"Les pauvres sont des bonzaïs, on les empêche de grandir"

Le Printemps des Bonzaïs, voilà un nom étrange… Pourquoi le printemps? Pourquoi le bonzaï? Voilà qui a aiguisé bien des curiosités.

Une fois le projet pensé, les personnages choisis, nous nous sommes lancé corps et âmes dans l’écriture… Un documentaire se vend avec un producteur, un cv et un synopsis détaillé qui démontre votre maîtrise du sujet, votre connaissance des personnages et surtout une démarche structurée qui vous conduit à répondre à une problématique préalablement posée. Sans synopsis, pas de dossier, sans dossier pas de producteur et pas de diffuseur, sans producteur et sans diffuseur pas d’argent, pas de tournage, pas de diffusion… Bref, rien du tout.

Cette phase d’écriture n’a pas été trop douloureuse. Il y a bien eu débat sur la problématique et les intervenants qui analyseraient l’action de nos personnages mais dans l’ensemble Léa et moi partagions la même vision… Toute la phase de recherche, toutes les rencontres, nous les avions faites ensemble. Nous avions donc un ressenti assez similaire si ce n’est que, du fait de nos personnalités, Léa voyait souvent tout en rose et moi tout en noir, le mélange des deux aboutissant à un gris légèrement rosé qui doit s’approcher de la couleur de la réalité.

Une fois couché sur le papier notre "vision" du film, nous nous sommes heurtés à un obstacle inattendu: comment appeler notre projet. Jamais nous n’avions pensé qu’un détail aussi insignifiant pourrait amener à des débats enflammés, des séances de brainstorming, des chamailleries et des moqueries… Tout a commencé dans un café au coin de la rue Lafayette lorsque, d’un ton grave et sentencieux, Léa m’a dit: "On ne peut plus reculer il nous faut un titre." Nous avons donc ouvert un petit carnet, quelques propositions ont fusé, le plus souvent suivies de fou rire. En fait, nous voulions donner l’idée d’un changement, mais surtout pas d’une révolution, une sorte de rupture mais… tranquille… Ah non! Surtout pas ça!

Puis le concept du tournant s’est imposé, nous voulions montrer que l’économie pouvait bifurquer et prendre un tournant durable et solidaire… "Tournant durable", voilà qui sonnait faux… Le français se prête si mal aux tournures littérales… Un premier terrain d’entente fut trouvé sur un titre anglais "A World–Wide Shift". Pas mal, mais un titre anglais pour un documentaire français sur des entrepreneurs français destiné à public tout aussi hexagonal (si l’on peut dire), ça n’était pas adéquate. Il fallait tout recommencer… Autant vous dire que nous avons passé des semaines à nous appeler quotidiennement, commençant généralement nos conversations par "Ca y est, j’en ai un!" et les finissant le plus souvent par "Ouais, t’as raison c’est naze".

C’est finalement en cherchant des photos de nos personnages qu’est venu le déclic. Sur le cliché que nous avions sélectionné de Marie-Noëlle Besançon, elle portait un petit bonzaï, récompense et symbole de son intégration à un réseau d’entrepreneurs sociaux appelé Ashoka. Ce n’était pas le premier bonzaï que nous croisions… Une des phrases choc du discours de Muhammad Yunus (Prix Nobel de la Paix 2006 et inventeur du microcrédit) lors d’une conférence à laquelle nous avions assisté à Sciences Po, revint à notre esprit "les gens pauvres sont des bonzaïs (…) on les empêche de grandir!". Nous tenions notre image… Le concept du bonzaï rassemblait tout, la métaphore de l’environnement avec l’arbre, la réconciliation du culturel et du naturel. Le printemps c’était la libération des énergies, la volonté de grandir de s’épanouir…


Puis nous avons réfléchi et creusé un peu plus la métaphore, car le bonzaï est un arbre dont les racines sont taillées et les branches ligaturées; un arbre que l’on empêche de pousser. C’est donc un symbole pour tous ces gens dont nous voulons raconter l’aventure, ces entrepreneurs du meilleur qui cherchent les clés du développement. En fait, ces hommes et ces femmes, entrepreneurs sociaux, se donnent et donnent aux autres les moyens d’évoluer et de grandir, dénouant les racines du monde où nous vivons et laissant pousser les branches d’un monde meilleur.

"Le printemps des bonzaïs" annonce une nouvelle ère où chacun pourra libérer ses branches et se développer durablement, afin de construire le monde de demain.



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14H38 27/03/2008

La métaphore est effectivement plutôt bien choisie! Si on serine, à juste titre, que l'argent ne fait pas le bonheur ; on sait très bien qu'en manquer crée un certain malheur. Quelqu'un ayant du mal à payer son loyer ne prendra pas le temps de lire un livre (vue le prix des livres de poche, il n'en a de toutes façons pas les moyens), le journal ou d'aller dans un musée. Il se contentera le plus souvent de produits alimentaires bon marché et souvent de moindre qualité au détriment de sa santé et de son bien être. Quelle peut être la force de réaction et l'esprit critique d'une personne écrasée par le quotidien? Que veulent nos dirigeants pour les gens, à part vendre du soda?

 
14H43 27/03/2008

Printemps, été, automne ou hiver, les bonzaïs ne grandissent jamais ...

Mais chacun d'entre eux a des racines et essaie de monter jusqu'au ciel. Ca me rappelle le titre d'un film, ça : "Les racines du ciel", ça ne vous dit rien ?

http://ehim.over-blog.com

 
14H57 27/03/2008

Le film adapté du bouquin de Romain Gary, non? Il s'agit d'éléphants, il me semble... Perso, je préfère Errol Flynn dans Robin des Bois! Il ya aussi le magnifique film de Myiazaki "Le chateau dans le ciel" où un vieil arbre gigantesque et magnifique permet à une île volante de rester en bon état.

 
23H14 27/03/2008

quand c'est fait par intervention humaine,c'est un Bonzaï.quand c'est volontaire,on apelle ça un Otaku.
Otaku Président!!!

 
13H20 28/03/2008

En écho à la dernière phrase de votre post, je vous livre cette petite phrase du grand Karl : " Une fois dépouillée de sa forme bourgeoise bornée, qu'est-ce que la richesse sinon (...) le développement de toutes les forces humaines en tant que telles, selon nul étalon préétabli "

 
16H20 28/03/2008

Un pauvre n'est pas un riche en plus petit
la metaphore exagere les splendeurs des nantis
le bonzai conchie le baobab encombrant
par contre les roses...

 
3-bastet | électron libre
17H06 29/03/2008

Le bonzai ne se développe pas naturellement: faut lui couper les racines, les branches, le ligaturer pour en faire ce que son créateur veut. Ce n'est pas "la copie" de la nature, c'est imposer ce que l'on veut comme image de la nature.
Quand on laisse un bonzai sans contrainte, la nature retrouve ses droits.
Intéressant à écouter Mr Yunus.

 
Coragyps Atratus | Dans l'attente du moment propice
20H03 29/03/2008

Le bonzaï n'est bonzaï que parce qu'il dépend des bons soins donnés par une main "providentielle".
Toute la survie de cette plante dépend de cette main.

Je préfère voir la graine qui pousse librement dans la nature, avec pour seule aide le bon vouloir du temps.