Médecins du monde passe enfin le barrage birman

L’ONG a enfin reçu l’autorisation des autorités birmanes de distribuer son aide humanitaire aux sinistrés.

File d'attente pour de l'eau dans un village proche de Rangoon, le 11 mai (Reuters).

L’ONG, qui avait enfin été autorisée par Rangoon à envoyer samedi matin une première équipe spécialiste des situations d'urgence, a obtenu dimanche l'autorisation de conserver le chargement de son avion parti de Bordeaux. Dès l'arrivée du fret à Rangoon lundi matin, elle gérera ainsi elle-même la distribution de 22 tonnes de matériels aux populations sinistrées.

Selon plusieurs observateurs présents sur place le nombre de victimes du cyclone Nargis pourrait très largement dépasser le bilan provisoire de 28 458 morts et 33 416 disparus, communiqué dimanche soir par les autorités birmanes.

Selon le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), le nombre de morts pourrait être compris entre 63 290 et 101 682 et 220 000 personnes seraient portées disparues.

Sur le terrain


Médecins du Monde met en place des cliniques mobiles dans le district de Thanlyin. Une nouvelle mission d'évaluation est également en cours dans la grande périphérie au sud de la capitale où 80% de l'habitat est détruit: 11 000 personnes sont aujourd'hui sans abri et toujours en cruel manque d'aide humanitaire.

Des kits d'urgence en soin de santé primaire à destination de 20 000 personnes pendant trois mois, des médicaments contre le paludisme, les infections respiratoires aigues, les diarrhées, des sérums anti-tétaniques mais aussi des tentes et du matériel pour le traitement de l'eau vont ainsi pouvoir être distribués rapidement.

Un deuxième envoi de fret est prévu lundi au départ de l'aéroport de Vatry, dans la Marne.

Oui pour du matériel mais aucun personnel étranger sur le sol birman

Françoise Sivignon, responsable des opérations en Birmanie pour Médecin du Monde, explique les modalités de l’opération et détaille les contraintes auxquelles doivent faire face les ONG qui tentent de venir en aide à la population.

Il est impossible de faire une estimation aujourd’hui, l’étendue des dégâts est immense et nous n’avons pas assez de recul."

Malgré une situation catastrophique sur le terrain et une ouverture de l’espace aérien -onze avions transportant de l’aide d'urgence auraient atterri "sans difficulté" selon les militaires birmans- la junte entend contrôler l’aide internationale. Comme les autres organisations humanitaires, Médecins du Monde multiplie les appels à l’ouverture du pays mais le régime maintient ses exigences: oui pour du matériel et des médicaments strictement encadrés mais aucun personnel étranger sur le sol birman.

Vendredi, après plusieurs demandes adressées aux autorités birmanes, Médecins du Monde avait donc enfin été autorisé à intervenir sur le terrain pour porter secours "aux populations situées autour de Rangoun et dans le Delta de l'Irrawaddy", à l’extrême sud du pays, zone où les dégâts sont considérables. Selon des témoins, de nombreux corps en décomposition flottent sur l’eau au milieu des débris ou jonchent le sol.

Une semaine après la catastrophe, les autorités locales sont toujours incapables de venir en aide à la population et le sort des survivants devient une préoccupation majeure. Pire, le travail des organisations humanitaires est entravé par une junte souhaitant garder la totale maîtrise des opérations. Autorisations administratives données au compte-goutte et refus des visas deviennent problématiques selon Françoise Sivignon.

Cette dernière s’en est entretenue ce vendredi avec Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner lors d’un entretien à l’Elysée: l’ensemble des ONG françaises présentes en Birmanie a demandé l’aide de l’Etat français pour infléchir la position des autorités birmanes.

"Une goutte d’eau dans un océan de désolation"

Au-delà des complications posées par la junte, l’accès aux populations sinistrées s’annonce difficile. Routes barrées, endommagées ou impraticables, inondations à perte de vue et infrastructures détruites gênent l’acheminement de l’aide humanitaire.

"Les images que l’on voit sont dramatiques, explique Françoise Sivignon, mais les témoignages que l’on recueille sur place le sont encore plus. Comparée aux besoins des gens, l’aide qui leur parvient en ce moment est une goutte d’eau dans un océan de désolation. L’Etat birman doit absolument ouvrir davantage ses frontières."

Vendredi, le ministère birman des Affaires étrangères déclarait dans le quotidien officiel New Light of Myanmar que "la Birmanie donne la priorité à la réception d'aides d'urgence et fait des efforts acharnés pour les faire transporter sans délai par ses propres travailleurs dans les zones affectées".

