
La bronca historico-politico-culturelle a eu raison du titre de l'exposition: elle s'appelait "Les Parisiens sous l'Occupation", elle est discrètement devenue mercredi "Des Parisiens sous l'Occupation"! Certains s'agaçaient qu'on oublie qu'il y avait aussi eu des parisiens déportés ou résistants, qui n'apparaissent pas sur les photos souriantes du collabo Zucca.
Il ne s'agit pas du premier ajustement concernant l'embarrassante expo: après avoir suspendu la campagne d'affichage, démonté la bâche accrochée à la devanture de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, remonté un simple panneau indiquant la tenue de l'expo mais sans le titre, placardé un avertissement et distribué des notes explicatives (en français, en anglais et en espagnol), la Mairie de Paris multiplie les efforts, sans succès jusque-là, pour éteindre la polémique. Et ce n'est pas fini:
"Nous allons réécrire un certain nombre de légendes, développer le panneau d'avertissement et organiser des débats avec des historiens et des associations de défense des droits de l'homme."
Empressement des visiteurs avant la fermeture annoncée
Entre ridicule et pédagogie, la mairie de Paris patauge et fait tout rattraper une mauvaise préparation de cette exposition de 270 photographies en couleur prises par André Zucca, photographe pour Signal, journal de propagande nazie. Le Monde révèle même qu'une première exposition d'André Zucca, beaucoup plus critique, a avorté au début des années 2000, la fille du phtographe ayant voulu "minimiser la période de collaboration de son père".
De son côté, le public répond présent: 12 000 visiteurs depuis le 20 mars dont 1000 chaque jour depuis peu. Au départ, le pic était largement atteint à 500. Cet empressement est manifestement lié à une déclaration de Christophe Girard, adjoint à la Culture, qui a demandé la semaine dernière l'arrêt de l'exposition. Depuis, la Bibliothèque ne désemplit pas et les visiteurs jouent des coudes face aux panneaux d'explications.
Quartier par quartier, le visiteur découvre une ville plutôt paisible, des Parisiennes élégantes, des enfants sages, une vie culturelle riche. Entre les sourires des uns et des autres, un drapeau nazi, des officiers allemands, des parades militaires, une étoile jaune.
Devant les photos, le bavardage est continu. Un vieil homme, imperméable de cuir beige, regarde une photographie d'une foule se pressant devant le parc d'attraction Luna Park, porte Maillot:
"Zucca ne montre que les quartiers favorisés. Je me souviens, moi, des queues devant les boutiques d'alimentation, des tickets, du couvre-feu."
Ce n'est pas un regard historique, mais c'est un parti pris
Une grand-mère fait observer à sa petite fille qu'elle avait les même bas à couture que les dames élégantes des Champs-Elysées. Un journaliste du Telegraph pose près des images pour illustrer son article. Outre-Manche, on suit cette exposition "scandale".
Les visiteurs estiment qu'ils savent faire la part des choses. "C'est un regard mais ça n'est pas un regard historique. C'est un parti pris", développe un ingénieur-consultant se sentant "adulte" face à ces images.
Deux retraités, ex-commerçants, sont venus après la déclaration de Christophe Girard:
- Elle est très bien cette expo. Je suis étonnée; je ne comprends pas pourquoi ils veulent l'arrêter. On sait très bien ce qu'a été la guerre. On sait que ça n'est pas que ces photos.
- C'est un très bon photographe. Je m'attendais à plus outrageant. On voit que pendant la guerre, il y a des gens qui ont eu une vie normale. Dans les films, à la télé, on ne nous montre que la résistance et les Américains.
Une autre visiteuse trouve que l'"outrageant" réside justement en ces sourires "abjects" parce que simultanés aux déportations. Une photographe reconnait le talent de Zucca mais relève:
"C'est là qu'on retrouve la grande faiblesse de la photo; elle est muette."
Sur le livre d'or de l'exposition, des écritures d'enfants soulignent l'élégance des dames. Une petite fille écrit sa tristesse parce qu'un plus grand lui a raconté ce que ne montre pas André Zucca. Un petit mot remercie: "J'ai retrouvé une photo de ma mère sur son vélo." Sur les toutes premières pages, des insultes visent Bertrand Delanoë et Christophe Girard.
