Il n’y a pas qu’en France que Nicolas Sarkozy a ruiné, en un an, le crédit dont il disposait lors de son élection: à l’étranger aussi, la cote du président a chuté aussi vite qu’elle avait grimpé, la déception a pris le dessus sur une attente qui était forte. Et pour les mêmes raisons: trop brouillon, trop incohérent, trop imprévisible.
Nicolas Sarkozy ne manquait pourtant pas d’atouts à ses débuts. Les partenaires de la France, surtout en Europe, n’étaient pas mécontents de voir partir Jacques Chirac, plombé depuis l’échec du référendum constitutionnel européen en 2005. Et, malgré un réchauffement des relations, les Américains ne lui pardonnaient pas son "non" à la guerre d’Irak.
Le nouvel élu avait tout pour lui, vu de l’étranger: l’énergie, la légitimité, et un appétit conquérant. Il l’a montré en facilitant d’entrée de jeu l’adoption du mini Traité européen, qu’il s’était engagé de surcroit, au grand soulagement des autres gouvernements de l’Union, à faire ratifier par la voie parlementaire.
Mais les problèmes ont aussitôt commencé: avec le mini Traité comme avec la libération des infirmières de Libye, les partenaires de la France ont découvert l’immense capacité du nouveau président à tirer la couverture à lui, à mettre ses alliés devant le fait accompli. En particulier la Chancelière Angela Merkel, avec laquelle le courant ne passe décidément pas, malgré la déclaration d’amour que Nicolas Sarkozy s’est senti obligé de lui faire la semaine dernière.
Tout comme les Français lui en veulent d’avoir promis qu’il serait le président du pouvoir d’achat pour ensuite leur dire que les caisses étaient vides, le reste du monde avait pris au sérieux quelques déclarations du candidat. Il avait dit qu’il serait le président des droits de l’homme, mais a appris, depuis, à cajoler les autocrates dans le sens du poil, de Kadhafi à Ben Ali, sans oublier les Chinois et les Russes;
Il avait promis la rupture avec la Françafrique, pour sacrifier ensuite son Secrétaire d’Etat Jean-Marie Bockel au président gabonais Omar Bongo, l’incarnation même de ces réseaux qu’il avait dénoncés. L’Afrique attendait un signe de la "rupture" promise, elle a reçu, à Dakar, un discours paternaliste pris par beaucoup comme une gifle.
On aurait pourtant tort de ne voir qu’une longue série de reniements. Le rapprochement avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne constitue assurément un des piliers de la politique étrangère de Nicolas Sarkozy, qui se traduit par l’engagement de troupes supplémentaires en Afghanistan et une insertion accrue dans l’Otan.
Il est évidemment trop tôt pour décréter l’échec de la politique extérieure de Nicolas Sarkozy. La présidence française de l’Europe, au deuxième semestre, lui donne en particulier l’occasion de se refaire, comme face à l’opinion française, une image plus présidentielle. Mais s’il n’y parvenait pas, l’hebdomadaire britannique The Economist lui prédisait cette semaine qu’il serait considéré à l’étranger comme "à peine mieux que Jacques Chirac". Pas vraiment un compliment pour ce journal. Ni pour Nicolas Sarkozy lui-même d’ailleurs.
Pierre Haski
► Edito diffusé mardi 6 mai sur Europe1. Retrouvez l'édito de Pierre Haski tous les mardi et jeudi à 7h42 sur Europe1, et en podcast en cliquant ici.

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"Il est évidemment trop tôt pour décréter l’échec de la politique extérieure de Nicolas Sarkozy."
Vous êtes sûr ?
D'accord avec vous. Et merci.
Deux détails : (1) je ne pense pas que l'opinion à l'étranger (sauf en Afrique) soit aussi hostile à Sarkozy que vous l'affirmez ; (2) je persiste à croire que le rapprochement avec les USA et la GB n'est pas très significatif (en fait, il ne PEUT PAS l'être).
Tout comme les autres leaders européens avaient appris à vivre avec Berlusconi, ils ont appris à supporter Sarkozy, notamment Angela Merkel, qui fait preuve d'un louable pragmatisme à son égard. Mais ils n'attendent pas grand chose de lui. Il ne faut guère se leurrer : la présidence française de l'UE n'aura pas beaucoup d'impact. En Europe, Sarkozy a mangé son pain blanc avec le mini-traité. L'Union pour la Méditerranée reste un voeu pieux et le déficit budgétaire français nous attire les foudres de certains autres pays européens, sans parler de Bruxelles.
