Sarkozy, le gaulliste décomplexé

Sarkozy rend visite aux soldats français à Kaboul en décembre 2007 (Reuters).

J'avais eu l'occasion d'exposer mon désaccord avec Pierre Haski sur l'atlantisme illusoire de Nicolas Sarkozy: je n'ai pas changé d'avis, bien au contraire, sa méprise sur la politique étrangère française actuelle -certes bien partagée- me paraît se poursuivre. En réalité, la politique étrangère de Sarkozy s'inscrit dans le droit fil du consensus post-De Gaulle dont tous les présidents de la Ve République ont été partie prenante, et n'en varie pas d'un iota dans les faits (pour les discours, c'est autre chose).

Le saviez-vous?

J'aimerais commencer par quelques mises au point, car le débat est mal engagé: ainsi, les étiquettes "atlantistes" et "gaullistes" obscurcissent les choses plus qu'elles ne les éclairent.

Saviez-vous par exemple que la France est présente à plus de 80% dans les structures intégrées de l'Otan? Non seulement nous ne sommes absents que du comité des plans de défense et du groupe des plans nucléaires, mais nous avons déjà une centaine d'officiers dans les états-majors, à Norfolk (Virginie) par exemple. Nous commandons périodiquement des opérations de l'Otan, et nous sommes les meilleurs élèves de la classe sur certains aspects (transformation; force de réaction rapide).

Peut-être, me direz-vous, mais alors, franchir ce cap, ces 20% restant, ce serait abdiquer toute volonté d'une politique française indépendante? Pas du tout. D'abord, nous n'avons jamais quitté l'Otan, rappelons-le: l'échelon politique important c'est le CAN (Conseil de l'Atlantique Nord), lorsque les 26 ambassadeurs de l'Otan se retrouvent, et si un seul d'entre eux n'est pas d'accord, tout s'arrête: il y a 26 droits de veto, comme le montre actuellement le refus obstiné de la Grèce de faire entrer la Macédoine avec son nom.

Terminons cette mise au point avec un rappel des années Chirac: non seulement Jacques Chirac -qu'on peut difficilement taxer d'atlantisme- a proposé exactement le même retour dans le commandement militaire intégré en 1996-1997 (avec plutôt moins de conditions que Sarkozy), mais il a tellement usé de son influence politique au sein de l'Otan au moment du Kosovo qu'il en a dégoûté les Américains qui s'en sont largement détournés: c'est ce qu'on appelle "le syndrome du pont de Belgrade".

Du coup, au moment de l'Afghanistan, ils ont répondu aux offres de service de l'Otan: surtout pas! (avec des formules plus polies, comme "Don't call us, we'll call you"). Bref, on voit bien que l'étiquette "atlantiste", qui voulait dire quelque chose du temps du Général (quand il y avait, rappelons-le, des dizaines de milliers de soldats et des bombes nucléaires américaines sur le sol français), ne permet plus de décrire le positionnement vis-à-vis de l'Otan. On peut être en-dehors de l'Otan et avoir une politique étrangère qui prend ses ordres à Washington. On peut être dans l'Otan et conduire une politique étrangère indépendante.

Words, words, words

Pourquoi veut-on tellement voir Sarko en "atlantiste", en meilleur ami de Washington? Pour une bonne raison et deux mauvaises. D'abord parce qu'il le dit lui-même, dans sa stratégie de rupture qui est pourtant, en politique étrangère, très surfaite. Deuxième raison: parce que les journalistes répètent ce qu'il dit sans regarder de plus près le contenu de ses politiques, ni l'histoire. Je ne dis pas ça pour Pierre Haski (euh, si, en fait, je le dis aussi pour Pierre Haski, mais gentiment), mais reconnaissons que les journalistes n'aiment rien tant que les contrastes, et ici Sarko nous offre un beau contraste: Chirac gaulliste, Sarko atlantiste... on ne va pas bouder, même si ça ne colle pas tout à fait avec la réalité.