►Lire aussi: Quand Paris rend hommage à André Zucca, photographe collabo
►Lire aussi: L'exposition d'André Zucca perpétue la propagande nazie
► Les Parisiens sous l'Occupation photographies d'André
Zucca - à la bibliothèque historique de la Ville de Paris, 22, rue Jean
Malher, Paris IVe - jusqu'au 1er juillet - Rens.: 01-44-59-29-60 -
entrée libre - catalogue aux éditions Paris-Bibliothèque-Gallimard
(176p., 200 illustrations, 35€).

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Le problème vient que l'on livre ces photos sans avertissement, mais sinon, l'on a vu plusieurs fois, sur France 3 je crois, des documents de guerre, spéciaux justement, puisqu'ils étaient en couleurs, ils ont été tournés aussi bien par gens qui se sont battus contre l'occupant que par des soldats de la wermacht, des nazis et même de simples gens qui n'ont pris parti pour personne. Là, on avait de tout, c'est sans doute cela le problème, ne pas avoir de tout dans cette expo, et comme le disait quelqu'un, une photo ne peut expliquer son histoire, comme le ferait un commentaire sur un film.
Ce qui est agaçant, c'est d'avoir un seul photographe dans cette expo, s'il y en avait eu plusieurs, le problème ne se serait pas posé. Il faut toujours prendre garde de ne pas inculquer de fausses images du passé, au risque de le déformer, certains invoquent que l'on sait très bien à quoi s'en tenir, mais lorsque l'on voit que des personnes ne peuvent même pas citer le nom du premier ministre, cela m'inquiète un peu quant à leurs connaissances historiques.
Néanmoins, ces photos représentent une des multiples facettes de l'histoire que l'on ne saurait ignorer, même si ce sont celles d'un traitre. Car ici, je ne parlerais pas de collabo, les collabos travaillaient dans Paris-Soir, le Petit Parisien, et j'en passe, là, il s'agit de Signal, revue de l'armée allemande.
Je ne vois pas où se situe le problème avec cette exposition !
C'était une période prospère youp la boum, de plein emploi, de respect écologique et d'économie.
Certes , un taux de mortalité un peu élevé , mais la médecine allemande travaillait dure à de nouveaux traitements , et la recherche était fortement encouragée !
Les trains arrivaient à l'heure, les gens étaient policés et bien habillés, la maréchaussée respectée, et les banlieues étaient tranquilles.
Il ne faudrait pas faire preuve d'anti-nazisme primaire !
Y avait il des grèves ?
Les lycéens manifestaient ils ?
Les gens réclamaient ils cinq fruits et cinq légumes ?
Y avait ils des femmes voilées sur les marché ?
Kerviel piquait il de la thune à la SG ?
Balkany mariait il sa fille sous les lazzis du "Canard enchaîné" ?
Les sans papiers ashkénazes travaillaient ils avec de faux papiers séfarades dans les restos de Neuilly ?
Le Zident "Bling Couac"nous mentait il à la tévé ?
Les zinternautes de rue89 s'empoignaient ils tous les jours au lieu d'aller bosser ?
Je vous recommanderai donc , chers camarades, pardon , chers collaborateurs , un peu plus de retenue et moins de cynisme !
@Zineb Dryef
Dans vos précédents articles, j'avais souligné plusieurs choses:
1°) La justesse de vos propos et l'humilité qui en découle; MERCI... ^o^
2°) Que cette expo est certes utile pour la mémoire mais c'est TOUT....
3°) Ma famille ayant été déportée dans des camps, je ne vais certainement pas approuver un travail aussi "urticant".
Enfin, "tant de monde se pressant à cette exposition", c'est que d'une part elle va fermer (et c'est temps mieux) et que d'autre part le coté voyeurisme non morbide de l'homme, que je comprend tout à fait, ressurgit dans l'interdit. Je veux dire par là qu'il y a toujours une fascination pour ces choses qui ne nous ont jamais été présentées comme une référence
historique....(à développer ultérieurement).
Ce sont des expositions comme celles-là et des propos de M.Lepen encore récemment, qualifiant de "détail" les camps en Allemagne, que nous fausserons l'histoire dans la tête des gens (surtout des ados et des tous petits).