L'atlantisme présumé que Sarkozy démontre n'a pas de conséquence pratique réelle : ce n'est pas au moment où le dollar s'effondre, où la crise s'installe, où le canard boîteux Bush est poussé de plus en plus vite vers la sortie, où une nouvelle majorité (plutôt eurosceptique) se dessine en Grande-Bretagne que Sarkozy va pouvoir faire autre chose que des gestes symboliques (je serais tenté de dire : comme à l'accoutumée). L'intégration "à 100 %" dans les instances de l'OTAN est l'un de ces gestes.
En fait, il n'y a pas de doctrine Sarkozy en politique étrangère. C'est du coup par coup, histoire d'épater la galerie. Et lorsqu'il y a une ambition réelle (Méditerranée), les fruits qui peuvent éventuellement en découler ne seront perceptibles que bien après le(s) mandat(s) de Sarkozy. Vu son impatience, je pense qu'il se décougera vite.
Je ne parle pas de la grave crise financière, alimentaire et environnementale qui bouleverse les politiques jugées établies par le Quai d'Orsay (ou par tout homologue d'un autre pays). Il faudra des années pour en dégager de nouvelles qui soient mutuellement cohérentes.
Quoi qu'on pense du personnage, Sarkozy n'a vraiment pas de chance : même ses projets les moins fumeux sont menacés de mort par la crise.
Déja un an de rage et de colère!
Avec le temps je croyais arriver à me calmer, c'est tout le contraire, quand je constate jour après jour, que moi petit électeur de base, avec mon certif et mon BEPC, j'avais raison de craindre ce personnage arrogant, arriviste, inculte, immature.
Et ce n'est pas le fait qu'au bout d'un an, il batte des records d'impopularité en France, avec en prime une image désatreuse à l'étranger, que ma rage va diminuer.
Depuis De Gaulle il y a des présidents (de droite) que je n'ai pas appréciés, mais jamais, même avec Chirac je n'ai eu l'impression que ces présidents ne représentaient pas convenablement la France à l'étranger, avec un minimum de valeurs commune au peuple français qui faisaient notre spécificité et osons le mot: la grandeur de la France.
L'actuel président, lui, ne représente rien d'autre que les valeurs mercantiles, individualistes et apatrides de ceux qui l'ont soutenu financièrement et médiatiquement.
Ajoutons enfin qu'il manque à la France un élément capital pour les relations extérieures: un ministre des affaires étrangères.
Pas "les americains" mais les medias americains... ma main a fourche!
Suffit d'entendre les commentaires devalorisant sur l'Europe et la securite sociale assimile a du stalinisme par un certain nombre d'homme politiques (republicains principalement) et de commentateurs, voire de lire n'importe quel article du NYTimes pour voir percer entre les lignes une critique systematique de ces faineants de francais.
C'est juste une caricature facile qui commence insidieusement a devenir systematique dans les journaux "informes" anglo-saxons. Et ca nous reviens en France sous la forme de navets ecrit par des specialiste anemometriques genre Nicolas Baverez et autres "declinistes", qui préféreraient voir leur voisin cancereux perdre leur boulot pour aller crever de faim dans la file d'attente d'une soupe bien populaire et bien charitable que de le soigner presque gratuitement tout en lui versant quelques euros par mois d'allocations.
Bien évidement que les americains informes voire cultives ne comprennent pas toutes les critiques envers la france: par exemple ma copine (de Boston) etant enceinte, elle lorgne avec jalousie vers les 5 jours de maternite et les quelques mois de conges maternel que ma soeur va avoir en meme temps qu'elle. Ici c'est dehors au bout de 2 nuits, et 6 semaines payees (possibilite de prendre 4 semaines non payees, trop cool!). A prendre ou a laisser!
Je suis plutot optimiste en general, mais a vivre dans une telle societe, ou les gens preferent critiquer leur voisin (atlantique) plutot que de se battre pour ameliorer leur sort n'encourage guere a une amelioration prochaine. Pour venir de passer 2 heures en compagnie d'un banquier de la Wells Fargo, je reconnais etre sans doute bien enerve par autant de betise et de mediocrite. J'ecrirai un post plus leger un jour prochain ;-)