La troisième raison, c'est que les journalistes et les observateurs ont oublié que le Chirac de 2003 (Irak) n'est ni celui de 1995-2002 (cf. supra), ni celui de 2004-2007, période pendant laquelle une remarquable réconciliation franco-américaine s'est opérée. Sarkozy a joué sur le contraste des perceptions, pas sur celui des politiques. Et, oui, il a fait des discours sur l'amitié franco-américaine et sur l'amitié franco-britannique, comme avant lui presque tous les présidents et ministres des affaires étrangères en début de mandat (à l'exception de Michel Jobert).

Ce papier est déjà beaucoup trop long, mais rappelons cette anecdote: lors de la crise des missiles de Cuba en 1962, lorsque De Gaulle a assuré Dean Acheson, émissaire de Kennedy, du soutien "sans réserve" de la France parce qu'elle est son alliée, il l'a fait contre l'opinion publique française majoritaire, plutôt favorable à Cuba. Ca ne veut pas dire que De Gaulle était atlantiste, mais qu'il estimait que la France pouvait conjuguer une politique d'indépendance nationale et une solidarité avec sa "famille occidentale" quand des intérêts essentiels étaient en jeu.

L'Afghanistan

Ce qui me conduit, toutes proportions gardées, à l'Afghanistan. L'un des aspects irritants du débat actuel, c'est que parmi ceux qui s'opposent à l'envoi de troupes supplémentaires, l'argument essentiel semble être: "Parce que les Américains l'ont demandé, parce que c'est une guerre américaine". Bref, oublions notre politique indépendante française: tout est donc décidé à Washington, il suffit de faire l'inverse de ce que font les Américains! Ca n'est pas sérieux. Nous avons un intérêt fançais, et un intérêt européen, à ce que l'Afghanistan ne retombe pas dans le chaos de 1992-1996, ni dans les brutalités talibanes de 1996-2001.

"La solution n'est pas militaire", disent certains. Evidemment qu'elle n'est pas militaire (personne ne dit le contraire), mais elle inclut nécessairement un volet de sécurisation. Et les deux autres volets sont d'une part la (re)construction et surtout, point plus délicat mais plus important, la réintégration des Talibans dans le jeu politique, comme les Britanniques le suggèrent... mais les Américains bloquent sur ce point, assimilant Talibans et al Qaeda dans une "guerre contre le terrorisme" indistincte.

Sarko le gaullo-sarkozyste

Mais j'en reviens à l'interprétation de Pierre Haski. Le discours du 18 janvier 2008, qu'il nous engage à lire, est assurément instructif: Sarkozy y parle notamment du rôle "irremplaçable" de la France sur la scène internationale et d’un "monde multipolaire dont l’Union européenne pourrait devenir progressivement l’un des pôles les plus actifs, si seulement elle en a la volonté." Ca sonne bien plus chiraquien qu'atlantiste à mes oreilles.

Quant à la "famille occidentale", le retour rhétorique qu'y fait la France (et qui n'est pas contradictoire, on l'a vu, avec le gaullisme) a pour but, comme le cite Pierre Haski, "d'accroître sa crédibilité, sa marge d’action, sa capacité d’influence à l’intérieur comme à l’extérieur de sa famille." Bref, la France est solidaire, mais c'est pour mieux transcender les blocs géopolitiques (notamment en négociant avec les régimes que Washington n'aime pas: Vénézuéla, Syrie, et dans une certaine mesure Libye): ça rappelle la posture d'un certain Général.

Plus généralement, Sarkozy considère les Etats-nations comme les unités de base du système international (comme De Gaulle), il considère que la force militaire est à la racine de la souveraineté (comme De Gaulle), il est fondamentalement dirigiste et défend les champions nationaux tout en vitupérant contre le dollar (comme De Gaulle). Surtout, Nicolas Sarkozy est un volontariste et, on ne le répétera jamais assez, un pragmatique (comme De Gaulle) et la discussion sur son supposé "atlantisme" ou son supposé "gaullisme" devrait débuter et s'achever sur ce dernier argument.

