Paris couvre de fleurs d'amandier le poète Mahmoud Darwich

Rarement un poète vivant aura été honoré avec autant d'amitié et d'affection que le poète palestinien Mahmoud Darwich ces jours-ci à Paris. L'engouement pour ce poète n'est pas nouveau, mais il perdure en ne cessant de croître.

La grande salle du théâtre de l'Odéon était comble un dimanche d'otobre pour l'entendre dire ses poèmes, repris ensuite en traduction par l'acteur acéré qu'est Didier Sandre, formé naguère à l'école d'Antoine Vitez. Ce n'est pas la première fois que ces deux-là se retrouvent ensemble sur une scène, et leur complicité fait plaisir à voir. Samir et Wissam Joubran, remarquables joueurs de oud, offraient une complicité musicale parallèle dont les mélodies ponctuaient le récital.

Quelques jours plus tôt, à la Maison de la poésie et en complicité avec le Festival d'automne, Mahmoud Darwich avait voyagé dans les mots des poètes qui l'accompagnent depuis longtemps: d'Anna Akhmatova à Yeats en passant par Ritsos ou Saint-John Perse. Et cela, en présence de poètes français qui leur offraient leurs vers et reprenaient les siens, Bernard Noël, Armand Gatti, André Velter, Charles Juliet et quelques autres.

"Elle ne viendra pas, je vais dénouer/ma belle cravate (cela me reposera)"

Autant de rencontres qui accompagnent la parution de "Fleurs d'amandier et plus loin encore" , un recueil de poèmes traduits de l'arabe en toute amitié par son ami Elias Sanbar.

Sur la scène de l'Odéon, debout derrière un pupitre sur lequel il avait disposé ses feuilles, la main gauche souvent dans la poche de son pantalon, la droite orchestrant l'air des mots (bientôt rejointe par la main droite qui, n'y tenant plus, se mettait de la partie), le poète avait dit dans sa langue timbrée nombre de poèmes dont plusieurs extraits de ce beau recueil qu'est "Comme des fleurs d'amandier ou plus loin". Par exemple "Elle n'est pas venue". Début du poème:

"Elle n'est pas venue, j'ai dit
et elle ne viendra pas...
Je remettrai en ordre
la soirée comme il sied à ma déception
et à son absence:
j'ai éteins la flamme de ses bougies,
allumé les lampes,
bu son verre de vin et brisé sa coupe,
remplacé la musique des violons trépidants
par des chansons persanes.
J'ai dit: Elle ne viendra pas. je vais dénouer
ma belle cravate (cela me reposera)
mettre un pyjama bleu, marcher pieds nus
si bon me semble. (...)"

A la fin du poème , pour se changer les idées, le poète lit "le chapitre d'un manuel scolaire sur nos planètes lointaines" et pour oublier les "torts" de la femme qui n'est pas venue, écrit un poème, "ce poème", celui qu'il vient de nous lire.

Ce poème comme tant d'autres dit assez bien la façon dont Mahmoud Darwich ensorcelle ses lecteurs et son auditoire: un mélange de légèreté et d'éternité inscrit dans un contexte souvent quotidien où le poète n'est pas absent.

Ainsi dans "Je ne connais pas cet inconnu" , le poète croise un enterrement et le suit en s'interrogeant sur l'identité du défunt; ainsi dans "Comme j'étais joyeux" il sonne à une porte, or cette porte c'est la sienne, il entre chez lui et se demande ou il est; ainsi dans "Un café, toi avec le journal", il est cette homme ivre de la liberté de regarder passer "les passants pressés" à travers les vitres du café, il est "l'oublié" du café "libre d'imaginer".

Cet affleurement perpétuel de "l'imaginer" au seuil de la plus benoîte situation donne à la poésie de Mahmoud Darwich une force universelle. Une approche poétique qui avait été celle, en son temps et dans un tout autre contexte , d'un Jacques Prévert, les deux étant traduits dans une multitude de langues.

Mahmoud Darwich refuse d'être enfermé dans le carcan du poète résistant

Mahmoud Darwich est palestinien, et loin de lui l'idée de renier cette identité. Mais il ne veut pas pour autant qu'on le cantonne dans le carcan du "poète résistant", du "poète de la cause palestinienne". En 2005, dans un passionnant article publié dans "Al-Karmel " (Ramallah) lors de la parution en arabe de ce recueil "Comme des fleurs d'amandier ou plus loin" , il expliquait:

"Etre palestinien n'est ni un métier, ni un slogan. Un Palestinien est d'abord une être humain qui aime la vie, tremble à la vue des fleurs d'amandier, a la chair de poule au contact de la première pluie d'automne, fait l'amour pour assouvir un désir physique naturel et non pas pour répondre à un mot d'ordre, fait des enfants pour transmettre le nom et conserver l'espèce et la vie et non pas par amour de la mort, sauf s'il s'avère par la suite que la mort est préférable à la vie!"

Et il poursuivait:

"Cela revient à dire que la longue occupation n'a pas réussi à effacer notre nature humaine , ni à assécher notre langue et nos sentiments face aux barrières qu'elle dresse devant nous.

