Sarkozy et les sondages: une seule solution, la cohabitation?

En chute libre dans les sondages, Nicolas Sarkozy est devenu lundi le président le plus impopulaire de la Ve République.

Nicolas Sarkozy vendredi à Monaco (Eric Gaillard/Reuters)

"Je m'imaginais bien que je ne passerais pas cinq ans à commenter des sondages excellents." Nicolas Sarkozy avait vu juste. Mais sa prévision, confessée jeudi au cours de son interview télévisée, était encore en dessous de la réalité. Ce sont des sondages toujours plus bas qu'il a à affronter depuis plusieurs mois. Les plus bas de l'histoire du baromètre politique!

La dernière étude en date est même la plus catastrophique pour un président de la Ve République depuis la systématisation des sondages d'opinion. D'après le sondage BVA-Orange-L'Express publié ce lundi, 64% des personnes interrogées disent avoir une opinion négative du chef de l'Etat, contre 55% au mois de mars. Jusque-là, le record d'impopularité, depuis la création du baromètre BVA en 1981, était détenu par François Mitterrand en mars 1992. Quelques jours plus tard, le président socialiste congédiait sa très contestée chef du gouvernement, Edith Cresson.

La cote de popularité de Nicolas Sarkozy (DR)

A cette époque, l'impopularité du Premier ministre entraînait la chute dans les sondages du Président. Le premier faisait office de fusible, et le second remontait. Aujourd'hui, le schéma s'est inversé du fait de l'omniprésidence de Nicolas Sarkozy. François Fillon a longtemps résisté à la dégringolade du chef de l'Etat, avant de plonger à son tour au mois d'avril, avec 46% de mauvaises opinions, soit dix point de plus qu'au mois de mars.

Pour remonter dans l'estime des Français, le Premier ministre a opté pour le mea culpa. "J'assume ma part d'erreur", s'est-il exclamé dans une interview accordée ce week-end au JDD. Pas sûr toutefois que la stratégie soit payante. Le Président a usé de la technique jeudi, reconnaissant sa "part de responsabilité" dans le mécontentement grandissant, ce qui n'a convaincu que 36% des Français, selon un autre sondage réalisé le lendemain.

Et la côte de Nicolas Sarkozy ne semble pas prête de repartir à la hausse. Son effondrement trouve sa source dans les principaux soutiens qui l'ont porté à l'Elysée: les sympathisants UMP (75% de bonnes opinions en avril, au lieu de 86% en mars), ainsi que les retraités (55% de mauvaises opinions en avril, alors qu'elles étaient de 45% le mois précédent). L'inquiétude liée aux tensions sociales -notamment le mouvement lycéen, soutenu par 65% des Français- semble donc avoir gagné toutes les couches de la population.

Les cotes de popularité des présidents de la Ve République (DR)

L'Etat de grâce n'aura été que de courte durée pour Nicolas Sarkozy. Les courbes de mauvaises et de bonnes opinions se sont croisées dès le mois de janvier, soit à peine huit mois après son élection. Visite de Kadhafi, rapport Attali, bouleversements conjugaux... Le Président de la "rupture" a décroché. François Mitterrand avait lui "tenu" deux ans après sa première élection, en 1981, puis un peu plus de trois ans après sa réélection en 1988. Quant à Jacques Chirac, il n'aura bénéficié de la bienveillance post-électorale qu'après sa réélection en 2002 -mais pendant deux ans-, le début de son premier mandat ayant été plombé d'entrée par l'opposition à la réforme des retraites initiée par Alain Juppé.

Une solution existe néanmoins à la chute de popularité du Président: la cohabitation. Mise à part l'élection ou la réélection, la seule et unique solution qui a fonctionné depuis 1981 est en effet l'installation d'un Premier ministre issu de l'opposition. Chirac sous Mitterrand en 1986, Balladur sous Mitterrand en 1993 et Jospin sous Chirac en 1997. Trois cohabitations durant la Ve République. Trois remontées dans l'opinion.

Nicolas Sarkozy s'en inspira-t-il? Le cas de figure n'apparaît que très peu probable, particulièrement avec l'instauration du quinquennat. Bien que les tensions entre les deux têtes de l'exécutif se fassent de plus en plus nombreuses, chacun loue publiquement les qualités de l'autre et souligne la complémentarité. Le Président n'entend pas même changer de Premier ministre dans l'immédiat, ni dissoudre l'Assemblée nationale. Au risque de devenir le chef de l'état de disgrâce.

► Lire aussi: Le problème n'est plus le style du Président mais sa politique


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Par DidierB63
21H27    28/04/2008

La cohabitation ? Compte tenu des rapports Sarkozy/Fillon, ne peut-on pas dire qu'il s'agit déjà d'une cohabitation ?
Tel qu'on est parti, la majorité UMP va être obligée d'inventer un nouveau concept politique : se débarrasser d'un président en chute libre pour assurer l'avenir du parti. Merveilleux avenir !

http://polemiquons.over-blog.com/

 
00H32    29/04/2008

François Doutriaux tombe à pic pour me permettre de placer une remarque.

Des députés et sénateurs UMP aidés de quelques ministres commencent à montrer ouvertement leur désaccord d'avec les positions officielles du Parti sur de nombreux sujets.Il faut dire qu'ils pensent à leurs électeurs qui commencent à ruer dans les brancards ce qui augure mal de leur avenir. Une dissolution de l'assemblée devient souhaitable et calmerait tout ce petit monde.

La faire rapidement conserverait à l'UPM ses chances de gagner les nouvelles élections.

Mais laisser encore monter la tension entre les élus et les dirigeants de l'UMP conduira à coup sûr à une crise interne qui entrainerait une dissolution beaucoup plus risquée pour les élus.

Parmi ses conseillers Sarkozy trouvera bien un "juda" qui lui donnera ce conseil et à qui il pourra le reprocher si d'aventure cela ne tournait pas dans son sens.

 
01H19    29/04/2008

Je ne partage pas votre opinion optimiste (de mon point de vue ^^) sur la crise interne qui surviendrait "à coup sûr" et entrenerait une dissolution.

De fait, il me paraît extrêmement improbable qu'une dissolution soit envisagée à court/moyen terme.

D'une part, cela ne correspond pas à l'idéologie dominante au sein de l'UMP, hantée par une haîne pathologique de la cohabitation. Le pouvoir n'a de sens, pour la droite, que s'il n'est pas partagé. Les nombreuses réactions des caciques du partis à la pseudo-ouverture pratiquée par Nicolas Sarkozy en sont une excellente démonstration (de même que la disparition totale de cette politique d'ouverture depuis, cf notamment le remaniement).

D'autre part, je ne crois pas du tout, personnellement, à une fronde ouverte des députés UMP. Ce parti, l'un des moins démocratiques du pays, dispose d'une assise centralisée dont les principaux postes sont actuellement verrouillés par des sarkozystes pur jus. Il n'est guère dans la nature de l'UMP de fonctionner en courants : pour qu'une fronde émerge réellement, il faudrait qu'apparaisse un concensus partagé par une majorité de député et structuré autour "d'hommes forts". Les seuls suspectibles de remplir cette fonction ont actuellement tout à y perdre et rien à y gagner.

De plus, le souvenir de la "droite la plus bête du monde", de la dissolution ratée de Chirac/Villepin, est encore vivace.

Enfin, dans le contexte actuel, la droite perdrait trés probablement la majorité, et se retrouverait dans le meilleur des cas dépendantes d'alliance avec ce qu'il reste des centristes.

Pour des raisons tant psychologiques qu'électorales, l'hypothése d'une dissolution me paraît tout à fait fantaisiste.