Venons-en aux faits

Mais assez de discours: des actes. En effet, je ne conteste nullement que la rhétorique sarkozienne soit "atlantiste", ou, disons, pro-américaine. En revanche, les actes sont en décalage avec ce discours, et ils comptent davantage (les signaux, la posture comptent, mais un certain temps seulement).

Comme cette réponse à Pierre Haski est déjà bien trop longue, je vais, au bénéfice de ceux qui ne sont pas encore endormis, résumer mon analyse de l'année de politique étrangère écoulée sous forme de catégories non pas sur l'axe "atlantisme-gaullisme", étiquettes dont on a vu l'inanité, mais sur l'axe "rupture conforme aux souhaits de Washington" - "continuité chiraco-gaulliste" - "rupture dans le sens inverse aux souhaits de Washington".

Rupture conforme aux souhaits de Washington:

  • 1. Afghanistan: même si nous avons nos propres bonnes raisons de stabiliser l'Afghanistan, on peut voir la décision d'accroître nos effectifs militaires (très efficaces mais, notons-le, très peu nombreux par rapport à nos partenaires) comme une bonne nouvelle pour Washington.

Continuité chiraco-gaulliste:

  • 1. L'Iran, si l'on regarde les faits de 2002 à 2008, au-delà d'un discours plus ferme, la posture est inchangée.
  • 2. L'Irak, certes Bernard Kouchner y est allé en visite... mais ce qui serait choquant serait qu'il n'y aille pas! Et aucun geste concret de coopération franco-américaine sur ce dossier n'a suivi.
  • 3. Israël-Palestine, pas un iota de différence (sauf peut-être cette déclaration très ferme de Bernard Kouchner sur les colonies israéliennes).
  • 4. Indépendance de l'Europe de la défense (avec plus d'enthousiasme encore pour Sarkozy).
  • 5. Rapprochement avec l'Otan, peut-être retour plus complet dans les structures militaires intégrées.
  • 6. Demande de levée de l'embargo sur les armes pour la Chine.
  • 7. Démarches sur le réchauffement climatique hostiles à Washington.

Rupture avec Jacques Chirac dans le sens inverse aux souhaits de Washington:

  • 1. Refus de l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne
  • 2. Discussions avec la Syrie (juillet - décembre 2007)
  • 3. Inclusion du Hezbollah dans les négociations intra-libanaises
  • 4. Réception de Hugo Chavez à Paris

Je vous laisse faire la comparaison, cher Pierre.


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Par Jaycib
13H36    03/04/2008

Je pense que le papier de Justin Vaïsse est fondamentalement juste dans son appréciation de la posture de NS vis-à-vis des Etats-Unis. On pourrait craindre qu'une intégration à 100% de la France dans les structures exécutives de l'OTAN constitue SYMBOLIQUEMENT une erreur, mais elle ne changerait pas grand chose dans les faits.

Reste la décision d'envoyer des troupes supplémentaires en Afghanistan. Sarkozy en a déjà beaucoup rabattu par rapport à ses annonces antérieures : le nouveau contingent français comprendra quelques centaines d'hommes, et surtout il sera cantonné à l'est de l'Afghanistan, région beaucoup moins exposée au feu de l'ennemi que le sud (autour de Kandahar), où les Canadiens, entre autres, ont déjà perdu pas mal d'hommes. La fonction, le rôle des troupes françaises consiste essentiellement à traquer les infiltrations de talibans depuis les zones tribales pakistanaises mal contrôlées, et à former les cadres et le contingent de l'armée afghane. Disons que les Français joueront le rôle (utile) de "semi-planqués" sur le plan militaire, car ils s'exposeront comme aujourd'hui à un risque bien inférieur à celui que courent les USA, le Canada, etc.

