Monsieur le Maire, nous tenions à vous féliciter de votre courage pour avoir osé braver l’irruption artistique qui risquait d’endommager cruellement la ville de Cuers.
En effet, une artiste, Kristin, 52 ans, prétendait écrire sur les murs ou sur l’asphalte des textes dangereux, pire, poétiques. Évidemment, ils ne seraient pas restés très longtemps, la peinture disparaissant assez vite. Mais imaginez la situation sans votre valeureuse intervention : les citoyens, intrigués par des phrases incongrues, auraient fait appel à leur intelligence, à leur curiosité, à leur sensibilité. Plus grave, l’automobile, reine absolue de l’espace public, aurait perdu une part de sa suprématie. Et enfin, la publicité, qui orne si avantageusement tous les recoins de notre paysage visuel, aurait subi la concurrence d’un acte gratuit, sans but commercial, un pur objet de plaisir et d’intelligence.
On touchait là à l’essence même de notre civilisation, et votre détermination a permis d’éviter une catastrophe à côté de laquelle le 11 septembre apparaîtrait comme un fait-divers.
Une fleur de lys dans le blason
Avec courage, vous avez défendu le drapeau français qui risquait d’être souillé à jamais. Passons sur l’origine douteuse de ce symbole créé par des insurgés ne respectant pas la légalité de l’époque, mais comment en effet oser moquer l’oriflamme qui a si bien civilisé les Africains ou rempli les tranchés de Verdun ? Votre décision de remettre toute affaire cessante une fleur de lys dans le blason de votre ville nous remplit d’espoir.
Votre plainte devant les tribunaux est également promise à un bel avenir. Nul ne doute que les juges, n’ayant que cela à faire, vont convoquer la contrevenante en urgence. Peut-être faudrait-il exiger que cette affaire soit traitée par une juridiction anti-terroriste car, à part Al Quaïda, qui aurait planifié une attaque aussi basse de votre cité?
Nous avons été un peu déçu par votre recul quelques jours plus tard. En effet, poursuivant votre valeureuse croisade, vous avez tenté de retirer la garde de la bibliothèque Armand Gatti (un anarchiste, soi-disant résistant et déporté) à ceux qui l’ont créé, Orphéon Théâtre Intérieur.
Les livres sont dangereux
Vous aviez raison, les livres sont dangereux, et demandent à être mis sous bonne garde. D’autant que ces livres ne servent pas seulement à caler la commode, ou à décorer le salon, mais qu’ils sont lus, souvent par des enfants, et qu’ils parlent de théâtre, activité qui détourne des deux piliers de notre société: l’écran plasma et le caddie à remplir.
Mais nous sommes inquiets et nous craignons bien que, malgré vous, vous n’ayez apporté finalement bien de l’eau au moulin de ces irresponsables. Vos adversaires vous attaquent, soit. Mais les journaux se moquent de votre action intrépide, vos alliés politiques se taisent en public et vous maudissent en privé de se retrouver associé aux mêmes agissements qui avaient fait la gloire du Front national à Châteauvallon ou à Vitrolles.
Ces maudits Orphéon reçoivent tous les jours de nouveaux soutiens, de nombreuses villes veulent inviter la compagnie que vous avez voulu bâillonner, de plus en plus de citoyens veulent que l’art ait une place dans nos villes, et votre acte passe avant tout comme ridicule.
Confiance, la postérité sera pour vous. À l’heure où vient de s’éteindre le maire-poète Aimé Césaire (à ne pas confondre avec la sympathique Aimée Geyser, lauréate du Grand Prix de l’Eurovision 1967), vous le dépassez déjà par votre prouesse: il a passé sottement sa vie à faire parler les mots, vous avez réussi à les goudronner.
► A lire: Var: pas de plumes mais du goudron pour le theâtre de rue

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Quand j'entends parler de culture,je sors ma procédure judiciaire :nouvelle variante de la célèbre phrase de Baldur Von Schirach fondateur des jeunesses hitlériennes.vous n'êtes pas gâtés dans le Var,et en plus ça à l'air contagieux... résistez quand même et bonne chance.
Un article brillant, une plume precise, pertinente et ironique. Quel plaisir de vous lire! Vous etes un vrai defenseur de la culture, tant dans l'idee que dans la forme. Continuez a vous battre avec ces mots que vous cherissez tant, il est vrai que leur pouvoir est de plus en plus meconnu, mais pas pour autant affaibli.
Cordialement.
