Cette nuit, patronat et syndicats ont adopté une "position commune" sur la façon de faire évoluer les règles de représentativité syndicale inchangées depuis 1966, qui faisaient débat la semaine dernière sur Rue89. Synthèse de vos avis.
Le débat de Rue89 avait soulevé de nombreuses questions: à quoi servent les confédérations? Comment évaluer leur action? Quelles sont les effets pervers du système actuel? Pourquoi les syndicats semblent coupés du monde du travail? Comment les rendre plus représentatifs? Patronat et syndicats ont en partie répondu à l'une de ces interrogations dans la nuit du 9 au 10 avril: désormais, pour qu'un syndicat soit représentatif, il faudra qu'il rassemble au moins 10% des salariés aux élections professionnelles dans les entreprises. Dans les branches et au plan national, d'ici cinq ans, les accords sociaux devront être signés par des syndicats représentant au moins 30% des salariés (8% en attendant). Ce qui ne règle pas tout…
"Depuis toujours, chacune de ces machines tire la couverture à soi!"
Deux impressions se dégagent des riverains qui ont expérimenté le système syndical français. D'abord une certaine lassitude, face à un fonctionnement jugé archaïque, comme le dit Putt Bill:
"S'agissant des orgas syndicales… Depuis toujours, chacune de ces machines tire la couverture à soi! La célèbre maxime "diviser pour régner" a toujours fonctionné à merveille dans un modèle social qui prône l'individualisme plutôt que le collectivisme, on feindra donc toujours aussi hypocritement de pas voir "les voir choses s'améliorer"! (…) De mon point de vue, les quelques irréductibles peuplant encore le petit village syndicaliste n'en ont plus pour très longtemps… S'ils font encore partie du paysage social, c'est parce que justement ils sont financés par le puissant empereur romain!"
Deuxième temps de l'analyse: cet archaïsme vient directement des intéressés. Les syndicats auraient ainsi déserté leur rôle de contestation. C'est en tout cas l'avis de François Doutriaux:
"Comme nombre de contre-pouvoirs institutionnels, les syndicats sont sans doute devenus beaucoup trop tièdes et souvent clientélistes (la surreprésentation de la défense des ouvriers (3% des salariés) et la sous-représentation de celle des contrats précaires (CDD, travail temporaire…) ne reflètent pas les évolutions actuelles du monde du travail). La CFDT, premier syndicat de France, me paraît être davantage devenue un partenaire de l'Etat qu'un protecteur du salarié (75% des accords IP/branche signés, à comparer avec 33% pour la CGT, ce n'est plus une organisation syndicale, c'est un stylo à plume…). De même pour FO (73%)."
Autre versant de la critique: une sorte de fonctionnarisation des syndicats. Prisonniers de la logique d'appareil, selon Sigmundfrit, les confédérations ne jouent plus leur rôle de défenseur des salariés:
"Les permanents sont l'équivalent pour le monde syndical des cumulards pour la politique. Ce sont avant tout des gens qui font "carrière" et du compromis à la compromission, le pas est vite franchi. Personnellement, je serai pour des permanents ne pouvant pas dépasser cinq ans dans leur fonction pour qu'ils soient obligés ensuite de reprendre le travail. Ceci afin qu'ils soient au fait de ce qui ce passe dans la 'vraie vie'."
Même constat pour Jausep qui, à la critique sociale, ajoute la dimension politique. Les syndicats sont ici soupçonnés d'avoir joué sur le même registre que celui des stratégies des partis politiques:
"Dommage que:
- les organisations syndicales aient trop traîné derrière elles des étiquettes politiques. Elles n'ont pas su se détacher suffisamment des partis. Même si l'on comprend qu'il se cache derrière des actes syndicaux des actions à caractère éminemment politiques.
- les différentes origines aient créé des luttes intestines, des divergences d'actions et des désaccords en terme de résolution des problèmes.
- les syndicats aient laissé trop de place à divers corporatismes.