Cela n’empêche pas l’armée, toute puissance, de faire ce que bon lui semble voire de tenter de se servir au passage. Ainsi, vendredi, les cargaisons de deux avions du Programme alimentaire mondial des Nations Unis contenant plusieurs tonnes de denrées alimentaires, de tentes et de médicaments ont été saisi par les militaires à l’aéroport de Rangoun. Il aura fallu attendre 72 heures et une forte pression internationale pour que le contenu des avions soit restitué ce dimanche soir.

Le risque de détournement de l’aide internationale et le verrouillage médiatique opéré par le régime ne vont-ils pas conduire les donateurs en occident à se lasser et se désintéresser du sort de la population birmane? Françoise Sivignon évoque encore d’autres facteurs mais mise sur le travail de terrain des ONG pour gagner la confiance des donateurs. (Ecouter le son)



Colcanopa, le site


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20H17    11/05/2008

Des voix, celle de Ban-Ki-Moon, celle du pape et d'autres autorités internationales, s'éléveront-elles sans plus attendre pour signifier à la junte qu'en refusant la gestion normale de l'aide aux ONG et en laissant ainsi mourir lentement des centaines de milliers de Birmans elle commet l'équivalent d'un génocide et qu'elle aura un jour à en rendre compte?

 
Par Phil2922
21H10    11/05/2008

La junte militaire au pouvoir a fait preuve d'un cynisme extraordinaire en laissant les élections se dérouler, alors qu'il y a plus qu'urgence a aider les sinistrés. Pour éviter la gabegie vue pour le Tsunami, on peut comprendre que ce soit les Birmans, eux mêmes, qui se chargent de ,la distribution des aides qui arrivent dans leur pays, à condition que les ONG puissent contrôler le bon déroulement des opérations...!

http://phil195829.overblog.com

 
Par pondi
04H02    12/05/2008

Bonjour

La Birmanie est aujourd'hui d'actualité... mais personne - opinion publique incluse - ne s'est jamais autant indignée (aujourd'hui l'indignation s'identifie à l'action) pour le Darfour qui continue à mourir lentement mais sûrement...

Tout le monde passe sous silence les "révolutions safranées" qui sont favorisées par certaines puissances occidentales et pas seulement par l'Amérique...

Tout le monde passe sous silence les entreprises pétrolières françaises (défendues par le bon Kouchner en 2002) toujours présentes sur le sol birman à propos desquelles en 1996, Aung San Suu Kyi déclareait que "La firme française Total est devenue le plus fort soutien du système militaire birman. Ce n’est pas le moment d’investir ici".

Tout le monde passe sous silence et ne s'en étonne même pas l'étrange silence de l'opposition birmane (qui existe et résiste)et qui, il y a peu, était écoutée (entendue est autre chose) du monde entier, via les médias... indignées....

****Total est entré dans une véritable spirale de collaboration avec la Junte. Elle a apporté un soutien logistique à l’armée en lui fournissant des hélicoptères pour le transfert de ses troupes, et l’aurait même financé...

Toutes les accusations contre Total en Birmanie sont confirmées dans le rapport de la Mission parlementaire française ( Pierre Brana PS, Marie Hélène Aubert les verts, et Roland Blum DL) sur le rôle des compagnies pétrolières dans la politique internationale et leur impact social et environnemental.

****En 2002, Total avait fait appel à Bernard Kouchner pour la cautionner. Dans un rapport payé 25 000 euros, Kouchner avait affirmé que la compagnie pétrolière, contrairement à ce que certains esprits « mal informés » ont pu supputer, avait en réalité lutté contre le travail forcé en Birmanie

Les catastrophes aujourd'hui se sont aussi converties en outils politiques. D'une part, il y a les victimes qui se transforment en véhicules émotionnels pour sensibiliser l'opinion publique à tout changement programmé par d'autres puissances intéressées (et à diverses ingérences, d'où le refus de l'Inde pour le tsunami) et d'autre part, des intérêts politico-économiques depuis longtemps à l'oeuvre, qu'il y aie ou non catastrophe humanitaire. Ansi, les catastrophes humanitaires qui tuent des milliers de gens peuvent se transformer en agents catalyseurs... de ces "changements opportuns"....

