Non, la bataille Obama-Clinton n'ouvre pas la voie à McCain

Des opposants à John McCain à Coral Gables, en Floride (C.Barria/Reuters).

A la lecture des dernières tensions entre Barack Obama et Hillary Clinton, plusieurs internautes ont tiré les mêmes conclusions. En s’attaquant mutuellement, ils ouvrent un boulevard à John McCain. "Pendant ce temps, McCain fait tranquillement campagne et engrange des points…" écrit un lecteur dans un commentaire.

Les deux camps démocrates auront certainement des plaies à panser avant de réussir à s'unir derrière le candidat nominé. Mais rien n’indique que John McCain, candidat du parti républicain depuis le 5 mars, ait réussi à profiter de sa nomination plus rapide pour prendre de l'avance sur le candidat démocrate quel qu’il soit.

  • La bataille à rallonge entre les deux démocrates leur a donné bien plus de visibilité.

Preuve en est, le dernier sondage CBS New York Times qui interroge les Américains sur les candidats en lice. 14% disent ne pas avoir entendu parler de John McCain. Ils ne sont respectivement que 3% et 6% à dire la même chose d’Hillary Clinton et de Barack Obama.

D'après les relevés hebdomadaires du Pew Media Center, John McCain n'a fait l'objet que de 17% des sujets consacrés par les médias à la campagne présidentielle.

  • Indépendamment de la lutte entre Obama et Clinton, les ennemis de McCain se comptent au sein de son propre camp.

D'abord parce John McCain n’a toujours pas réussi à rallier son propre parti derrière sa candidature.

Depuis qu'il a obtenu assez de délégués pour obtenir l'investiture de son parti le 5 mars, les primaires du parti républicain se poursuivent symboliquement dans les Etats qui n'avaient pas encore voté. Or près d’un quart des électeurs des primaires républicaines préfèrent voter pour des candidats qui ne sont plus en course plutôt que pour lui (26% aux primaires de Caroline du nord, 23% en Indiana et 27% en Pennsylvanie où pourtant seuls les inscrits au parti républicains étaient appelés à voter).

  • Plus que par rapport à Obama et Clinton, la difficulté de McCain tient à se situer par rapport à George Bush.

Trop proche, il perd le soutien des électeurs indépendants qui aiment son côté franc tireur. Trop distant, il cultive son image de républicain déloyal vis-à-vis de son parti. Cette réputation vient encore d’être nourrie par un scoop du Huffington Post confirmé par le New York Times: John McCain n’a pas voulu voter pour George Bush, pourtant candidat républicain, en 2000. Lors de sa visite sur le plateau de l’émission satirique de Jon Stewart, à une question sur George Bush, McCain fait semblant d’avoir des problèmes techniques.

  • Pour se mettre dans le rôle du candidat du parti, Barack Obama réserve le gros de ses attaques, non plus à Hillary Clinton mais à John McCain.

Seul candidat dans son camp, John McCain n’est donc pas épargné par les primaires démocrates. Obama rappelle que McCain a envisagé que l'armée américaine reste en Irak "une centaine d'années"; assimile sa candidature à "un troisième mandat" de Bush, l’accuse d’avoir "perdu la tête", une allusion en creux à ses 71 ans…

  • Pour toutes ces raisons, les presque trois mois qui se sont déroulés depuis que McCain est le candidat de son parti pendant que les deux démocrates se déchirent ne semblent pas lui avoir profité dans les sondages.

Le 20 février, McCain obtenait 36% d’opinions favorables et 32% défavorables… Début mai, il passait à 32% de favorables et 35% de défavorables (sondage CBS-New York Times).

Un sondage Gallup teste, lui, différentes combinaisons pour l'élection générale de novembre. Dans un scénario McCain-Obama, les personnes interrogées disaient, le 11 mars, préférer McCain à 45% et Obama à 46%. Deux mois plus tard, les scores étaient quasiment les mêmes à 44% pour le républicain et 46% pour le démocrate. Dans le cas d’un face à face McCain-Clinton, les intentions de votes étaient exactement les mêmes entre mars et mai: 45% pour le premier, 47% pour la deuxième.


En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.

 
12H51    10/05/2008

Je suis assez d'accord avec vous...même si cet article est intéressant...

Je crois qu'il est tout simplement très très difficile de prévoir les résultats....

Mac Cain est un homme sérieux, intègre qui peut rassurer l'électorat conservateur et centriste....

Si les américains ne veulent plus de bush et sa clique, cela ne signifie pas pour autant qu'ils ont glissé fortement à gauche pour autant...

 
14H18    10/05/2008

http://politique.fluctuat.net/john-mccain.html

Mais John McCain reste un conservateur, opposé au mariage homosexuel et sévère contre l’immigration illégale. Le sénateur a même revu un amendement qu’il avait proposé en 2005 sur la loi contre les traitements inhumains afin que George Bush puisse faire voter la sienne, autorisant la torture. Difficile à croire de la part d’un ancien prisonnier.

Une petite ombre au tableau peut-être, quoique la torture ce soit sérieux...

 
14H32    10/05/2008

Merci Guillemette de remettre les pendules à l'heure, bien qu'on sache tous l'ambiguïté des sondages.

Au vu des différents commentaires sur les programmes, ou la prétendue absence de programmes des candidats, ne devrait-on pas procéder à une revue comparative de ceux-ci?