C'est un acte de résistance que de voir la poésie assimiler la force de la vie ordinaire qui est en nous."

A la Maison de la poésie, l'acteur français Jean-Damien Barbin et l'atrice syrienne interprètent "Murale" un grand poème de Mahmoud Darwich écrit en 1998 alors que, sur un lit d'hôpital, il était entre la vie et la mort. Loin de tout pathos, mais non sans humour, il tutoie la camarde ("O mort, attends que je fasse ma valise"), dialogue avec son infirmière et reste poète jusqu'au bout: "Le réel n'est que l'imaginaire confirmé", observe-t-il obstinément.

Comme des fleurs d'amandier ou plus loin de Mahmoud Darwich - trad. de l'arabe par Elias Sanbar - éd. Actes sud - 160p./18€.

Murale de Mahmoud Darwich, mise en scène de Wissam Arbache - à la Maison de la poésie, passage Molière, 157, rue Saint-Martin - jusqu'au 4 novembre - mer. et sam. à 19h, jeu. et ven. à 21h, dim. à 17h - Rens.: 01-44-54-53-00 - plan. Le texte a été publié aux éd. Actes sud.


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20H06 11/10/2007

Je ne connaissais pas Mahmoud Darwich. Merci à vous, Jean-Pierre, de me l'avoir fait découvrir, lui et sa Palestine. C'est très beau.

 
16H43 12/10/2007

Combien de soirées de poésie avez-vous couvert en cinq mois? Aucun autre poète digne de ce nom n'a visité la France depuis lors, mis à part ce chantre de la haine? Rue89 se complait à tripatouiller dans la fange du marigot islamo-gauchiste et jouit apparemment intensément des relents d'antisémitisme qu'elle exhale. Pas moins de trois invitations aujourd'hui à sonner la curée. Mais l'information alternative c'est avant tout l'information sélective: on a identifié le même jour l'auteur présumé de l'attentat de la rue Copernic mais en quoi cela peut-il concerner les lecteurs de ce blog progressiste invités par ailleurs à vomir leur haine sur des thèmes racoleurs?"

 
07H45 13/10/2007

Je dois dire que cette réaction résonne étrangement, venant après votre qualité. Elle fait de vous, peut-être involontairement, une caricature terrible de ce que beaucoup de lecteurs de Rue89 sont spontanément disposés à attendre d'un "chef d'entreprise dans les Bouches du Rhône". Il est rare, et précieux sans doute, d'être confronté ainsi à des mots qui collent aussi parfaitement à la qualité de celui qui les prononce... C'est fort dommage, par ailleurs, car vous n'allez pas contribuer à changer les opinions réflexes des camarades-lecteurs, par de telles outrances. Et s'il est confortable d'être conforté dans ses préjugés, la qualité du débat ne saurait qu'en souffrir.

Pour le reste, sur Darwish lui-même, vous êtes soit d'une extraordinaire ignorance, qui devrait vous conduire à prendre connaissance de son oeuvre avant de la vilipender, soit d'une mauvaise foi extraordinaire, face à laquelle je ne peux que baisser les bras.

Rue89 devrait donc commencer à tenir compte de quotas pour évoquer les hommes dont le destin à voulu qu'ils naissent sur la terre de Palestine, sous peine de vous irriter. Bon. Je choisi quant à moi et sans hésitation votre irritation, qui présente l'avantage de procurer un peu de jubilation matinale, au risque de la trouver péniblement répétitive, dût-elle se reproduire à intervalle trop resserré.

 
11H38 17/10/2007

...."fait l'amour pour assouvir un désir physique naturel et non pas pour répondre à un mot d'ordre, fait des enfants pour transmettre le nom et conserver l'espèce et la vie et non pas par amour de la mort, sauf s'il s'avère par la suite que la mort est préférable à la vie!"...
J'ai trouvé extrêmement agréables les propos de Darwich. Sur France Inter ce weekend. Bref. Mais je lis les phrases que je viens de vous citer, là, je cauchemarde.
Décidément les mecs, les palestos, les Sherman, les rosbifs, l'universel masculin ne fait pas l'amour pour des raisons qui donneraient envie de le rencontrer.
J'aime les hommes qui font l'amour par désir, parce qu'ils vous trouvent belle, désirable, touchante, intéressante. Car la douceur de votre être-peau les fait frémir, car peut-être qu'ils pourraient tomber amoureux de vous.
J'aime les hommes qui font l'amour, tout désir physique "assouvi" (rassasié ?), parce qu'une fois fini ils ont encore envie, et rien n'en finit plus de continuer, érotiquement, doucement, gracieusement, délicatement, violemment.
J'aie les hommes qui me donnent envie de faire l'amour car je lis dans leurs gestes que l'assouvissement n'est pas leur but, mais la rencontre, les crises de rires, de larmes, les rires, encore, le plaisir, les plaisirs.

