A Rennes, des hangars squattés par des artistes ont pris feu, en mars. Jo Sacco, l'un des occupants, connu pour voir milité pour l'habitat alternatif et notamment les yourtes en France, est mort dans l'incendie. Benoit Guérin nous raconte l'origine et les ambitions de ce lieu qu'il avait contribué à créer, il y a dix ans.
Tout commence en 1996, quand quatre compagnies de spectacle de rue se rencontrent et manifestent festivement place de la mairie, à Rennes. Elles réclamenent un toit pour les artistes de rue. Un an plus tard, la ville nous loue un local désaffecté, dans une zone industrielle (la Plaine de Baud).
Ce local portera le même nom que l'asso: L'Elaboratoire. Ces 250m2 s'organisent en salles de répétition, musique, danse, plateau théatre, labo photo, cafétéria et bureaux. Mais où vont aller tous les plasticiens et autres constructeurs de décors? Nous demandons à
la ville des locaux plus grands. Celle-ci nous dit "oui"… mais ne réagit pas.
Quatre ans plus tard, en 2001, des hangars se libèrent au bout de la rue. Nous les prenons d'assaut, un squat s'ouvre, son nom: "La villa mon bproummpfv". Dans ces 4000m2 couverts, s'organisent des ateliers de peinture, sculpture, forge, soudure, couture, vidéo, son, mécanique… et j'en passe.
Une cinquantaine à vivre dans ce village en zone industrielle
La vie collective s'installe: une cuisine, une salle de bain… Nous installons nos caravanes et camions tout autour sans oublier les quelques cabanes qui se construisent. Nous sommes alors une cinquantaine à vivre dans ce village.
Voilà le décor de cette zone industrielle culturelle, cette Z.I.C.. Le "hic" c'est que c'est une Z.A.C., une zone d'aménagements concertés. Plus de 3000 habitations sont prévues
sur cet espace. Nous-a-t-on "concerté" pour ce nouveau quartier? Non, ils viennent juste nous montrer de temps en temps l'avancée de leur projet dans la M.J.C. du coin.
Quand je dis "ils", je parle des architectes et autres urbanistes, qui font partis de la ville tout comme le service culturel avec qui nous avons d'assez bons rapports depuis le début, soit onze ans déjà: ils nous soutiennent vis-a-vis de ces autres services qui aimeraient nous voir partir d'ici. Ceci dit, une question persiste dans mon esprit:
"Pourquoi la mairie dans sa globalité refuse-t-elle que l'on puisse se produire sur place; pourquoi nous envoie-t-elle dans d'autres quartiers à chaque fois?"
Pourtant, nous avons organisé depuis le début des centaines d'évènements avec et sans elle et tout s'est toujours très bien passé. Sous des prétextes aussi divers que variés, on répond de l'impossibilité d'organiser des événements Plaine de baud: on argue de sols trop mous au début. Puis de la "pollution", qui devient le maître mot.
Ceci dit, nous n'avons jamais eu devant nos yeux les études et les chiffres démontrant cette pollution. Alors une question me perturbe: Certains services de la ville auraient-ils peur que, si nous organisions ouvertement des festivités, les Rennais nous reconnaissent en tant que structure culturelle et que nous fassions ainsi de l'ombre au "projet-immobiler-qui-nous-pend-au-nez"?
Peur d'une bande de squateurs?
Les promoteurs n'auraient tout de m…me pas peur d'une bande de squatteurs Et voici que survient le drame, le 21 mars, jour de la trêve hivernale. Tous les ans, à la même date, les squats peuvent se faire virer sous le prétexte qu'"il fait beau aujourd'hui, c'est le printemps".
Au petit matin, un feu se déclare. Quand le premier aperçoit les flammes, au dessus de la cuisine, sur le pallier du "sleeping"(dortoir), elles ne sont pas bien grandes: à peine 20 centimètres d'envergure. Et pourtant… il réveille son voisin, Joseph Sacco, qui dort chez nous pour la première fois, et essaye d'éteindre le foyer en y mettant une couverture. Mais la flamme se répand autour du matelas.
Rien y fait, il décide alors d'aller alerter le village pendant que Jo se met à chercher son ordinateur dans ce qui n'est encore qu'un début d'incendie. Pourquoi s'est-il
mit en tête de trouver coûte que coûte son ordi? Sans doute parce que Jo a des données très importantes à l'intérieur: Joseph Sacco a 61 ans, il est président de l'association H.A.L.E.M. (Habitations alternatives libres éphémères et mobiles).
Au moment de l'incendie, il travaille sur un projet de loi concernant tous ces habitats que la maffia immobilière ne tolère pas: ça ne rapporte pas assez d'argent. Il est le seul à avoir certaines informations à ce sujet. Etaient-elles importantes? Nous ne le saurons pas. Jo est resté trop longtemps à l'étage et les premières minutes d'un incendie sont traitresses. C'est très rapide.
