Combien de temps les primaires américaines peuvent-elles durer?

Ce week-end, j’ai reçu un e-mail de Bill Clinton. "Chère Guillemette, m’écrit le président, il n’y aurait aucun intérêt à ce qu’elle se retire maintenant d’une course aussi serrée." Elle, c’est son épouse Hillary Clinton. L’ancien président me dit, comme aux millions d’internautes sur son fichier, que son épouse n’a que 130 délégués de retard sur son adversaire Barack Obama dans cette bataille pour savoir qui, le premier, en recueillera 2024 et sera le candidat du parti.
Hillary a encore toutes ses chances, selon Bill. "Vous n’êtes pas de cet avis?" me demande-t-il. Mais ça n’est pas tant mon avis qui l’intéresse que les dollars que je pourrais envoyer pour que les comptes financiers du premier trimestre 2008, bouclés le 31, montrent "aux critiques et aux sceptiques que sa campagne tourne encore à plein pot".
Les pressions montent, demandant à Hillary de mettre un terme à sa candidature. Le sénateur du Vermont Patrick Leahy la prie de se retirer dans l’intérêt du parti. Elle est cuite, laisse entendre l’Obamaland. Le jeune sénateur noir est en tête en nombre de délégués. Ces dernières semaines, il a obtenu le soutien de pointures démocrates: Bill Richardson, gouverneur du Nouveau-Mexique et ancien candidat à la nomination du parti, Robert Casey, sénateur de Pennsylvanie.
Les primaires ont assez duré. Comme "un bon film qui a duré une heure et demie de trop" a résumé Barack Obama lors d’un meeting de campagne à Pittsburgh. La campagne d’Hillary Clinton n’arriverait même plus à payer ses factures, selon le site Politico, rognant sur ce qu’elle doit aux fournisseurs pour pouvoir s’acheter de la pub dans les Etats clés.
Les Clinton s'accrochent
Cette élection est loin d’être terminée, répond le camp d’Hillary Clinton. En meeting, Bill Clinton rappelle qu’en 1992, ce n’est qu’en juin qu’il a obtenu le nombre de délégués nécessaires pour être le candidat démocrate.
Les prochaines primaires se tiendront le 22 avril en Pennsylvanie. En saura-t-on plus? Non. Les équipes de madame Clinton préparent déjà le terrain en Indiana dont les primaires ont lieu en mai. Autant dire qu’elles n’écoutent pas les appels à raccrocher. Hillary Clinton, compte bien rester en course jusqu’à la fin des primaires, voire jusqu’à la convention du parti qui doit se tenir du 25 au 28 août.
Croit-elle vraiment pouvoir gagner? Selon les comptes, la sénatrice de New York a très peu de chances de rattraper son retard. Mais elle gagnera sans doute les prochaines primaires de Pennsylvanie où les sondages lui prêtent plus de dix points d’avance sur son rival. En enchaînant quelques victoires, elle pourrait cultiver le doute sur les capacités de son adversaire et convaincre ainsi les quelques 800 "superdélégués" membres du parti, qui peuvent voter pour qui ils veulent, de peser en sa faveur.
Autre détail de cuisine électorale, elle insiste pour que les résultats de Floride et du Michigan (dont les résultats n’étaient pas supposés compter parce qu’ils avaient avancé le calendrier malgré les consignes du parti) soient réintégrés (la campagne d’Obama lui reproche de vouloir changer les règles en cours de jeu) dans les comptes de délégués.
Obama et Hillary s'entretuent, McCain grimpe
Quel sera l’impact de cette longue lutte sur le parti démocrate? Une première école, composée majoritairement d’Obamistes, redoute que le parti n’en sorte en lambeaux. A force d’échanger et de recevoir des coups, les supporters des deux candidats semblent de moins en moins disposés à voter pour celui qui ne serait pas l’élu de leur choix. 20% des électeurs de chaque démocrate se disent maintenant prêts à voter pour le républicain John McCain si ce n’était pas leur candidat qui représentait le parti. Les taux d’opinions négatives des deux candidats grimpent, note Slate, y compris pour Obama. Tandis que leur adversaire John McCain qui lui a le champ libre côté républicain est monté, lui, à 67% d’opinions positives.