Que cette exposition soit montrée à des professionnels de la photo, à la rigueur. Qu'elle soit montrée à des historiens, je consent. Mais comme a dit Mme Veil nous ne devons pas faire tout et n'importe quoi en mémoire de....
PS: J'ai aussi une pensée pour la fille (ou petite fille) du photographe, je n'ai ni antagonisme, ni animosité vis-à-vis d'elle. Sauf si bien-sûr elle a bénéficié de l'usufruit du "travail" de son père, ce que je me refuse de croire. Pour moi, le pardon est le début de la sagesse..... qu'il est long le chemin.............................
J'y suis allé, moi, à cette expo André Zucca. (dont l'entrée n'est pas libre, mais à 4 Euros soit dit en passant)
Qu'y voit on ?
Les beaux quartiers, les gens endimanchées, des cocottes à Longchamp en galante compagnie (de charmants officiers de la Luftwaffe reconnaissables à leurs pattes de col).
Je comprends ce que cela peut avoir de choquant pour les âmes simples : pendant que l'on discriminait à tout va, les Parisiens continuaient de vivre.
Ceci dit, je vous signale que pendant les massacres au Rwanda, il m'est arrivé de reprendre deux fois de la blanquette. Dois-je effacer de mon disque dur externe les photos de mes agapes?
Nous vivons dans un monde où les photos correctes de la 2e GM en France sont celles des files d'attentes devant les magasins, de gens frappés d'une étoile jaune (rappelons qu'elle n'a été instituée qu'à la mi 1942 et que la majorité des photos de Zucca sont antérieures, ce qui explique leur absence : il n'y en avait pas) ou des libérateurs américains (parce que les Anglais et les Canadiens c'est pédé et compagnie, j'imagine), de préférence en noir et blanc.
Oui, on ne vivait pas si mal à Paris sous l'occupation. On peut s'en désoler, rappeler les rafles, et on a raison, bien sûr, mais voila, même dans les périodes les plus dramatiques de l'histoire, les gens continuent à vivre. Il y en a même qui baisent, savez-vous?
Oui Zucca ne nous montre que ce qui l'arrange ou fera plaisir à son employeur, la Propaganda Staffel. Et c'est bien ce qui est intéressant aussi : point de rafles. Point d'actes de sabotage. Un Paris qui vit malgré tout voire avec. N'est-ce pas cela à la fois le plus naturel et le plus désolant?
Je trouve ahurissant que cette expo fasse un tel pataquès. C'est un témoignage. Oui Zucca travaillait pour Signal et? La vue de ces photos, avec le recul que le temps nous impose, est salutaire. C'est un éclairage sur cette période sombre. ce n'est déjà pas si mal.
Cet emballement me rappelle celui autour des mémoires de Paul Aussaresses qui racontait comment il avait torturé en Algérie. Et quoi? Au nom de la bienséance ou de je ne sais quelle morale, il faudrait que ceux qui ont collaboré, ceux qui ont torturé se taisent sous peine de procès? Mais non : parlez, dites ce que vous avez à dire. Quand bien même cela nous répugne, cela nous instruit. Et c'est bien ce qui compte, non?
Je pense que la gêne qu'éprouvent les Français à l'égard de cette exposition ne vient pas tant du fait que l'on ne montre pas la misère des déportations mais du fait que l'on montre que la plupart des Français menaient une vie 'normale' malgré ces déportations et s'en accommodaient comme ils pouvaient. C'est le résidu du "syndrome de Vichy" diagnostiqué par Henry Rousso et qui n'est pas encore totalement surmonté. A moins d'avoir une méconnaissance et une indifférence totales à l'égard de notre histoire, au quel cas il est peu probable par ailleurs que l'on se donne la peine d'aller voir cette exposition, je ne vois pas comment on peut ignorer la misère et la lâcheté qui sont inscrites en filigranes derrière ces images souriantes. Ces images nous mettent mal à l'aise parce qu'elles nous mettent face à notre lâcheté et notre impuissance, d'où le tollé qu'elles provoquent. Pour ma part je trouve cette polémique somme toute assez ridicule et pour tout dire hypocrite.
Ces images souriantes et ensoleillées sont d'une vérité profonde et troublante. Voilà tout.