En pleine grève des sans-papiers, un chef d'entreprise veut fédérer les patrons pour faire régulariser leurs salariés.
Johann Le Goff a 32 ans et pas la moindre carte d'électeur. Même si "ça commence à le titiller". Pourtant, en moins de 24 heures, ce patron d'une PME de câblage informatique a débarqué dans l'actualité comme une icône chez les patrons citoyens.
Depuis un mois, il tentait de fédérer des chefs d'entreprise pour réclamer d'une même voix la régularisation de leurs salariés sans-papiers, dans des secteurs où ils affirment peiner à trouver de la main-d'œuvre.
La grève de plusieurs centaines de travailleurs sans papiers, qui a démarré hier en Ile-de-France sous les hospices de la CGT et de l'association "Droits devant!" lui offre une tribune toute trouvée.
Difficile de recruter depuis le durcissement de la loi
En quelques semaines, Johann Le Goff a réussi à mobiliser une trentaine d'entreprises qui sont dans son cas. Depuis qu'il a lancé sa première société, il y a sept ans, le patron de Seine-Saint-Denis affirme en effet avoir "de plus en plus de mal à recruter des employés", sachant qu'il tourne avec "une dizaine de salariés par an".
La première fois que ce "non militant" s'est posé cette question, c'était il y a quatre ans, avec un premier salarié sans papiers. Depuis, Konex, l'entreprise de Johann Le Goff, a eu recours à de nombreux intérimaires. Le jeune patron de PME n'exclue pas que certains d'entre eux aient pu travailler sous une fausse identité.
Mais la loi s'est durcie, en juillet 2007, et les entreprises sont désormais obligées d'apporter la preuve que leurs salariés sont en règle. A l'automne, Johann Le Goff a proposé à plusieurs reprises à l'un de ses hommes, un Algérien, de le titulariser. Impossible: son salarié n'avait pas de papiers.
Pour pouvoir embaucher dans les règles cet employé, le patron de Konex est allé jusqu'à prendre un avocat qu'il paye de sa poche pour faire les démarches. Son témoignage illustre l'impasse actuelle de la régularisation par le travail, pourtant vantée par le gouvernement:
Il y a quelques mois, le câbleur informatique a contacté Jean-Claude Amara et son association "Droits devant!". Alors que ce dernier manifestait sous les fenêtres du ministère du Travail ce mercredi après-midi pour médiatiser la grève de travailleurs sans-papiers, il soutient l'initiative du patron de PME. Mais garde ses distances: pour lui, c'est maintenant "aux patrons de prendre leurs responsabilités" pour obtenir que le gouvernement change de braquet:
S'il ne réclame pas qu'on régularise tout le monde, Johann Le Goff, lui, souligne que la main-d'œuvre sans papiers est souvent formée et efficace. Il dit volontiers qu'il joue sur deux tableaux:
"Il y a la question des droits de l'homme, de la dignité de nos employés; et puis le problème économique à une époque où nous n'arrivons plus à embaucher. Les hommes politiques ne se rendent pas compte du manque à gagner que ça représente pour nous. On est dans la vraie vie."
"Ca n'avance plus sur les chantiers!"
A ses côtés, Djamila Sarrar rebondit. Johann Le Goff ne la connaissait pas avant de lui proposer de rejoindre le réseau "Patrons solidaires" mais la jeune femme, à la tête d'une entreprise familiale de nettoyage de façades, dresse le même constat:
"On a perdu 40% de notre chiffre d'affaires depuis décembre, parce que ça n'avance plus sur les chantiers. Depuis la nouvelle loi, trois de nos salariés ont disparu du jour au lendemain. Pour le quatrième, nous avons découvert après avoir envoyé son dossier en préfecture qu'il n'était pas du tout en règle. Nous avons été obligés de le licencier."
La jeune patronne et sa mère soulignent que, faute de main-d'œuvre, elles assurent elles-mêmes le nettoyage sur le chantier "alors que c'est un métier d'homme, en hauteur, et que nous sommes censées chercher des clients, plutôt".
Djamila Sarrar confie qu'elle rejoint le réseau parce qu'elle en a "ras le bol":
La patronne de Netexpress, l'entreprise de nettoyage, n'a pas coupé les ponts avec le salarié qu'elle a dû licencier "alors qu'il payait ses impôts comme tout le monde". Ce mercredi après-midi, il est présent dans les locaux de l'entreprise familiale, à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Il veut bien parler si on l'appelle Bouba. Il a 33 ans, était cultivateur dans son pays d'origine, la Guinée-Conakry, avant de gagner la France en 2001.
Ayant perdu deux ans plus tard son statut de réfugié, il a travaillé quatre ans chez Netexpress avec de faux papiers, "sans avoir prévenu ses patronnes". Depuis son licenciement, il ne travaille plus:
"Même le travail, tu ne peux plus trouver. Avant, c'était plus simple. Aujourd'hui, c'est devenu très difficile. Beaucoup de salariés sont licenciés. Mais, si je ne travaille pas, qu'est ce que je vais faire? Il faut payer le loyer, manger… Il faut qu'on travaille… Sinon, on va où?"
Chez les sans-papiers, le bouche à oreille va bon train: dans certains quartiers, des sociétés d'interim se seraient spécialisées dans le placement de travailleurs sans-papiers. Par exemple, dit-on, des enseignes qui ont pignon sur rue à Paris, aux abords de la gare de l'Est ou de la gare du Nord. Maryline et Djamila Sarrar ont même entendu parler d'un tarif hors compétition, à 3,80 euros de l'heure.
