Publié sur Rue89 (http://rue89.com)
Pollution: ces activistes qui éteignent les lumières
Par Ophélie Neiman
Créé 02/29/2008 - 15:43

Une nuit, trois perruques colorées, des néons qui s'éteignent: c'est le Clan du Néon [1] en action. Leur mission, éteindre les enseignes lumineuses restées allumées pendant la nuit. Petite démonstration.


Impossible de comptabiliser tous les activistes de France qui se réclament d'appartenir au Clan du Néon. Mais leur domaine d'intervention dépasse largement la capitale. Leur blog [2] propose des vidéos tournées à Dole, Chambéry, Lille, Rouen et bien d'autres villes de province.

"It's not too late"

Greenpeace a mené une action antigaspillage énergétique jeudi 28 février à Paris: des banderoles "It’s not too late" et des tracts "Eteignez votre magasin la nuit et le dimanche" ont été disséminés dans des quartiers où pullulent les enseignes éclairées la nuit (Saint-Germain, Saint-Michel, rue de Rivoli, boulevard Haussmann…).

Dans les rêves des militants, la ville lumière vit à la seule lueur des lampadaires… Une révolution culturelle qui devra passer par une (r)évolution énergétique. En France, rien que les appareils en veille consomment chaque année l’équivalent de la production de deux réacteurs nucléaires.

David Fabre

Au-delà de la blague, ce jeu, certainement initié lors d'une soirée arrosée, met en lumière un important gaspillage d'énergie. Si ces faux clowns dénoncent avant tout la publicité de commerces imposée aux passants, les nuisances lumineuses dépassent, elles, largement ce cadre.

Pour ceux qui ont la tête dans les étoiles, cette pollution a de quoi les faire redescendre. Le halo lumineux urbain augmente la clarté générale de la voute céleste et en masque les "détails". Ainsi, depuis Paris, on compte les étoiles sur les doigts de ses mains.

Les oiseaux migrateurs ne sont pas plus à la fête. Ces halos lumineux, intenses dans certaines villes, désorientent leur trajet, quand ils ne vont pas s'écraser contre les façades d'immeubles situés en littoral. Quant aux riverains, les lumières clignotantes perturbent également leur sommeil.

Engagement 75 du Grenelle

Mais d'un point de vue énergétique, cette pratique est un gouffre. Plusieurs études évaluent l'éclairage à 40% des consommations totales d'électricité du secteur tertiaire.

L'éclairage public n'est pas en reste, selon une récente enquête [3] de l'Agence de l'environnement de la maîtrise de l'énergie (ADEME [4]). Dans une commune, il absorbe en moyenne 47% de la consommation d'électricité, c'est le plus gourmand en énergie. Et pour cause, aucune règlementation n'existe pour encadrer cette pratique. Sans compter que, parfois, les lampadaires sont mal orientés et éclairent plus le ciel que la route.

Réglementer la pollution lumineuse, c'est l'engagement numéro 75 du Grenelle de l'environnement. Mais certains ont préféré agir en perruque plutôt que d'attendre son éventuelle application. Une solution à la limite de la légalité -au pire, il peuvent être accusés de porter préjudice au bon fonctionnement d'un commerce- mais certainement ludique.

Et pour les moins téméraires, qui préfèrent afficher leur combat sur les murs de leur chambre, le site Avex [5] propose des cartes ou des posters montrant la répartition de la luminosité dans l'Hexagone. C'est peut-être ce que cette pollution méconnue produit de plus joli.

Pour aller plus loin: La galerie de photos [6] du Clan du Néon réalisée par le photographe Joseph Melin


URL source: http://rue89.com/2008/02/29/pollution-ces-activistes-qui-eteignent-les-lumieres

Liens:
[1] http://clanduneon.over-blog.com/
[2] http://clanduneon.over-blog.com/
[3] http://www.anpcn.fr/post/1970/01/01/eclairage-public-et-consommation-denerie-des-communes-une-enquete-de-lADEME#main
[4] http://rue89.com/www.ademe.fr
[5] http://avex.org.free.fr/dossiers/?page_id=38#2a
[6] http://www.flickr.com/photos/josephmelin/sets/72157603957501323/