Nu comme un ver, mais sans son ordinateur
Il saute par la fenêtre sans avoir trouvé la machine qu'il continue à chercher au rez de chaussée. Quand les pompiers arrivent, il est nu comme un ver et toujours mains vides. Il périra le lendemain des suites de ses blessures.
Le petit foyer devient un grand brasier mais les pompiers le maitrisent rapidement. Bilan: un homme mort et un demi-hangar sur les deux au sol. Il faut savoir que le toit était en tôle amiante. Et ça, c'est dangereux, nous dit-on. Depuis lors, nous sommes entre déménagement et relogement.
Certains services nous ont ouvert de nouveaux locaux qui ne peuvent pas tous nous accueillir. Doit-on partir sans savoir où aller? Pourquoi sommes-nous obligés de tout faire? Nous avons lancé les tests sur l'amiante car rien n'a été fait.
Une enquête classée digne d'un scénario de roman policier
L'enquête a été classée: "accident". Nous nous sommes donc renseignés auprès d'un expert en incendie, il a été formel: vu la couleur des flammes de départ et de la fumée ainsi que la réaction aux couvertures, il s'agit d'un liquide inflammable. A notre tour d'être formels: aucun liquide de ce genre n'était stocké à cet endroit.
Une chose est sûre: dans la vie des squats, les incendies criminels sont souvent la cause des déménagements. Que penser de tout ça… si ce n'est que c'est un excellent début de scénario pour un roman policier. Ecrivains! A vos plumes!
Merci à tous ceux qui pensent que ces aventures sont légitimes, à tous ceux qui agissent quotidiennement. A Joseph.

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Un message de Numero 6 tendance reac Mister hide :
Ouais, mais la notion de squatt n'est pas faite pour s'inscrire dans la durée, non ?
Certe, mais un incendie criminelle qui fait une victime, on peut trouver mieux comme fin non?
Certe..
Un minimum de décence, s'il vous plaît. Il y a eu un mort.
Il faudrait que Gabriel Lecouvreur se penche sur ce cas...
http://kprodukt.blogspot.com
je suis profondément désolé d'apprendre qu'il y a eu un mort dans l'incendie.
Ce matin là, je passais par là quand j'ai vu les pompiers passer. Quand j'ai vu que c'etait l'élaboratoire qui brulait, cela m'a emplit de tristesse! J'aime beaucoup cet endroit et voir les caravanes quand je passe. Cela m'a toujours donné un sentiment de liberté et d' un joli pied de nez face aux promoteurs, qui doivent en crever de voir cet immense espace nu de tous les immeubles qu'ils voudraient y mettre.
Mais je me rappelle bien, de ce matin là, quand j'ai vu l'incendie ... ça a été ma première réaction: " certains doivent se frotter les mains " ... alors sans préjuger des raisons qui ont déclenché cet incendie, je veux juste exprimer ma peine de savoir qu'il y a eu un mort et j'espère que l'élaboratoire va continuer à vivre.
à Numero 6 tendance reac Mister hide:
le terme squat n'est employé ici que parce qu'aucun autre ne désigne ce type de structure: des lieux où vivent et s'activent des artistes, des lieux de liberté artistique qui permettent le foisonnement des intellects et l'interaction entre des gens investis etc...
c n'est pas un squat dans une maison de particulier mais bien un lieu de vie et une assos établie et reconnue par certaines partie de la mairie. le combat est justement de l'etre par toutes et de ne plus etre un "squat"
continuez, ça paiera!!
Y'en avait un qu'avait des couilles, il s'appelait Joseph! C'était pas le père à Jésus juste un mec, un vrai de vrai, un pote clairvoyant, mort cause aux lascars du fric et de la promotion immobilière! Putain! encore un, emporté violamment... y'a d'quoi devenir méchant! J'vous jure qu'on était pas contre le buziness (faut bien vendre et vivre de ses oeuvres) mais pour une reconnaissance affranchie des bobos, des cathos, des pseudos, des intellos, des psychos, des paranos, des fachos, de sarko! Une île...
Nu comme un ver qu'il était le Joseph quand on l'a découvert, comme sorti du ventre de sa maman! Elle chiale sa maman, faut pas là reluquer et lui causer et faire son turbin de journaleux, parce qu'elle vous jettera son chagrin à la gueule! et le chagrin, c'est de la dynamite, de la nitro qui coule des yeux vers le cerveau, c'est l'explosion à cran d'arrêt! Faut dire que dans ce pays, il n'y a pas tellement de gus concernés par la création et l'art en général! Plusieurs, gavès comme des oies au pognon, font le jour ou la nuit et spéculent sur les artistes!
Notre Joseph était si vivant, si fin et courageux qu'il me file la chair de poule moi qu'ai jamais risqué autre chose qu'une teinture pour cheveux blonds!