Au fait, qu'est-ce qui lui permet de changer le blason de la ville en incluant la fleur de lys, elle n'a jamais fait partie du domaine royal et ne justifie d'aucune appartenance à la lignée royale non plus ? Le maire revendique clairement son appartenance à une certaine mouvance, dirait-on ?
Le théâtre, c'est la sédition à l'état pur. C'est un miroir dans lequel se dessinent nos traits les plus grossiers.
Monsieur le Maire à raison de se garantir de cette confrontation avec lui-même et d'éviter de graves traumatismes à ses administrés.
Quant à vous, Lauresture, cessez de déverser ce flot d'invectives nauséabondes sur un Maire méritant. Sinon... au goudron avec les plumes.
Quant à ce tract de soutien d'un dénommé Garcia Lorca (encore un Français bien de chez nous) trouvé sur les marches de la Mairie sachez qu'il aggrave votre cas.
Jugez plutôt : "Un peuple qui n'aide pas, qui ne favorise pas son théâtre est moribond, s'il n'est déjà mort; de même le théâtre qui ne recueille pas la pulsation sociale, la pulsation historique, le drame de son peuple, et la couleur authentique de son paysage et de son esprit, avec son rire et ses larmes, ce théâtre là n'a pas le droit de s'appeler théâtre."
Mouais...
Il y a un petit côté à la mords-moi-le-nougat dans cette "affaire"-là. Kristin, 52 ans, est une artiste ? Admettons. Elle veut faire son truc ? Admettons encore. Elle croit qu'il est nécessaire de faire son truc ? Admettons toujours.
Eh bien, qu'elle le fasse, et basta...
Ils sont tout de même un peu marrants, ces artistes qui ne font rien sans les autorisations et les tampons officiels.
tss tss t'as pas compris thierry. Son truc, comme tu dis est un spectacle, une fiction programmée par la Mairie, il y a contrat avec la ville de Cuers. Sauf qu'on vient juste de changer de maire. Et qu'au nouveau maire le truc ne lui plait pas, trop contemporain pour lui (la compagnie a reçu un prix SACD pour un spectacle qui parle de l'identité. Le spectacle débute par une majorette qui danse sur un drapeau, sacrilège !) Et au lieu d'interrompre le spectacle, après tout il en avait le droit 1) il censure au goudron, 2) il porte plainte contre l'artiste pour outrage. L'artiste a fait son job. Maintenant il faut qu'elle débourse 10000 € d'avocat simplement pour montrer au maire de Cuers qu'il est à coté de ses pompes, qu'il confond fiction et réalité, qu'en France on est en république et qu'on a encore le droit de jouer un spectacle même si celui-ci ne plait pas. Les gens du spectacle montent évidemment au créneau, et le petit maire va encore se couvrir de ridicule (au frais de la commune qui elle aussi va financer un avocat) comme sur la vidéo http://www.dailymotion.com/video/x4zp37_goudronnerlesmots_creation
tss tss, je crains que tu n'aies pas compris Thierry, Raphael-L...
Tu dis :
"il y a un contrat avec la ville"
et plus loin :
"une majorette qui danse sur un drapeau, sacrilège!"
Ma question sera :
Depuis quand "blasphèmer" passe par la signature d'un contrat?
A un moment de notre Histoire où tous les prédicats artistiques sont sur la table, SEDITION ou REDDITION, là est la question.
PS: J'ai bien compris que le nouveau maire de Cuers faisait un bien piètre candidat à quelque évaluation esthétique que ce soit... mais ceci est déjà une autre histoire...
L’Observatoire de la liberté de création de la Ligue des Droits de l'Homme dénonce les actes de violence contre l’art sous toutes ses formes du nouveau maire de CUERS
Le 29 mars 2008, pendant une représentation de théâtre de rue, le maire de Cuers (Var) a fait recouvrir d’une peinture noire goudronnée des phrases que l’actrice Caroline Amoros, agissant dans le cadre d’une convention avec les collectivités locales, avait inscrites sur le macadam avec une peinture effaçable. Par la suite, le maire a porté plainte pour “dégradation de la voie publique”.
Ce spectacle de la compagnie Princesses Peluches faisait partie de la programmation de l’Orphéon, dont le maire avait annoncé lors de la campagne électorale son intention de dénoncer la convention avec la commune. Dans son communiqué du 16 avril, il souhaite « avoir un droit de regard préalable sur ces spectacles et ce, par respect pour les cuersois, qui par le biais de leurs impôts, les financent ».