 
Par zut | ex-professeur
08H24    12/05/2008

Tiens donc, on parle de la Birmanie!
S'y serait-il passé quelque chose? En tout cas, jusqu'à il y a quelques jours, il ne s'y passait rien, ce qui fait qu'on ne s'y intéressait pas, sauf quelques uns, et pas les professionnels de l'indignation.
Entendu ce matin sur Inter (désolée je n'ai pas entendu le nom de ce journaliste, c'était avant 8h), des propos datant de septembre : si vous voulez savoir ce qu'est le terreur, il faut aller en Birmanie. A côté Cuba est un joyeux bordel, où les gens parlent dans la rue et ne se gêne pas pour parler du barbu.

 
Par JULIA34
09H00    12/05/2008

Je serai d'accord avec vous si l'état Birman s'occupait de ses sinistrés. Mais apparemment ce n'est pas le cas et quoi que vous puissiez en dire, tous les médias ne sont pas des pourris. La junte préfère s'occuper de ses élections et çà vous ne pouvez pas le contester. Il y a eu 100000 morts et si l'on ne fait rien, même imparfaitement, il y en aura combien qui vont mourir de faim et de maladie ? Il est vrai qu'il est plus commode de se laver les mains, ne rien voir, ne rien entendre et surtout ne pas s'impliquer. Le bonheur quoi....

 
09H11    12/05/2008

absence de recul = conformité à la pensée unique.

Mon dernier paragraphe veut dire qu'il ne faut pas croire aveuglément ce que l'on voit dans les journaux ou à la télé, et ne pas partir de l'à priori que les dirigeants birmans sont des monstres. (Ce qui est peut être le cas, nous n'en savons rien).

Quant aux sources concernant l'efficacité des ONG occidentales lors du Tsunami de 2004, elles sont nombreuses. Pour les ONG françaises ,vous pouvez vous reporter aux rapports de la Cour des Comptes,... entre autres!

 
Par micke
10H23    12/05/2008

je suis allé en touriste (independant) en birmanie ya un an et demi.

j'ai circulé à pied 2 semaines et demi dans les villages reculés loin des zones touristiques. je voulais voir ce pays en vrai, j'ai réussi. cette expérience fut incroyablement fabuleuse; les individus les plus ouverts, sainement curieux et généreux que j'ai eu la chance de rencontrer dans ma vie.

mais les plus pauvres aussi (10$ d'un taux de change usurpé par mois pour un pecheur, 0,30$ pour le gars qui fait les routes des bleds à touristes, 0,0000 pour les enfants qui font ce travail sur les routes qui mènent à ces bleds à touristes, la receptioniste en chef multilingue des palaces de luxe à 50$ la nuit etait à 60$ par mois, une privilégiée du régime, exploitée sans le savoir : ils pensent qu'un cleaner en europe dans un hotel au meme prix gagne 50$par mois ! dixit leur boss qui s'y rend souvent !).

et les plus oppressés

a la fin les flics sont venus me chercher (ils ont fait 12 bornes dans la jungle pour me trouver, des qu'ils m'ont trouvé on est parti en sens inverse refaire ces 12 bornes) pour me mettre dans un bus me renvoyant avec nos congés payés en vacances dans les palaces.

Ils savaient toujours ou j'etais, tous les jours le monastere ou le village dans lequel je dormais devait me déclarer, sinon c'était la taule assurée, tous les matins je devais quitter les lieux sinon c'etait la garde à vue assurée (pour eux hein, moi je pouvais me permettre de leur cracher à la gueule si je voulais à ces militaires, en tant que touriste source à fric, interdit formel de nous toucher, c'est qu'y a des accords en beton avec nos tours-operator et que le moindre incident peut faire baisser le bizness).

j'avais pas vu de route goudronnée ou de de batiments en dur pendant ces 2 semaines et demi. et en quelques heures je me suis donc retrouvé à st tropez-myanmar style

22 palaces sur la plage remplis de congés payés et autres retraités hiddeux et grassouillet.

j'ai dormi sur la plage entre 2 palaces, puis je suis rentré a rangoon et ait changé mon billet d'avion pour quitter les lieux au plus vite.

la junte c'est une sorte de caricature à l'extrême de l'impérialisme neo-cons, un peu à la zorglub.
tout bonnement terrifiant,
en rentrant l'idée même que la dictature neolib semblait une panacée en comparaison m'a plus qu'effleuré l'esprit je le reconnait.

je te rejoins sur les ong, c'est de la com et comme j'aime à dire "les pauvres des pays riches qui donnent aux riches des pays pauvres"