L'aspect majeur de toute décision relative à l'Afghanistan doit prendre en compte les questions suivantes :

1) Envoyer quelques centaines d'hommes de plus a-t-il un sens sur le plan stratégique, étant entendu qu'il ne faut PAS que les troupes internationales (essentiellement occidentales) subissent un revers de taille rappelant celui de l'URSS ? (Un Afghanistan laissé à l'état d'"électron libre" conduit par les talibans ne servirait qu'à faire progresser le camp musulman fondamentaliste et à fournir à Al Qaïda des bataillons supplémentaires.)

2) Une position plus critique de la France vis-à-vis de l'OTAN et de la question afghane ne devrait-elle pas consister à préconiser une véritable politique de sécurisation ET DE DEVELOPPEMENT du pays ? C'était l'objet initial du déploiement de troupes en Afghanistan, mais l'aspect développement a été complètement négligé jusqu'ici.

Sarkozy ne semble pas vouloir infléchir profondément l'attitude française car l'envoi de quelques troupes supplémentaires a surtout une valeur symbolique (semblable à celle de l'implication française dans la première guerre d'Irak sous Mitterrand). Pas plus que ses prédécesseurs, NS ne semble vouloir répondre positivement à la deuxième question, car il faudrait alors que la France consacre des moyens en hommes et en ressources matérielles se chiffrant en milliers d'une part, et en dizaines de milliards d'euros d'autre part. Ni NS ni la population française ne semblent prêts à franchir un tel pas, même si cela semble indispensable à terme, tout bien réfléchi, SI L'ON VEUT AVOIR UN VERITABLE IMPACT sur la situation afghane.

Il n'y a donc pas de changement profond de l'attitude française sur le plan historique. Sarkozy souhaite essentiellement dire aux Américains que la France est bien à la remorque du pacte Atlantique, mais à la remorque seulement. Pas question d'adopter une posture (à la Tony Blair) d'engagement profond au côté des USA, comme dans le cas de la deuxième guerre d'Irak.

Un commentaire sur ce qui a été dit de la Brookings Institution :

C'est un non-sens de croire qu'il peut jamais y avoir une politique de neutralité pacifique des Etats-Unis vis-à-vis du reste du monde, comme semblent le croire pas mal des personnes qui ont réagi ici à l'article de Justin Vaïsse, étant bien entendu qu'une telle neutralité pacifique n'a jamais été la posture de la France gaulliste (ou autre) non plus. De Gaulle a soutenu les USA lors de la crise des missiles de Cuba, et Mitterrand a défendu Margaret Thatcher à l'occasion de la guerre des Malouines, envoyé des troupes lors de la 1ère guerre d'Irak, etc.

Brookings s'est toujours inscrite à l'appui de la politique extérieure des USA en tant que PUISSANCE ECONOMIQUE ET MILITAIRE majeure, mais elle a historiquement adopté une attitude critique virulente vis-à-vis de tous les débordements impérialistes de cette politique (Chili, Opération "Condor", Vietnam, etc.). Allez relire les divers papiers et bouquins de Leslie Gelb, et vous en aurez la preuve.

Et Brookings a bien besoin de notre soutien en un temps où les positions des néo-conservateurs, de la Heritage Foundation, etc. font encore florès dans la presse et au sein de l'administration fédérale américaine, même si elles ont en pris un sacré coup sur la tête avec le désastre de l'intervention en Irak.

Les commentaires sur le financement de la Brookings Institution sont spécieux. Toutes les fondations américaines du genre "groupe de réflexion" (thinktank) sont bien obligées de trouver des fonds quelques part pour subvenir à leurs besoins. Et trouver des fonds aux USA passe par des investissements boursiers (c'est également vrai de toutes les grandes universités américaines, à propos). Il n'y a rien de spécial à cela. Préfèrerait-on que Brookings soit subventionnée par l'Etat fédéral américain ??