De plus, le maire a tenté, 12 avril, de faire changer les serrures des acccès à la bibliothèque du théâtre et à ses 9000 volumes.
Comment un maire peut-il, sans craindre le ridicule, entraver aujourd’hui un spectacle de rue sous un tel prétexte ?
Comment peut-il porter plainte contre une actrice-auteure de talent, professionnellement reconnue ?
Comment peut-il envisager de revenir au temps de Vichy en établissant une censure préalable ?
Comment peut-il décider de réduire au silence une compagnie de théâtre et une bibliothèque subventionnées par le Conseil général du Var, le Conseil régional Paca, la Drac (Direction régionale de l’action culturelle) Paca, le Cnl (Centre national du livre) et la Dmdts (Direction de la musique, de la danse, du théâtre et des spectacles), et qui est un partenaire privilégié de l’Education nationale ?
Comment peut-il parler de « gouffre financier pour la commune » alors que la subvention annuelle ne dépasse pas 3 euros par habitant ?
Ne trouvant aucune explication raisonnable, en dehors de l’intention de mettre la culture à son service, l’Observatoire pour la liberté d’expression en matière de création de la LDH, demande
* aux différents partenaires de confirmer leurs soutiens à l’association Orphéon,
* et au maire de revenir à un comportement respectueux des libertés.
Paris, le 17 avril 2008
"la subvention annuelle ne dépasse pas 3 euros par habitant".
Cuers, c'est dans les 8000 habitants...
24 000 euros par ans, c'est pas mal, pour écrire cinq phrases sur le bitume et faire danser une majorette sur un drapeau...
C'est drôle comme tout se retourne : Un maire un peu dingo devenu, par la grâce d'une fleur de lys et d'un pot de goudron, infiniment plus subversif qu'un artiste subventionné...
D'un autre côté, je ne m'inquiète pas trop. Par la magie du rayonnement synchrotron, ce "rectangle noir sur fond noir" ne devrait théoriquement pas avoir le dessus sur le texte initialement apposé...
Ainsi, l'honneur sera sauf et les vaches à lait de l'art évènementiel continueront d'être bien gardées...
Et si c'était cela, la morale de cette histoire : un maire à demi fou aidant, à l'insu de son plein gré, l'art à sortir du "coaltar" où il s'est lui-même plongé?
C'est-à-dire, en gros, expériences esthétiques infécondes et résignation.
Nous appelons à un rassemblement artistique et festif le 23 avril 2008 à 15 h place de la convention à Cuers. Alors j'espère que vous allez décoller de votre écran (qui fait écran à la réalité n'est-ce pas) pour venir voir du vrai happening (non subventionné ça devrait vous plaire) et surtout ça vous changera de gloser stérilement à l'infini. A peluche.
Allez, une dernière petite glose pour la route, vu que cette histoire, c'est tout de même un peu "Patate tiède à Clochemerle"...
Voici ma question :
Pourquoi Caroline Amoros s'est-elle refusée, dès le départ, à intégrer Gilbert Perugini à son dispositif?
Après tout, on sent chez ce gars-là, au-delà de l'évident désir d'en découdre, une vraie fièvre iconoclaste.
Et puis, il porte un vrai beau nom de peintre...
Le Perugin.
Imaginez un instant que Caroline Amoros, au lieu d'en rester là, ait réécrit quelque chose par-dessus la couche de goudron..
Ni une ni deux, vôt'bon maire, ne se sentant plus de joie, se précipite pour en remettre une couche...
Du style: "Lira bien qui lira le dernier".
Et ainsi de suite jusqu'à ce que la chose, atteigne la hauteur souhaitée.
Il suffit ensuite de découper le "millefeuilles" et de le placer en lieu sûr pour que les générations futures aient quelque chose à "gratter"...
L'histoire de l'art est si pleine de ces beaux palimpsestes...
Blague à part, j'ai trouvé vraiment très bien car d'une ironie mordante le texte de Jacques Lauresture, mais l'ironie doit-elle lui être réservée?
Pour ma part, j'ai dit à quel point je ne cesserai d'avoir des doutes sur la pertinence d'un art qui veut tout à la fois : le beurre et l'argent du beurre, la transgression et le pognon.
Dans une région à ce point dévastée par l'idéologie FN, j'ai la faiblesse de penser que l'"esthétique relationnelle" telle que vous la prônez (simulacre de rebellion subventionnée) n'est pas la meilleure des solutions.
