Après la fuite en avant, Le Monde doit éviter la fuite en arrière

La crise du journal Le Monde n’en finit pas de se dérouler. C’est une crise inquiétante, quand on connaît la fragilité de ce secteur doublement menacé dans sa forme imprimée par les journaux gratuits, et dans sa forme numérisée par le foisonnement impressionnant de nouveaux supports d’information. Si l’on ajoute au tableau la morosité ambiante, la fuite des annonceurs publicitaires vers les nouveaux supports Internet, l’accroissement des coûts, et les difficultés de la distribution des journaux, on comprend que le contexte n’est guère favorable.

La stratégie de l’équipe dirigeante qui vient de partir (pour simplifier, le tandem Colombani-Minc) était fondée sur l’idée qu’un groupe consolidé par toute une série d’achats de titres de presse serait mieux armé pour affronter la concurrence. Le principe en œuvre était de compenser la fragilité structurelle du quotidien national d’information générale par des achats de titres régionaux ou de périodiques. Ainsi indexé sur la santé de la presse en général plutôt que sur la seule presse quotidienne nationale, le groupe n’en a pas moins vu les exercices déficitaires succéder aux exercices déficitaires. En 2007, le groupe a dû affronter un niveau net d’endettement de 60 millions d'euros, et une perte de 20 millions d’euros.

Cette stratégie apparait au moins rétrospectivement comme une fuite en avant. La compensation partielle du déficit du journal Le Monde par les profits du reste du groupe, sorte de subvention interne, n’était pas en soi déraisonnable. Mais le nouveau périmètre du groupe aurait exigé des moyens de financement propres supérieurs, qui ont manqué.

Quand la situation est mauvaise... elle a toutes les chances d'empirer

Du coup, aujourd’hui, on fait machine arrière des deux côtés à la fois: on réduit le périmètre, et on diminue les moyens du journal principal.

► D’un côté, la nouvelle équipe dirigeante a en effet procédé en catastrophe à la vente du groupe des Journaux du Midi. Et elle envisage la cession de Fleurus Presse, des Editions de l'Etoile (société éditrice des Cahiers du cinéma), du mensuel Danser ainsi que du réseau de librairies La Procure.

► Et d’un autre côté, 130 suppressions d’emplois ont été décidées. Parmi celles-ci, on compte 85 emplois de journalistes, soit un quart des effectifs de la rédaction, et 45 emplois administratifs. Or, un bon journal a besoin de journalistes de bon niveau, et nombreux, susceptibles de faire un vrai travail d’investigation et d’analyse. Pour comparaison -qui certes n’est pas raison-, 1200 journalistes au New-York Times, ça fait rêver.

Et quand la situation est mauvaise… elle a toute chance d’empirer. En effet, tous les ingrédients de sa prolongation sont présents. Les salariés du Monde se sont mis en grève deux fois, ce qui constitue un manque à gagner important et qui marque une défiance inédite. Selon le journal, il s'agit de la première grève pour un conflit interne de l'histoire du quotidien depuis sa création en 1944.

Un lectorat de plus en plus volatil

Cette première a aussi sans doute été très coûteuse pour certains, dont l’image de la profession exercée cadre mal avec celle du journaliste qui fait grève. Ajoutons que le lectorat de la presse est plus volatile que jamais. Ne pas sortir un journal, c’est prendre le risque de perdre des lecteurs.

La situation est-elle pour autant désespérée? Grossir pour noyer le déficit du maître journal (Le Monde) dans les résultats du groupe élargi, pour s’apercevoir ensuite qu’on a trop grossi par rapport à ses moyens et que le déficit est toujours là, conduit à opérer une double marche arrière en amenuisant le champ couvert par le groupe et en s’attaquant au déficit. La question à présent est celle du bon dosage, afin d’éviter que la fuite en avant de l’ère Colombani-Minc ne se transforme en une fuite en arrière de l’ère Fottorino (le président du directoire du journal).


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Par Phil2922
18H06    04/05/2008

C'est certain, leur position sur la guerre en irak et la défense de la Constitution européenne a montré les limites d'un journal qui se disait ouvert et tolérant aux différentes positions. D'ailleurs, les ventes ont commencé à baisser après 2003. Et alors, là, la volonté de Minc de racheter des journaux régionaux n'a pu qu'augmenter le déficit du journal. Aujourd'hui, le "libéral" a quitté le navire et ce sont les "matelots" (les salarié(e)s) qui vont boire la tasse....

A ma connaissance, Libé se porte bien, aujourd'hui, il faudrait voir du côté de la ligne éditoriale du Monde, trop libérale, qu'il faudrait voir...!

http://phil195829.overblog.com

 
Par Incorrect
18H19    04/05/2008

Le seul canard qui se porte bien financièrement actuellement, en dépit d'une conjoncture défavorable, c'est le Parisien. Et vous savez pourquoi ?
Parce qu'il s'est libéré de l'emprise du Syndicat du Livre, tant à l'impression qu'à la distribution....cela a pris du temps et de l'argent, mais le combat en valait la chandelle.

 
Par kawouede
17H07    04/05/2008

Cette chronique me semble un peu rhétorique et conforme à l'orthodoxie gestionnaire du moment (je dis ça, je ne suis pas anticapitaliste). Est-ce qu'on ne pourrait pas envisager autre chose ? un fonctionnement coopératif type Lip ? Une société des journalistes-lecteurs actionnaires type Le Monde diplomatique ?

Ayez des idées comme disait l'autre en mai... On a l'impression que Le Monde "s'ennuie" ces derniers temps, même si le tract syndical distribué par ses salariés le 1er mai était convaincant (je ne l'ai pas trouvé en ligne mais je suis tombé sur cette pétition http://www.filpac-cgt.fr/spip.php?article592 )

Au passage, même si ce n'est pas ma tasse de thé, il paraît que le site Bakchich Info a besoin de sous http://www.bakchich.info/article3626.html

 
Par vol19
16H30    04/05/2008

L'édition internet interactive du monde (6 euros) est mal pratique pour les utilisateurs, lente, par rapport à la version gratuite.

L'exhaustivité, à laquelle le Monde a d'ailleurs renoncé est impossible en ce moment. L'impression de passer de plus en plus en temps dans de plus en plus de journaux papier et de sites pour accéder à de l'information, de la contextualisation et de l'analyse contradictoire.

C'est celà qu'il faudrait inventer, un review de news qui contextualise et apporte des analyses contradictoires.

Ce serait bien dommage de perdre un news magasine comme le fût le Monde.