Les deux démocrates claquent leur argent et celui de leurs supporters pour se démolir mutuellement. Leurs attaques vont donner des armes à John McCain en exposant leurs points faibles (l’honnêteté d’Hillary Clinton, la solidité politique d’Obama) pour l'élection générale. Les attaques d’Hillary Clinton ont fait plus de tort que celles de McCain, a dit le sénateur Leahy pour inviter la sénatrice de New York à raccrocher.
Tout est possible
Une autre école estime au contraire que cette saine compétition permettra au gagnant de s’en sortir renforcé. C’est ce qu’explique le Washington Post dans un éditorial. L’excitation des primaires dope la participation des démocrates, qui, cette année, s’inscrivent en masse sur les listes électorales. Le Washington Post rappelle qu’on a déjà cru, depuis l’entrée en campagne, que McCain était fini, qu’Hillary Clinton était la candidate incontournable du parti, puis qu’Obama décrocherait certainement le New Hampshire... Une suite de pronostics ratés. Rien ne permet donc d’interrompre le cycle électoral en arguant que les jeux sont faits.
L’impatience nourrit maintenant toutes les possibilités. L’ancien gouverneur de New York Mario Cuomo propose d’en arrêter là, de faire de celui qui a le plus de super délégués le candidat à la présidence et de l’autre son colistier vice-président. Enfin dernières rumeurs du tout est possible: une entrée tardive d’Al Gore en campagne.
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Clinton a toujours ses chances pour cette investiture.
Ses discours mythomanes au sujet de ses courses sous les balles à sarajevo lui ont probablement fait beaucoup de mal et elle cristalyse une haine difficilement imaginable sur sa personne, mais elle a encore des cartouches.
Par exemple, la presidente de la chambre a declaré que les super delegués devraient enteriner le choix des electeurs exprimé en nombre de delegués liés à un candidat precis lors de la convention. Ce qui serait probablement au desavantage de Clinton.
En reaction, un comité de gros donateurs de Clinton lui a envoyé une lettre publique pour lui demander de "clarifier sa position", faute de quoi ils arreteraient de donner au parti democrate.
C'est assez significatif de ce qu'elle peut faire de mieux, à savoir jouer sur l'appareil du parti.
Autre exemple, les delegués de floride et du michigan ne seront pas pris en compte lors de la convention, ces etats n'ayant pas respecté le calendrier electoral. Obama n'y avait pas fait campagne, Clinton y avait fait campagne. Elle milite donc pour que les delegues de ces etats soient intégrés à la convention.
Là encore son action sur l'appareil du parti peut se reveler decisive.
Le gros probleme des democrates est qu'apres avoir polarisé les médias et suscité un engoument tres important pour ce parti, ces primaires tournent à la foire d'empoigne et finissent par se reveler negatives pour le candidat qui sera choisi, quel qu'il soit.
Au point que les republicains s'en rejouissent bruyamment et souhaitent que cela se prolonge le plus possible. Un reactionnaire patenté comme Limbaug (?) va même jusqu'à demander à ses auditeurs (republicains)presents dans les etats ou tout le monde peut voter, inscrit au parti democrate ou pas, d'aller voter Clinton. Ils esperent ainsi faire "exploser" le parti democrate en accroissant ses dissensions en aidant celle qui est le plus capable de les exacerber et en prologeant le plus possible des primaires destructrices pour chacun des postulants.
Je ne pense pas que Clinton lache l'affaire, aussi longtemps qu'elle aura une chance même minime de l'emporter. Ce n'est pas dans sa nature et aussi bien elle que Bill n'ont jamais agi ainsi.
Un element qui pourrait être interessant en comparaison de Bill en 1992 est l'etat d'endetement. Hilary en est à environs 8 millions de dollars, Mc Cain à 3 millions et Obama à 600 000. A combien se montait l'endetement de Bill en 1992 à la même periode?
A vrai dire, ça ne ferait pas de mal pour une fois que les démocrates ait un candidat tenace qui se batte jusqu'au bout d'une élection. Si la mère Clinton va jusqu'à la contestation de pure mauvaise foi en floride, on peut espérer qu'elle fera ce qu'elle doit en cas de scrutin crapuleux dans la même floride, ne se couchant pour rien ni personne...