Il n'y a qu'à voir comment se creusent et s'avivent les tensions entre certains pans de la population.
Celà dit, car n'étant pas à une contradiction près, si j'étais à Cuers là maintenant, je me joindrais à vous, je crois.
( c'est pas tous les jours qu'on fait sa fête à un pareil déglingos...)
Alors bon courage à vous et belle fête!
Travaillant dans une mairie à l'époque, j'ai vu de mes yeux l'anecdote suivante. Je vous certifie que c'est vrai:
Comme habituellement la bibliothèque municipale commandait des livres. Le nouveau maire UMP a refusé le bon de commande en disant "Mais pourquoi vous achetez des livres ? Vous en avez déjà plein !".
Je pense que le nouveau maire de Cuers doit être dans la lignée de celui là, la droite décomplexée quoi !
Cela fait un moment que l'on parle de la droite décomplexée et je n'arrive toujours pas a comprendre pourquoi pléxé ?
si qq pouvait résumer ce qui s'est passé..
Là ... c'est de l'implicite!
Cuers ... expliquez un peu!!!
Il y a déjà eu un article là-dessus dans Rue89 (ce n'est pas pour vous reprocher de ne pas l'avoir lu que je dis cela!): je n'ai plus la référence, mais cliquez sur mon pseudo puis sur "suivi", vous retrouverez l'article (dans le titre, dont je ne me souviens pas entièrement, il est question de "goudron sans plumes".
Vous allez aimer, il y a une pétition à signer (et je l'ai signée, d'ailleurs, pour l'anecdote).
merci!!!! sorry : je ne lis pas tout!
je ne signe pas toutes les pétitons, savez vous?
J'irai voir l'article.
Amitiés
Je ne lis pas tout non plus, amitiés aussi.
Post- scriptum: Je me doute du fait que vous ne signez pas toutes les pétitions. De plus, j'aime votre côté pétitionnaire: il vaut mieux agir que de ne rien faire.
Une fois de plus le pouvoir politique veut décider de l'artistique.
Bien sûr, c'est de la censure qui répond à de la provocation.
Mais ce n'est pas que cela.
C'est de la culture du commerce. Avec ma subvention j'achète de la culture, dit implicitement M. le maire fraîchement élu. Et je veux un produit qui me convienne, esthétiquement et idéologiquement (moralement, citoyennement, etc...). Autrement dit, avec de la subvention je me paie un artiste à ma convenance (et donc à la vôtre, chers administrés, puisque vous m'avez élu).
Heureusement, il existe toujours des hommes politiques de terrain qui croient encore que la culture doit étonner, contredire, interroger dans ses formes et dans ses contenus. Mais les temps sont au désengagement de l'Etat et au renforcement des pouvoirs locaux, à l'instrumentalisation et à l'arbitraire, au sur-mesure en mesure, aux favoris et aux courtisans.
C'est aux spectateurs, donc aux administrés, donc aux électeurs, de dire haut et fort ce qu'ils en pensent. L'avenir leur appartient.
Toute cette affaire conforte la reflexion de mon organisation syndicale du spectacle qui estime que donner tout pouvoir aux élus locaux, régionaux peut amener à une censure évidente des artistes sous couverts de pb budgetaires et/ou d'atteintes à la morale, aux bonnes moeurs et que sais-je encore !
Sans aller trop loin dans le débat entre artistes subventionnés/artistes en devenir/recherches artistiques en tous genres, il apparait évident que la "régionalisation",l'atomisation des crédits et des pouvoirs de décision en matière d'action/création/diffusion de l'expression artistique génèrent un pouvoir discrétionnaire sous lequel l'artiste dépend du bon vouloir politique des uns et des autres. A ceci, il faudrait ajouter comme il a déjà été souligné, le manque de formation des cadres et élus locaux aux affaires culturelles,la volonté électoraliste de réduire la Culture à des expressions régionalistes certes respectables et défendables mais non suffisantes pour l'avenir de la pensée humaine. Voilà, j'ai encore enfonçé une porte ouverte ! Mais pour moi, une symphonie celtique de Alan STIVEL, meme si l'oeuvre est fort belle et moderne ne m'empèchera pas de chercher le nouveau Artaud (exemple non exhaustif ni orienté...)
RECTIF:
Il ne s'agit pas d'opposer un pouvoir d'aide à la création à un autre mais de créer les garde-fous qui évitent la soumission du TRAVAIL de l'artiste qui ne se conçoit que SANS DIEU NI MAITRE !