Je n’aime pas les hommes qui font des enfants pour transmettre le NOM. Vous êtes très aryen, dans votre style.J'aime les hommes qui font des enfants parce que c'est une aventure à vivre avec une femme qui leur plaît infiniment. Ou un être humain du même sexe qu’eux.
Mahmud Darwich, je ne vous lirai point.
Comme quoi, décidément, ne jamais confondre le symbolique avec le réel.

Bye bye Mahmud.
Pascale MIR

 
Courageux anonyme
20H27 11/10/2007

"j'ai éteins la flamme de ses bougies,
allumé les lampes,
bu son verre de vin et brisé sa coupe,
remplacé la musique des violons trépidants
par des chansons persanes."

Vous appelez ça de la poésie? Même un lycéen n'oserait pas! Plus mièvre c'est impossible!

 
Courageux anonyme
20H56 11/10/2007

Cher monsieur qui connaissez si bien la poésie, sachez que ces vers sont traduits de l'arabe. Lisez-les en arabe, vous serez peut-être agréablement surpris.

(Il faut faire des efforts dans la vie pour apprécier les mots et les choses)

 
Courageux anonyme
21H02 11/10/2007

En quoi être traduit de l'Arabe (ou du Russe ou de l'Allemand ou du Japonais ou de l'Anglais) serait en soit une qualité pour de la poésie? Ce qui est nul est nul!

 
Courageux anonyme
22H27 11/10/2007

La haine vous étouffe.

"Paix sur terre aux hommes de bonne volonté"

 
Courageux anonyme
10H17 12/10/2007

ce personnage qui prétend connaître la poésie n'est qu'un raciste qui n'ose pas le dire.
Le poète étant Palestinien, cela lui suffit pour juger l'oeuvre. N'est-ce pas "monsieur" shalom !
cela me rappelle certain régime qui n'hésitait pas à brûler des livres.

 
Courageux anonyme
21H07 11/10/2007

les poètes, nous n'en connaissons pas assez.
Merci Jean-Pierre Thibaudat.
J'en profite pour demander à Mahmoud Darwich et aux poètes qui viennent sur Rue89, s'ils ont connu Rochana, une Israélienne qui venait dialoguer sur EVENE. Les propos qu'elle tenait étaient dignes de la plus haute poésie. Elle serait aujourd'hui décédée. Encore merci.

 
Courageux anonyme
23H21 11/10/2007

il y a un an le Volcan au Havre avait organisé une série de manifestations pour faire connaitre Mahmoud Darwich.
Il y a eu une soirée extraordinaire et j'en garde un souvenir ému.( depuis le Directeur est parti!)
Je me souviens, sur cette scene magnifique de ce theatre, de la mére et sa fille kabyles venant de ces quartiers où on va prelever à tous moments des ADN recitant des poémes devant lui de Mahmoud Darwich. c'était un grand moment.

 
Courageux anonyme
15H06 12/10/2007

Dans un autre registre, la chanson de Brel: Madeleine elle ne viendra pas

 
17H32 12/10/2007

Bonjour, je suis une grande adepte de la poésie de Darwich, traduite, car je ne suis pas arabophone, je pense néanmoins que j'en goûte la beauté à sa juste valeur. Je sais aussi que Mahmoud Darwich n'est PAS un chantre de la haine. Il suffit de voir le documentaire Ecrivains des frontières, un voyage en Palestine(s), film documentaire de Samir Abdallah et José Reynès pour le comprendre. Je suis très heureuse qu'un cycle ait été proposé autour de cet immense poète. Outre les lectures de poèmes de ces derniers jours, j'ai eu aussi l'occasion de voir la pièce de Wissam Arbache adaptée du poème Murale et je me permets de conseiller à tous les amoureux de poésie de prendre le temps de se rendre à la Maison de la Poésie, pour savourer une heure de finesse et de beauté, une heure de réflexion sur la vie et le sens de l'existence dans un décor magnifique et interprété brillament par Jean-Damien Barbin et une actrice syrienne particulièrement talentueuse.

 
Courageux anonyme
01H05 13/10/2007

"Un chantre de la haine " Diantre que dites-vous ?
c'est la preuve que vous n'avez jamais entendu parler de Darwich ! C'est la preuve que vous ne savez pas que son premier amour est une femme juive, lui le palestinien! C'est juste la preuve que Darwich n'appartient pas à votre monde d'entreprise, un monde où les humains sont "des unités", tenter de mettre une étiquette à Darwich, c'est le méconnaitre !
Darwich est le chantre de Rita, de l'amour, de la paix. Darwich est à lui seul une patrie, celle qui réunit les amoureux des oliviers et d' as-salâm/ shalom fi Jérusalem wa Ramallah.
Maryam.

 
Courageux anonyme
01H02 15/10/2007

Il semble que Darwich faisait partie des probables lauréats au Nobel :
http://passouline.blog.lemonde.fr/2007/10/10/demain-cest-nobel/

pour une prochaine fois peut-être ?

soirée magnifique, je confirme. J'ai pu découvrir cet auteur que je ne connaissais que trop peu. La poésie de Darwich atteint parfois les cîmes.