Sarkozy: pourquoi l'enfant gâté des médias pique sa colère

Nicolas Sarkozy le 18 avril 2008 (Philippe Wojazer/Reuters).

Le président de la République, on le sait, s'est fâché tout rouge contre ces ingrats de journalistes, devant des élus de sa majorité. "Un aveu de faiblesse politique", selon le président du Forum permanent des sociétés de journalistes, Jean-Michel Dumay.

L'Express a publié il y a quelques mois une interview très fleuve et très complaisante de Carla Sarkozy. Le JDD avait censuré l'an dernier une information sur l'absention de la précédente Mme Sarkozy à la présidentielle.

Aujourd'hui, ces deux journaux n'ont plus l'heur de plaire à l'Elysée. C'est aussi le cas de Marianne, du Parisien et de l'AFP. Leur tort? Si l'on en croit des députés UMP qui affirment reprendre des propos du Président, L'Express, Le Parisien et l'AFP n'ont pas assez relayé la condamnation de Ségolène Royal dans un procès intenté par une ex-collaboratrice.

Une référence aux Guignols, c'est pas drôle

Le JDD est accusé de n'avoir pas repris dans sa version papier un sondage moins défavorable que les autres publié sur son site web. Marianne, qui se réfère cette semaine à un monument de la "culture jeune" -le fameux "Putain, deux ans!" de Chirac dans les Guignols de l'info-, n'est pas jugée très drôle.

Quant à cette effrontée d'Agence France Presse, elle a aggravé son cas en refusant de diffuser un communiqué de l'UMP, selon le principal conseiller de Nicolas Sarkozy pour le domaine des médias, le député Frédéric Lefèbvre. N'en jetez plus! Les médias se rebiffent.

Le chef de l'Etat était habitué à plus de docilité -dernièrement, il a par exemple refusé d'être interviewé par la directrice de l'information de France 2, Arlette Chabot. Il fait donc donner la troupe. Pourquoi maintenant? Et pourquoi n'inclut-il pas Paris Match?

L'outrecuidance de Paris Match

Le fleuron -avec le JDD- de son "frère" Arnaud Lagardère publie cette semaine un superbe reportage photo "exclusif" titré avec poésie: "Un samedi ensoleillé à l'Elysée". Ça commençait plutôt bien, mais dès l'introduction, c'est le drame:

"Aujourd'hui, le moral des Français est en berne. Et la cote de popularité du Président est encore en baisse dans notre sondage."

Match donne ainsi, sans le vouloir, ce qui est sans doute l'explication de la colère élyséenne: un simple contrefeu médiatique sur le thème "je ne fais rien de mal, mais les médias sont injustes", alors que l'intervention télévisée de Nicolas Sarkozy n'a pas réussi à enrayer sa dégringolade sondagière. Quelle outrecuidance!

Les rédactions de la plupart de ces médias sont adhérentes du Forum permanent des sociétés de journalistes. Son président, le journaliste du Monde Jean-Michel Dumay, reste très prudent sur les déclarations relayées par les députés: "Il est difficile de se prononcer précisément dans la mesure où l'on ne fait état que de propos rapportés."

"Pressions politiques"

Mais pour lui, ces remarques peu amènes peuvent "s'apparenter à des pressions politiques" dès lors qu'elles deviennent publiques et sont répétées. D'ailleurs, la majorité parlementaire a tendance à prendre les journalistes pour de simples portes-voix, dont la seule fonction serait de "relayer la communication du pouvoir":


Le président du Forum n'est pas étonné de voir celui de la République s'en prendre aux journalistes. "Il n'est pas le seul", rappelle-t-il, en évoquant François Bayrou. Pour lui, "cela témoigne d'un aveu de faiblesse politique":


L'an dernier, le Forum des sociétés de journalistes avait envoyé une lettre alarmiste au nouveau président de la République. Toujours pas de réponse aujourd'hui. Et selon Jean-Michel Dumay, depuis, "la situation se détériore":


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11H08    10/05/2008

Pauvr' président, lui qui avait axé tout son programme sur la communication et le brassement d'air !

Comment va t'il faire maintenant ? Retirer des cartes de presse ? Diriger des enquêtes fiscales à charge ? Pratiquer le chantage avec les petits papiers des RG ? Instaurer un nouvel organisme de contrôle juge&partie dont l'état à le secret ?

L'avenir nous le dira...

 
11H47    10/05/2008

Je crois que notre bien aimé président n'a pas compris que les français ont probablement réalisé qu'ils s'étaient trompé et qu'ils avaient élu un personnage déséquilibré. S'attaquer de cette manière là à madame royal montre à l'évidence sa petitesse d'esprit. "l'état ump doit être détruit".

 
11H45    10/05/2008

Il y a lieu de se poser la question:"Le pouvoir personnel est-il compatible avec la démocratie et les libertés?"
Pour ma part, j'en doute.

 
Par Caius
12H45    10/05/2008

Que traduit cette attitude de Nicolas Sarkozy à l'égard de la presse ?

Certainement - et ce n'est pas une surprise, plutôt une confirmation - qu'il a un ego démesuré : si les sondages sont mauvais, si la presse relaie cette information difficile à nier, ce ne saurait être sa faute, mais celle des Français qui n'on rien compris, des journalistes qui font mal leur métier. Inquiétant qu'un tel travers en arrive à susciter de sa part le déni de la réalité : la fonction présidentielle implique de l'humilité face à des responsabilité écrasantes, pas une volonté de faire triompher à tous prix sa volonté et d'imposer une image sympathique.

Mais quand les sondages seront descendus au 36e dessous, quand la société civile se révoltera contre les conséquences de sa politique, ce qui finira bien par arriver, que lui restera t-il comme solutions ? Dissoudre l'Assemblée pour espérer regagner une légitimité déjà perdue ?

Si jamais on doit avoir une cohabitation pendant ce quinquennat, cela promet du sport avec un tel profil à l'Elysée !

 
13H35    10/05/2008

A force de fréquenter Poutine, Kadhafi, Ben ali, Berlusconi and co il finit pas vouloir faire comme eux : la première chose que font les dictateurs c'est de museler la presse. alors Sarko il essaie