela qui suscite tant d'inquiétudes. Où l'on voit que, dans ce cas aussi, Sarkozy ne maîtrise pas les implications de ses propos ou attitude.

Quand Luca évoque le précédent de 1977, il touche plus juste, me semble-t-il. Dans le même esprit, il serait également utile de se rappeler les cantonales qui ont considérablement coûté à la gauche en 1983 (je ne suis plus très sûr de la date).
Or ça tombe bien : dans mon canton, on vote aussi pour un conseiller général. Et des cantons qui basculent, ce sont peut-être des départements qui basculent...
Pas de doute, le mois de mars sera intéressant.

 
Par pene-r
23H27    23/01/2008

Ben je viens de regarder sur le site du sénat:
http://www.senat.fr/role/colleg.html

Et il y est précisé que les sénateurs sont élus à 95% par les conseillers municipaux, donc les municipales ont bien un enjeu national puisque les conseillers municipaux (enfin leur délégués) choisiront les sénateurs, qui participeront éventuellement à des votes concernant la constitution (si je ne m'abuse). Renouvellement du Sénat en septembre 2008 (total ou partiel ??)

Enfin bref on a pas souvent l'occasion de le dire mais je crois que le PS a raison de politiser le scrutin des municipales.
Il serait peut être intéressant que quelque spécialistes fassent des projections (sénat et parlement), je crois pas que Sarko craigne de perdre Bordeaux. Par contre perdre; Bordeaux, Marseille, etc... c'est peut être plus pareil.