Vers "un nouvel esclavage"
Au Gisti, Me Stéphane Maugendre confirme qu'un des effets pervers de la nouvelle législation aura été de laisser des patrons peu scrupuleux seuls employeurs de main-d'œuvre sans papiers. L'avocat y voit carrément l'émergence d'un "nouvel esclavage":
Chez Netexpress, on termine la journée de mercredi en espérant que la médiatisation permettra de "faire bouger les dossiers", à commencer par celui de Bouba. Même si Maryline s'étonne, d'un sourire ironique:
"TF1 devait passer faire un reportage. Ils ont annulé parce qu'on ne les intéressait pas: on n'emploie plus de sans papiers. Il faut savoir ce qu'on veut! Nous, on respecte la loi, mais on ne demande pas mieux!"
►Pour contacter Johann Le Goff: patronsolidaires@orange.fr



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J'ai reçu ça ce matin ! je partage cette nouvelle et je tiens à préciser : VRAIE
CHASSE AUX « SANS-PAPIERS »
UN AGRICULTEUR LOURDEMENT SANCTIONNÉ POUR N'AVOIR PAS COOPÉRÉ À L'EXPULSION DE SES SALARIÉS
Voici un petit récit, une petite parabole, extraite d'un roman qui se déroule dans une société imaginaire, très policière, inquiétante, une société comme il n'en existe évidemment que dans les livres :
Il était une fois un agriculteur drômois, Monsieur Jean, qui produisait des fruits et légumes et employait donc du personnel saisonnier.
Un jour, chez cet agriculteur, le téléphone sonna :
« Allo, Monsieur Jean, ici c'est la PAF, la police aux frontières. »
« Oui, bonjour Monsieur de la PAF »
« Monsieur Jean, avez-vous parmi vos salariés messieurs Untel et Deuxtel ? »
« Oui, en ce moment, ils travaillent chez moi ; ils y viennent régulièrement depuis 6 ou 7 ans ; ils sont déclarés : je verse leurs cotisations maladie et retraite à la MSA »
« Sachez que ces deux personnes sont actuellement en situation irrégulière.
Nous viendrons donc les arrêter chez vous tel jour : débrouillez-vous pour qu'ils soient présents. Merci. »
Après avoir raccroché son téléphone, que fit notre agriculteur ?
Il fit ce que nous ferions tous en telle situation : il n'allait pas « livrer » à la police (et donc participer à expulser) ces salariés qui travaillaient chez lui depuis des années.
Il leur annonça « Je suis désolé, mais je ne peux plus vous garder ici.
Voici votre solde de tout compte.
Vous devez partir. »
Il fit ce que sa conscience lui avait dicté.
Lorsque le jour J arriva, la police arriva aussi, … et évidemment, les deux « sans-papiers » n'étaient plus là !
Aussitôt, l'agriculteur fut emmené en garde à vue.
Un mois plus tard, il passa devant le tribunal.
Et il fut condamné. Pas à 1 euro symbolique, non !
Il fut condamné à 4 mois de prison (avec sursis) et 800 euros d'amende (sans sursis) !
Il fallait faire un exemple, d'autant que notre homme cultivait bio et adhérait à la confédération paysanne.
Ces gens-là, il faut les mater, leur faire peur, sinon, ils pourraient contaminer les autres.
Rendez-vous compte, ma brave dame, des gens qui refusent de dénoncer, ce sont de dangereux terroristes !
Le plus terrible dans cette histoire, le plus inquiétant, le plus honteux pour notre « pays des droits de l'homme » … c'est que cette histoire, … est vraie !
Le verdict a été prononcé par le tribunal de Valence ce lundi 14 avril 2008.
Pour le bureau collégial de l'ASTI Crest-Val de Drôme Jean Beaufort
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Finalement, la solution de cette question des travailleurs sans-papiers viendra peut-être de ce que souligne Le Goff, à savoir une convergence d'intérêts entre patronnat, salariés et associations.
Il me semble que cette convergence est, malgré tout, une bonne nouvelle en soi ; nous n'en avons pas tant que ça, donc autant en profiter.
Toutefois, je serais curieux de connaître la position des entreprises de BTP (y compris les petites entreprises) qui font un usage assez peu modéré du salarié sans-papiers.
Tout cela dit, il me reste tout de même une petite gêne aux entournures : je constate qu'un combat pour la dignité des personnes emporte la considération (et, peut-être, la conviction) dès lors qu'il est placé sur le terrain de la compétitivité économique. Pour ce qui est des principes, nous repasserons. Or, de mon point de vue, c'est pourtant bel et bien cette dignité des personnes qui n'est pas négociable.
Et puis j'éprouve un autre sentiment de gêne.
Ces salariés sans-papiers servent effectivement la pression à la baisse sur les salaires, et ils sont donc en effet un enjeu social. C'est du reste pour cela que c'est une très bonne nouvelle que la CGT soit partie prenante dans cette affaire.
L'une des raisons pour lesquelles un étranger en situation irrégulière peut trouver du travail, c'est aussi que les employeurs refusent de rémunérer le travail à sa valeur. Sans doute est-ce aussi lié au fait que nous autres, consommateurs, faisons pression sur les prix des biens (d'équipements ou de consommation courante ) que nous voulons acheter : pour prendre ce qui n'est rien d'autre qu'un exemple, nous voulons bien un Stade de France, en revanche nous refusons de le payer à son prix.
Dans ce sens, oui, les travailleurs en situation irrégulière sont bien un instrument de pression sur les salariés, et Maugendre (du Gisti) a bien raison de craindre l'apparition d'un "nouvel esclavage" : c'est un peu la situation décrite dans le dernier film de Ken Loach.
Autant dire que, si nous n'y prenons garde, cette situation risque bien de déboucher sur une "institutionnalisation" de l'irrégularité, qui ne pourra être tenue qu'à la condition d'une surveillance et une répression renforcées.