Giuliani va-t-il prendre sa retraite définitive en Floride?
Il faut être sévèrement en manque d’arguments pour vous présenter aux électeurs comme le candidat qu’aucun grand "journal de gauche" ne soutient. La candidature de Rudy Giuliani ne pouvait pas être endossée par "les gauchistes du New York Times" dit sa dernière publicité en référence au quotidien qui lui a préféré son rival, John McCain:
C’est à des petits signes comme ça qu’on sent une campagne qui commence à s’essouffler. Hier à Fort Lauderdale, l'ex-maire de New York donnait un discours devant une petite centaine de personnes dans un hangar d’aéroport. Ambiance un peu tristus.
En tête à l'automne
Favori de la course à la Maison blanche cet été avec jusqu’à 40% des intentions de votes des républicains, "Rudy" se traîne aujourd’hui en troisième ou quatrième position des sondages nationaux. En Floride où il avait 20 points d’avance sur ses adversaires en novembre, il en a maintenant 20 de retard. Comme tous les New-Yorkais, dit la blague, Giuliani est parti prendre sa retraite en Floride.
Dans six Etats, les primaires du parti républicain se sont déjà déroulées. Trois candidats (Mitt Romney, John McCain et Mike Huckabee) se sont partagé les victoires (Dick Howard explique pourquoi). Rien pour Rudy. Même Ron Paul, le parlementaire texan prêt à fermer la moitié du gouvernement et à faire rentrer les troupes d’Irak au plus vite, compte déjà trois fois plus de délégués que lui.
Pari risqué sur la Floride
Comment Giuliani t-il pu dégringoler aussi spectaculairement? D’abord à cause d’un pari audacieux. Persuadé que son profil un peu trop new-yorkais aux yeux des républicains du reste du pays (pro-avortement, favorable aux droits des gays, pour des restrictions à la circulation des armes à feu… sans parler même de son goût pour les bas résilles) l’empêcherait de réaliser un bon score auprès des conservateurs d’Iowa, l’ex-maire de New York a initialement décidé de ne pas y faire campagne.
Etape suivante: le New Hampshire. Largué dans les sondages, Rudolph Giuliani a décidé de transformer ce dérapage en tactique: oublier le New Hampshire en misant tout sur une explosion de sa candidature en Floride, un Etat qui compte lourd en nombre de délégués (57), dont on additionnera les votes à la Convention du parti.

Conséquence de cette stratégie inédite: à ignorer ces premières primaires, Giuliani a été ignoré. Alors qu’il a passé plus de 50 jours à ratisser la Floride, semaine après semaine, les résultats des six premières primaires ont vu s’afficher des noms de vainqueurs, l’occasion pour les médias de spéculer sur leurs chances et leurs programmes. Rudy, qui finissait quatrième, cinquième voire septième, s’est fait rhabiller en petit candidat.
L'économie avant le 11 septembre
Autre explication: ses muscles de campagne se sont un peu dégonflés. Controversé pendant ses mandats à la mairie de New York, tombé à 30% d’opinions positives dans la ville à la veille des attentats du 11 septembre, Giuliani doit sa stature nationale aux attentats de 2001.
Mais pendant toute sa campagne de Floride, le "héros du 11 septembre" a eu le syndicat national des pompiers sur ses talons. A coups de tracts glissés sur les pare-brises et de rats gonflables géants (l’outil des syndicats américains pour attirer la honte sur quelqu’un), l’International association of firefighters a rappelé qu’elle ne pardonnait pas au maire d’avoir mis les pompiers de New York en danger (leur matériel de communication était insuffisant, le centre des urgences de la ville installé dans un lieu trop vulnérable, à côté des tours).
Le discours "un nom, un verbe, le 11 septembre", comme dirait le sénateur Joe Biden, fait moins mouche. George W. Bush a eu l’occasion de s’en apercevoir. La chroniqueuse du New York Times Maureen Dowd accuse Giuliani d’avoir converti son thème de campagne des municipales new-yorkaises "les Noirs vont vous braquer et je vais vous protéger" en "les Arabes veulent vous tuer et je veux vous sauver" pour briguer la Maison blanche.
Jusqu’au dernier jour de campagne, Rudy Giuliani a répété que "l’enjeu le plus important de cette campagne présidentielle est de se protéger du terrorisme islamique". Sans trop d'écho. Le dernier sondage du Washington Post indique que l’économie, et non plus l’Irak ou la sécurité nationale, est maintenant le sujet en tête des priorités des électeurs.
"Le gagnant de Floride va emporter la nomination"
Qu’en sera t-il aux primaires de Floride ce mardi soir? Les sondages ne le placent qu’en troisième position. Ses chances de réaliser un score décent en Floride tiennent au fait que la Floride autorise le "early voting" (vote avancé): 400000 électeurs avaient déjà voté vendredi.
Rudolph Giuliani assure croire toujours en sa victoire: "Je pense que le gagnant de Floride va emporter la nomination", a t-il dit à un groupe de journalistes. Parlait-il de lui?
- 4267 visites

Commentez les articles de Rue89 en vidéo avec votre webcam.






En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.
Ce qui est impressionnant dans les élections américaines, c'est non pas cette obligation médiatique qui nous les impose comme la dernière série tv incontournable, mais cette capacité qu'ils ont à avoir toujours des nouveaux candidats pour la course à la présidentielle (hormis le sortant le cas échéant).
Quand un candidat perd, on ne le revoit plus jamais ou alors en "people" (style AL-Gore)
En France on en est loin de cela, il serait peut être bon de s'en inspirer.
Giuliani ne s'entoure que de "YES Rudi", et ce n'était certainement pas à ses adversaires de lui faire remarquer que sa stratégie confinait au suicide.
Attendre la Floride avait du sens au niveau comptable mais certainement pas au niveau calendaire : Rudi s'est retiré des media pendant les premières semaines qui font l'essentiel du buzz.
L'ex monsieur propre de NYC s'est vraiment tiré une belle balle dans le pied : on ne gagne pas une élection nationale en snobant la moitié du pays.
Moralité, au lieu des favoris Clinton et Giuliani, c'est peut-être un troisième New Yorkais qui l'emportera : http://e-blogules.blogspot.com/2008/01/bloomberg-its-economy-stupid.html
Le New York Times, "journal de gauche"?
Il n'y a qu'a voir les articles de la serie "Age of Riches" pour comprendre que nous n'avons absolument pas la même définition de la gauche en France et aux Etats-Unis.
http://topics.nytimes.com/top/news/business/series/age_of_riches/index.h...
Je me demande si le Figaro n'est pas plus à gauche que le NYT. Euh....
Peut être faudrait-il expliquer aux lecteurs qui ne connaissent pas les particularités de la politique étatusienne ce qu'est la gauche dans ce pays.
Ceci étant dit, Rudy a essentiellement basé sa campagne sur 9/11... Jon Stewart l'a d'ailleurs brocardé pour cela à de nombreuses reprises. Et les américains s'intéressent beaucoup plus à leur pouvoir d'achat (eux aussi) qu'à ces événements anciens.
Pas étonnant que la cruelle et flamboyante chroniqueuse rousse du NYT ait décidé de lui faire la peau...