 
14H21    03/04/2008

@ Justin Vaisse,

D'accord avec tout l'article. Juste un point vous dites: "Chirac: non seulement Jacques Chirac -qu'on peut difficilement taxer d'atlantisme- a proposé exactement le même retour dans le commandement militaire intégré en 1996-1997 (avec plutôt moins de conditions que Sarkozy)"

Tres juste sur Chirac, on parlait meme de "revolution stratégique" Je croyais pourtant que Chirac avait demandé des contreparties percues comme extravagantes a la réintégration de la France dans le commendement militaire intégré: role du D-SACEUR sous controle de la UEO + obtention d'un des commandements majeur (AFSOUTH, AFNORTHWEST, ou AFCENT), déplacement du Commandement Sud de Naples a Paris, + refus de l'élargissement si les propositions francaises n'étaient pas mises en place.

 
Par Avril
14H24    03/04/2008

D'autant que l'OTAN n'est qu'une option pour les Etats-Unis et seulement une option : leur armée peut se suffire à elle même (cf leur budget militaire colossal).

C'est exactement ce qui est arrivé avec la trise affaire irakienne. Les USA ont d'abord essayé d'embarquer l'ONU, puis l'OTAN, pour finalement créer une coalition anglo-saxonne flanquée de petits Etats-clients.

 
15H18    03/04/2008

@Marie,
je ne comprends pas votre réaction, surtout celle de délégitimer quelqu'un parce qu'il collabore avec une "institution indépendante" américaine. Je partage le sentiment d'Arnaud Aubron (c'est normal, on bosse ensemble!) dont le commentaire a été refermé (comme quoi ça nous arrive à nous aussi!!): nous sommes ravis d'accueillir des opinions contradictoires. Justin Vaïsse écrit sur Rue89 depuis le début du site, et le fait que nous ne soyions pas d'accord produit justement des débats intéressants. Ce fut le cas lors du voyage de Sarkozy à Washington, c'est de nouveau le cas cette fois, avec le sommet de l'Otan. Il a voulu répondre à mon article, et je ne vais pas me géner pour répondre au sien. Si une ligne rédactionnelle c'est de rester entre gens d'accord entre eux pour s'autocongratuler, c'est un peu stérile. Un débat revigorant sur un enjeu important permet au contraire de se forger des opinions plus argumentées, c'est bon pour tout le monde. Rendez vous demain avec ma réponse à Justin Vaïsse.

 
Par Obash
16H51    03/04/2008

Merci pour cet article.

En lisant les commentaires, j'ai soudain repensé aux écrits de Kuhn. Certes, le sujet est décalé puisque Kuhn n'étudie pas l'histoire de la pensée politique mais celle des courants de pensées en sciences (ceux qui connaissent comprendront l'allusion). Bref, beaucoup d'entre vous semblent en désaccord avec cette intervention car vous ne pouvez accepter l'envoi de troupes en Afghanistan. Mais J.Veisse n'a nullement légitimé cet envoi!

De plus, je peux comprendre le refus d'envoyer des troupes. Mais soyons maintenant réalistes, quelles sont les alternatives? Les moyens d'actions dans de telles situations semblent limités. Si nous laissons tomber ce pays, que se passera t il? Si nous y allons, avons nous une chance d'y construire une société plus démocratique? L'autre question que je pose est principale, de mon point de vue : le système démocratique que vous défendez est il culturellement adapté à ce pays? Ne faut il pas laisser ce peuple décider, évoluer selon sa culture vers un système adapté, même si cela implique des massacres? Que penseriez vous si les Chinois venaient en France en nous expliquant que la démocratie n'est pas un bon système et qu'ils allaient nous imposer leur système pour notre bien?

Ces questions sont délicates, je l'avoue, et je ne sais que répondre.

Mais pour revenir à l'article, J.Vaisse tente de nous faire comprendre en quoi, selon lui, notre politique extérieure suit une ligne directrice. Pas si cette ligne est bonne ou mauvaise.

