Les délégués fantômes de Floride, dernier espoir de Clinton

(De Miami) Alors qu'Hillary Clinton et Barack Obama comptent leurs délégués pour être le premier à en aligner 2 025 et devenir le nominé du parti démocrate, personne ne sait encore si les 210 délégués de Floride doivent rentrer dans les calculs. La raison: la Floride, en tenant ses primaires le 29 janvier, n'a pas respecté le calendrier électoral qui n’autorisait que quatre Etats à tenir leur primaire avant le "super-mardi du 5 février".
Le parti démocrate national a donc sanctionné la Floride -et le Michigan dans la même situation- en invalidant leurs primaires. Il y a un an, à l’époque où personne n’imaginait une course si serrée, les candidats démocrates en lice avaient accepté de ne pas faire campagne dans ces Etats et d'ignorer ses résultats.
Mais en janvier, dans une tentative désespérée de gratter quelques délégués, Hillary Clinton voyant qu'elle prenait l'avantage dans cette élection "pour du faux", a malgré tout organisé une simili fête de victoire en Floride.
Depuis, elle réclame que les délégués de Floride soient comptés, et s'accroche à cette éventualité, un des seuls moyens qui lui permettrait de rattraper son retard sur Barack Obama. "Comment peut-on choisir notre nominé dans 48 Etats seulement?", déclarait-elle dans son discours après les primaires de Caroline du Nord et d'Indiana.
Jeudi, elle a adressé une lettre à son rival Barack Obama le priant de demander au comité national du parti démocrate de prendre en compte tous les délégués de Floride et du Michagan. Barack Obama s'était jusque-là opposé à cette idée: on ne change pas les règles en cours de partie.
Il envisage à présent d’annoncer sa victoire le 20 mai, estimant qu’il aura ce jour là emporté la moitié des délégués en jeu, hors Floride et Michigan. Après quoi les délégués de ces Etats pourront rejoindre les autres à la convention du parti, et participer à l'élection du parti.
Y aller quoi qu'il arrive
C’est le cas d’Elizabeth Collins. Cette année, elle a été élue déléguée aux primaires de Floride. A 64 ans, Elisabeth a fait ses preuves au sein du parti. Infirmière retraitée depuis 2003, elle s'est depuis investie en politique. "Je voulais mieux comprendre notre démocratie locale et m'impliquer pour un meilleur projet démocrate", raconte-t-elle.
A partir de 2000, elle intègre le comité exécutif démocrate de Floride. En 2004, elle était coprésidente de la campagne de John Kerry dans le comté de Miami-Dade. Elle a voté pour Barack Obama dans le 17e district.
"C'est la première fois que je suis élue déléguée. Je représente mes électeurs. Et tous les délégués élus en Floride veulent faire de même. Je veux faire partie de l'histoire, être là à la convention démocrate 2008 et voir gagner celui qui sera peut-être le premier président noir-américain de notre histoire..."
Un sac de noeuds pour le pour le parti
Depuis plus de deux mois, le parti démocrate s’arrache les cheveux pour tenter de trouver une solution pour les délégués de ces deux Etats. D'autant que la Floride et le Michigan sont des "swing states" où se joueront les élections générales de novembre: il faut donc ménager leurs électeurs.
L'idée de re-programmer une primaire en Floride a occupé le parti pendant plusieurs semaines. La présidente des démocrates dans cet Etat, Karen Thurman, a proposé un nouveau vote par correspondance. Il a même été envisagé de départager les délégués à 50-50 entre les deux candidats, proposition bien sûr refusée par Hillary Clinton qui, la seule à avoir finalement fait campagne, avait emporté plus de la majorité des scrutins démocrates.
Au final, le comité national démocrate doit se réunir le 31 mai pour enfin prendre une décision. "L'Etat de Floride pourrait avoir l'air plus ridicule?", se demandait récemment Dave Barry, éditorialiste, dans les colonnes du Miami Herald. "Pourquoi est-ce que ce genre d'histoire nous arrive toujours à nous?". Selon lui, l'Etat ressemble de plus en plus à une "république bananière"...
Le fantôme des recomptes de 2000
La Floride se singularise à nouveau après le pataquès de l’an 2000. On se souvient des bulletins troués, décomptes interminables et recours en justice pour départager Al Gore et George Bush, officiellement séparés de 537 votes.
"J'espère qu'au final, le candidat qui sortira vainqueur des primaires prendra la décision d'envoyer tous nos délégués à Denver", avoue Elizabeth Collins:
"Cette année est une année historique. On ne peut pas nous exclure. Nous, les délégués de Floride, avons gagné le droit de participer comme tout le monde. Le taux de participation à la primaire a atteint des records pour l'Etat! Il ne faut pas négliger cela."
Pendant ce temps, à Denver, il n'y a déjà plus de place dans les hôtels "J'ai le sentiment très désagréable que j'ai été élue pour rester à l'extérieur de la Convention", résume Ann Zucker, déléguée du comté de Weston. "Mais s'il le faut, je resterai là à clamer que je suis une démocrate fidèle et que j'ai autant le droit d'être là que n'importe quel autre démocrate."
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Il y a deux motivations derrière la réintégration du Michigan et de la Floride :
- l'ambition personnelle d'HRC qui ne lâchera pas le morceau comme ça (ces dernières heures Oby l'a presque ratrappée en superdélégués mais elle continue à lui taper dessus - la Virginie Occidentale lui semble promise à 66/23% suivant les derniers sondages)
- la nécessité pour le parti démocrate de gagner ces deux Etats peuplés aux élections générales - en particulier la Floride, dont on connait l'importance depuis 2000 et où les Reps se feront un plaisir de se moquer du candidat Dem si son parti n'est pas fichu de ratrapper le coup dans l'Etat.
Obama ne peut pas se permettre de se mettre à dos le camp Clinton qui poursuit pour monnayer au plus fort son abandon (vice présidence pour madame, postes essentiels pour sa suite) - un compromis semble dans les tuyaux mais pour le moment Clinton refuse ce qui lui est proposé (ex de diviser par 2 ses gains en superdélégués sur la Floride).
Si Obama continue au rythme de ces dernières heures (9 superdélégués à 1), il pourra gracieusement se montrer plus généreux.
Hillary ne mettra pas tout son poids dans la bataille si elle n'est pas vice-présidente, le seul poste qui lui permette de sauver la face.
Dommage pour Nancy : http://blogules.blogspot.com/2008/05/obama-pelosi-vs-operation-chaos.htm...