Querelle architecturale en Espagne: ceci n'est pas un pont

Le Zubi Zuri (Mairie de Bilbao)

Simple construction ou véritable œuvre d'art? Pour la première fois en Europe, un tribunal a reconnu à un architecte, l’espagnol Santiago Calatrava, le droit de propriété intellectuelle sur ses créations. Mais selon le même jugement, rendu lundi à Bilbao, ses prétentions artistiques doivent passer après l’intérêt des citoyens et usagers.

L’objet de la discorde? Le pont de métal et de verre, baptisé Zubi Zuri, qui unit les deux rives du fleuve traversant la ville basque, à quelques mètres du musée Guggenheim. Conçu par Calatrava – auteur, entre autres, de la gare TGV de Saint-Exupéry à Lyon – il a été inauguré en 1997. Dix ans plus tard, la mairie décide d’y ajouter une passerelle pour le prolonger par-dessus une route. Mais au lieu de faire appel au même cabinet, elle s’adresse à l’architecte japonais Arata Isozaki.

Une "altération" insupportable pour Calatrava qui décide de poursuivre les autorités en justice dès l’inauguration de la passerelle, en février dernier. Il réclame alors sa destruction ou 3 millions d’euros de dommages et intérêts. Il n’en faut pas plus pour faire sortir Isozaki de ses gonds, à en croire le quotidien anglais The Independent:

"La dictature de Calatrava qui dit qu’on ne peut pas toucher à son petit pont, ça suffit, on en a marre de cette superstar."

Des élus locaux de l’opposition s’unissent alors aux critiques d'Isozaki pour rappeler que si la surface en verre du pont de Calatrava lui donne bien une allure aérienne, elle cause aussi de nombreuses chutes lorsqu’elle est mouillée. Or, à Bilbao, la pluie n’est pas rare.

Utilité publique contre propriété intellectuelle

Le jugement rendu lundi satisfait finalement tout le monde et personne à la fois. Après avoir qualifié "d'incompréhensible" la décision de la mairie de ne pas consulter l’architecte espagnol pour ces nouveau travaux, le juge a finalement fait valoir "l'utilité publique", les piétons devant bien traverser d’une rive à l’autre, pour refuser la destruction du nouveau pont ou l’indemnisation de Calatrava.

Les avocats de ce dernier ont immédiatement annoncé qu’ils feraient appel, tout en s'estimant satisfaits d'une sentence qui reconnaît aussi que la passerelle ajoutée "altère l’unité artistique et la personnalité de l’œuvre".

Selon le journaliste et historien de l’art Anatxu Zabalbeascoa, c’est la première fois que "s’applique en Europe la loi de propriété intellectuelle à une œuvre d’architecture". Ecrivant dans El Pais, il expose les difficultés que soulève cette jurisprudence :

"Si cette propriété s’exerçait sur une habitation privée, le propriétaire n’aurait-il pas le droit de l’agrandir à sa guise? Et avec un autre architecte si cela lui chante? De plus, si on protège les originaux, les architectes ne pourront plus s’en inspirer, comme ils aiment souvent le faire."

Santiago Calatrava ne se souviendra sans doute pas de 2007 comme de sa meilleure année. Il est également en conflit avec le gouvernement régional des Baléares à cause d’un projet de théâtre commandé par les anciens élus mais finalement refusé par la nouvelle assemblée. En octobre, des pluies torrentielles avaient en outre provoquées l’inondation de son Palais des Arts (Palau de les Arts) de Valence, retardant la première très attendue de l’opéra Carmen de Bizet.


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OsK
04H31 30/11/2007

Quelles belles idée qu'on véhicule là, bientôt le physique des gens sera une propriété intellectuelle, le look aussi, alors tu me ressemble de trop, je suis né 3 mois avant, j'exige que tu te fasses opérer pour ne plus me plagier mon physique !

L'architecture s'exprime dans un espace, la vouloir réduire à une idée qui ne souffre pas le temps et les aléas de l'urbanisme, c'est simplement idéaliser une expression. L'architecture est un art qui s'exprime dans les trois dimensions de l'espace, mais contrairement à la sculpture qui elle aussi investi le réel par son existence (et pas par sa présence comme certains tableaux qui font fi des deux dimensions de leur toile, je parle de bleus de Klein ou de perspectives déséquilibrantes).
L'architecture est vécue de l'intérieur aussi, l'architecture est la rencontre magnifique de la forme et de la fonction dirais-je en plagiant un maître. Or s'il est vrai que comme dit dans votre article, c'est la première fois qu'une architecture fait l'objet d'un procès en droit d'auteurs, ça n'est pas la première fois que l'état intervient pour en protéger l'intégrité artistique !

 
09H47 30/11/2007

« Si cette propriété s’exerçait sur la musique, le propriétaire n’aurait-il pas le droit de l’écouter à sa guise? Et avec un autre musicien si cela lui chante? De plus, si on protège les originaux, les musiciens ne pourront plus s’en inspirer, comme ils aiment souvent le faire. »

Ça marche aussi très bien aussi avec logiciel, livre, film. La propriété intellectuelle absolue vers laquelle on tend est un cancer pour l'innovation.

 
14H40 30/11/2007

MERCI! MERCI! MERCI! personne.
Quand accepterons-nous de supprimer cette propriété intellectuelle absolue?
Cézanne, Matisse, Picasso ont-ils été condamnés pour s'être inspirés des oeuvres du passé?
Sans cette source artistique du passé, ils n'auraient rien pu faire!RIEN! RIEN! RIEN!
Pour les curieux, quelques preuves inédites de ce que j'avance.

http://pikasso02.skyrock.com/

 
Network 23 | identité perdue dans mes papiers
18H09 30/11/2007

Plutôt que skyrock, regarde plutôt ces articles http://multitudes.samizdat.net/spip.php?rubrique63.

Ou Richard Stalman, celui qui a inventé la licence GNU copyleft, écrit:

"Microsoft affirme que la GPL va contre les « droits de la propriété intellectuelle ».

Je n’ai aucun avis sur les « droits de la propriété intellectuelle », parce que le terme est trop large pour permettre de formuler un avis sensé sur le sujet. C’est un fourre-tout, couvrant les copyrights, les brevets, les marques et d’autres secteurs légalement disparates ; des secteurs si différents, dans les lois et dans leurs effets, que n’importe quelle déclaration sur leur totalité est très certainement simpliste.

Pour penser intelligemment aux copyrights, aux brevets ou aux marques, vous devez y penser séparément.

Le premier pas est de refuser de les mettre dans un tas sous la dénomination de « propriété intellectuelle ».

Mes opinions sur le copyright prendraient une heure à exposer, mais un principe général s’applique : on ne peut pas justifier la négation des libertés publiques importantes.

Comme Abraham Lincoln l’a exprimé, « chaque fois qu’il y a conflit entre des droits de l’homme et les droits de la propriété, les droits de l’homme doivent prévaloir ».

Les droits de la propriété sont conçus pour faire avancer le bien-être de l’Humanité et pas comme excuse pour le mépriser."

http://multitudes.samizdat.net/spip.php?article199

 
Courageux anonyme
15H57 30/11/2007

Je suis assez fan de calatrava et de ses constructions mais là il exagère. Marre de la propriété intellectuelle à outrance!

 
Courageux anonyme
18H04 30/11/2007

en complément, l'objet du déli: la passerelle d'isozaki:

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/98/Pasarela_Isozaki.jpg

effectivement pas tout à fait le même style, mais c'est ce qui donne du piment à aux espaces urbains: le contraste. Rien de plus ennuyeux qu'une ville homogène...

+ + + dms + + +