 
Par Monacia78
19H00    03/04/2008

Le débat sur "gaullisme" ou "anti-gaullisme" de Sarkozy est sans doute intellectuellement intéressant, mais il tourne un peu en rond, car il y a sans doute un peu des deux en même temps. Sarkozy, qui veut à la fois affirmer sa puisssance et son autorité, mais aussi paraître "cool", pragmatique et sympa, prendra bien soin pour chaque initiative perçue comme "anti-gaulliste" d'en prendre une autre qui l'ancrera parallèlement dans un héritage "gaulliste". De Gaulle approuverait-il la destruction d'un état social qu'il a lui-même contribué à installé? Peu importe, car Sarkozy cultive une posture historique nourrie de l'affirmation de la Nation et de l'hommage à la Résistance... Bref, dans notre société schizophrénique, ce n'est pas une chose et son contraire, mais tout en même temps, le sens des mots comptant moins que la perception d'une communication globale.

Il faut de plus arrêter de faire de De Gaulle la grande figure paternelle qui plane au-dessus de la politique française, et à l'aune de laquelle on doit tout juger aujourd'hui. Même si on peut s'affliger de la médiocrité de la vie politique d'aujourd'hui, on ne gagnera pas en démocratie en baignant dans la nostalgie de grandes figures de pouvoir fort du passé. Louis XIV? Napoléon? De Gaulle? Lâchons un peu le culte d'un pouvoir national fort porté par un seul homme, on impliquera peut-être un peu mieux la population dans une vie démocratique actuellement exsangue.

Quant aux orientations de politique étrangère de Sarkozy, ce qui compte à terme c'est de savoir à quoi tout cela nous mène concrètement.

Pour ma part, je trouve que Sarkozy nous a donné jusqu'à présent des signes très inquiétants en la matière. Il y a de quoi s'inquiéter quand on constate sa méthode la jouer cool-copain avec tout le monde, y compris d'illustres dictateurs (sur le modèle de son milieu de prédilection, le show-biz); il y a de quoi frémir quand on l'entend prononcer un discours "ferme" sur l'Iran nucléaire mais vendre derrière des centrales nucléaires et des armes à tour de bras à n'importe qui. Quelle est enfin la logique d'aller courtiser personnellement un Bush en fin de mandat alors que la crédibilité de ce dernier dans son propre pays est au plus bas (y compris dans son camp) et que ses 8 ans de pouvoir ont été un désastre pour l'image de l'Amérique et de la démocratie à travers le monde? Bref, je trouve M. Vaïsse exagérément optimiste.

Le fait d'annoncer en Angleterre l'envoi de renforts français en Afghanistan à un moment où la stratégie et les moyens adoptés là-bas semblent pour le moins contre-productifs, cela conforte un message d'alignement sur la logique anglo-américaine et ne nous rassure aucunement. Si cet envoi n'était que conjoncturel et que d'autres perspectives se développaient parallèlement, il aurait été logique d'en réserver aux Français la primeur, tout en annonçant en même temps des mesures constructives pour l'Afghanistan, afin de porter un autre discours que celui de la force des armes qui est de toute façon voué à l'échec (surtout là-bas, où aucun occupant n'a réussi à imposer sa loi militairtement!).

Son orientation vers un axe France - Grande-Bretagne - Etats-Unis n'est quand même pas de l'ordre du fanstasme! Il se donne du mal pour le crédibiliser en tout cas. Or j'aime beaucoup la Grande-Bretagne, mais je crois qu'on ne construira pas de si tôt avec eux un modèle politique et social européen alternatif à celui des Etats-Unis (quel sens à l'Europe si ce n'est pas notre ambition?). L'Europe franco-britannique est vouée à rester une sous-zone de libre-échange soluble dans une économie libérale mondialisée. Sarkozy n'a sans doute pas d'autre ambition - et sa fascination pour le modèle américain est suffisamment affichée pour qu'on la juge effective. C'est là que se joue le coeur du débat. Et la position supposée de de Gaulle là-dessus n'y changera rien.