Où en est le débat sur l'ALENA? Qu'a promis Clinton par rapport à l'Irak? à l'Iran? Quid des impôts?

Puisqu'une vidéo a disparue, qq réponses dans... The Empire strikes Barrack!


 
15H51    10/05/2008

Tout à fait d'accord. La vraie nature de McCain va en peu de temps se manifester. C'est fondamentalement un tireur sans visée, un marcheur sans perspective. Sa réaction à la nouvelle vision qu’Obama introduit dans le gestus politique est celle d’un sourd à une musique. La vapeur va réellement s’ouvrir quand McCain sera mis en demeure de justifier ceux qu’il perpétue. Il va y avoir de la patauge pour ce second violon de 2008 d’ici l’Action (coup) de grâce…
Paul Laurendeau
http://ysengrimus.wordpress.com/2008/04/29/obama-nest-pas-un-precheur-ma...

 
Par mimi6826
19H52    10/05/2008

Merci pour les liens sur Le FN - tres interessant.

Superbe article du "New Yorker" sur Trinity United Church of Christ et la "Black Liberation Theology"

http://www.newyorker.com/reporting/2008/04/07/080407fa_fact_sanneh

 
Par Unstern
00H16    11/05/2008

@ Changer la République

N'oublions pas ce truc important : aux USA (aussi bien qu'en France), en raison du racisme ambiant, un(e) Noir(e) a beaucoup plus de mal qu'un(e) Blanc(he) pour accéder au même niveau de responsabilité.

Autrement dit, pour y arriver, il/elle doit être VRAIMENT meilleur(e). Donc, si Obama a réussi à triompher de Hillary et de ses coups tordus et à devenir le candidat officiellement désigné par les démocrates, c'est que ce type est VRAIMENT TRÈS BON.

Il a donc toutes ses chances pour la présidence, malgré les manœuvres tordues que les républicains, comme à leur habitude, ne manqueront pas d'effectuer…

 
14H51    11/05/2008

McCain commence seulement maintenant les veritables Primaires au sein de son parti : celles qui opposent les "vrais" republicains (attaches a la democratie) aux authentiques theocrates (dans le prolongement de Bush).

Son point fort traditionnel (les independants) est clairement incompatible avec la frange des theocons, fondamentalistes, evangelistes... La base de Huckabee n'a toujours pas digere la victoire de McCain et ne desespere pas un coup de theatre d'ici la Convention.

McCain vient de montrer patte blanche en denoncant Roe vs Wade et en s'engageant a combattre "le mal". Il avait auparavant tenu une conference au temple du creationnisme (Discovery Institute)... mais personne n'est dupe.

Sa seule issue est un colistier tres type genre Huck.

Faute de quoi les Democrates ne manqueront pas d'exposer ses contradictions. Obama n'a plus a se soucier de ces details (et les theocons l'ont encore plus dans le nez apres le "bittergate").

 
Par mimi6826
01H42    12/05/2008

Meme Newt Gingrich (architecte de la revolution republicaine sous Clinton) n’y croit pas vraiment: il avoue que les chances de McCain sont fortement reduites et que la strategie GOP/Rove de Mrs Clinton n'a pas marche – comme l'a dit Maureen Dowd, son seul recours est maintenant de repeter “Psssst — he’s a black man”. Le vote en Caroline du Nord et dans l'Indiana semble dire haut et fort que la plupart des electeurs democrates s’en fichent de Jeremiah Wright, exit polls notwithstanding.

Non seulement Obama sort-il plus fort de ces primaires (Thanks for the link, Guillemette), mais McCain semble de plus en plus faible:

"Mr. Gingrich said Republicans had fallen behind Democrats in public approval on every major issue. He warned them that Senator John McCain of Arizona, the party’s presumptive presidential nominee, might not be their salvation and that the party’s own damaged brand could drag down his candidacy [...]'Either Congressional Republicans are going to chart a bold course of real change or they are going to suffer decisive losses this November,' said Mr. Gingrich."

http://www.nytimes.com/2008/05/07/us/politics/07newt.html?fta=y

 
16H11    12/05/2008

Il n'en reste pas moins que je m'interroge toujours sur le jour (encore lointain) de l'élection, en Novembre, lorsque l'électeur de base, du Kansas à l'Idaho en passant par le Nebraska, ira passer un court instant dans l'isoloir.

C'est là que ça se passe.

Et là, le choix sera en noir et blanc : Obama ou McCain.

Le vieux fond raciste américain s'estompe mais il demeure déterminant. Les noirs (seulement 12 % de la population) votent peu. Les petits blancs des classes moyennes, surtout au dessus de 50 ans, votent beaucoup.

Je n'ai pas l'impression qu'ils sont séduits par Obama. Ils choisiront McCain par habitude et pour leur confort.

J'espère me tromper. Mais propulser Obama sur un piédestal, comme je le vois faire dans la presse française depuis quelques mois, me semble très risqué.

Ce sont les Français bien-pensants qui avaient élu par acclamation John Kerry en 2004.

Or, ce sont toujours les Américains qui votent en fin de compte. En 2004, ils ont réélu le fiston Bush.

En 2008, je serais étonné de les voir choisir Obama. Mais j'aime être étonné.