Article mesuré, très mesuré.
Car à lire la presse américaine et en se penchant un peu sur le système très complexe des votes et des délégués, il semble largement improbable qu'Hillary Clinton remporte la nomination.
Pour cela il faudrait:
- qu'elle inverse la tendance en termes de délégués en remportant TOUTES les dernières primaires avec un écart significatif d'environ vingts points.
Or il est évident que cela ne peut se produire (rien qu'un exemple: Obama favori en Caroline du nord où la population noire le soutient).
Que les résultats litigieux de la Floride et du Michigan (état où seul le nom de Clinton était proposé aux électeurs, Edwards et Obama ayant retiré le leur) comptent ou pas, elle ne sera donc pas en tête en termes de délégués et sans doute pas en termes d'états remportés.
Dernier exemple tout frais: le Texas où le système de désignation comprend plusieurs étapes. Bien qu'elle soit arrivée en tête des suffrages exprimés, elle aura vraisemblablement moins de délégués qu'Obama après les caucus.
- la seule solution pour elle est donc d'obtenir beaucoup plus de superdélégués. Or, bien qu'en tête, son avance se réduit de jour en jour (240/200) et le mouvement est plutôt en faveur d'Obama.
- la dernière solution, apparemment privilégiée par les Clinton et qui fait peur à pas mal de démocrates, est d'aller jusqu'à la convention et d'y "retourner" des délégués élus sous le nom d'Obama. Bref du lobbying. C'est pas très joli, assez compliqué à justifier (Obama a de meilleurs sondages qu'elle dans un face à face avec Mc Cain), et comme elle est endettée, difficile à financer...
L'argument du come-back n'est plus tenable (il reste trop peu d'états importants, mathématiquement c'est impossible), maintenant la machine Clinton a une telle force d'inertie et a déjà engagé tellement d'argent qu'il lui est sans doute impossible de s'arrêter sans dégâts.
A partir de quand le souci d'équité nuit-il à l'objectivité journalistique? Les Clinton accusent les journalistes de partialité lorsqu'ils pointent ces mauvais résultats, confondant volontairement compte rendu et interprétation. Mais qui est à blâmer la mauvaise nouvelle ou son messager?
Certes, mais sans faire dans l'obamisme, de combien d'experience Clinton peut elle se targuer à un poste executif?
Si l'on suit sa campagne, outre les balles à sarajevo, elle a pacifié l'irlande du nord, apporté la prosperité economique à l'amerique etc ...
En réalité, en dehors d'un mandat de senateur elle n'a pas eu de role politique national, donc moins encore qu'Obama.
Elle est dans la même situation qu'une Cecilia ex-sarkozy qui se presenterait aux presidentielles en france en 2012 et en faisant etalage de son experience irremplaçable en donnant comme exemple la liberation des infirmieres bulgares.
Les deux sont donc au même niveau en ce qui concerne l'executif national.
Et je ne pense pas qu'il soit possible d'arriver à un tel niveau politique sans être un arriviste forcené, quels que puissent être les merites par ailleurs.
Je pense qu'elle compte beaucoup sur les superdelegués justement.
Ceux ci votent selon les desideratas de l'appareil du parti, ils ne sont pas assujetis. Si elle réussit à obtenir le soutien du parti, ce qui est loin d'être impossible, elle peut donc gagner.
Maintenant, le parti democrate est il susceptible de soutenir un candidat qui ait moins de chance qu'un autre?
C'est peu probable. D'ou la campagne agressive de Clinton qui cherche à casser Obama. En pennsylvanie par exemple, il semble bien qu'elle conduise une campagne tres negative vis à vis de son opposant. Or, il s'agit d'un etat clé dans l'election, pas dans les primaires mais dans la presidentielle. On peut donc imaginer une mise en valeur au sein de l'appareil du parti des chances relatives dans chaque etat strategique ou elle pourrait montrer sa meilleure position par rapport à celle d'Obama.
Ce n'est pas une methode triomphale d'adhesion à sa personne mais ça peut fonctionner.
Et même à 5% de chance d'être désignée, je pense qu'elle continuera.