Avec 8% de syndiqués, la France est un des pays les moins syndicalisés:
Suède (91%), Danemark (88%), Finlande (79%), Norvège (71%), Irlande (43%), Canada (33%), Pays-Bas (30%), Royaume-Uni (29), Allemagne (26%), Australie (25%), Japon (21%), Etats-Unis (13%)! (données en % du nombre de salariés rémunérés, en 2000)."
Peut-on comparer un syndicat à un parti politique?
Pour sortir de l'ornière de la représentation syndicale (limitée aux cinq grandes confédérations nationales), l'UNSA (Union nationale des syndicats autonomes) propose de prendre pour référence les élections prud'hommales, arguant de la légitimité de ce scrutin. Une proposition qui divise fortement les riverains. Commençons par Terence:
"Ce point de vue n'a aucun sens, ou plutôt il prend le sens que les salariés seront démunis, ils ne seront plus organisés dans leur organisation qui leur appartient, mais ils "éliront" des électrons libres qui les défendront plus ou moins selon qu'ils seront "réformistes" (le patron est gentil, je prends ce qu'il veut bien me donner) ou "contestataires" (le patron est moins gentil, je tape sur la table un peu plus fort que les autres, mais comme je n'ai pas de membres, les employeurs savent que de toute façon, c'est pour la forme)."
Pour d'autres, au contraire, il faut rendre obligatoires les cotisations, de façon à renverser la tendance française d'une sous-syndicalisation chronique. Pene-r a son idée sur la question:
"L'idée de la syndicalisation "obligatoire" (avec un taux de cotisation régulé et contrôlé) me plaît assez, si elle est correctement organisée. Je pense à un ou deux ans de "campagne" c'est-à-dire d'incitation à la création de syndicats, de communication sur le thème "se syndicaliser c'est bien et cela va être obligatoire, intéressez-vous à l'offre syndicale". Après une vraie discussion, avec tous les syndicats qui auront émergé, sur l'organisation du droit syndical et de la représentativité."
Un point de vue que François Doutriaux trouve bien étrange, car ne répondant pas à l'impératif existentiel des organisations syndicales:
"Je trouve étrange votre parallèle en représentation politique et représentation syndicale: dans les systèmes nordiques, la syndicalisation est indirectement obligatoire, ce qui n'induit pas de renforcer leur poids politique (puisqu'elle est obligatoire, cette adhésion est avant tout fonctionnelle) mais surtout de leur donner un poids considérable pour peser sur les modifications de la législation sociale."
Chlore aussi s'oppose à cette idée d'une légitimité syndicale par l'élection:
"Il est évident que l'action syndicale a un effet sur la politique, il ne saurait en être autrement puisque qu'il y a un droit du travail qui est élaboré et voté par les politiques. Mais l'action syndicale se doit de rester dans la défense des salariés, pas dans le contre-pouvoir politique, l'idéologie politique. Ce ne sont peut être que des mots mais pour moi ils ont leur importance sinon autant élire des représentant PS ou UMP au sein des entreprises."
Enfin, Caius estime que la seule façon de sortir de la crise de légitimité traversée par les syndicats, est de transformer en profondeur leur relation à l'entreprise. Sans surprise, l'expert en management prône une évolution… européenne:
"Comment faire pour que la représentativité syndicale dépasse les quelques pourcents actuels? Je ne vois qu'un moyen, qui serait que les syndicats puissent devenir de véritables acteurs de co-gestion des entreprises. Ce à quoi la plupart des syndicats, hélas, se refusent ("nous ne voulons pas nous rendre complices du patronat"), tout comme bien sûr le patronat ("hors de question de partager notre pouvoir de gestion"). Situation bien française? Mais il faudra bien la changer, même si c'est par une politique des petits pas. Car tant que les salariés n'auront pas acquis la conviction que les syndicats peuvent influer de manière efficace sur la gestion des entreprises, ils ne seront guère enclins à adhérer."

Commentez les articles de Rue89 en vidéo avec votre webcam.





En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.
Et toujours pas un mot sur l'urgente réforme de la représentativité des organisations patronales !
Le syndicalisme français est certes un sujet intéressant, mais le scandale touche bien le patronat (caisse noire de l'UIMM, mise en examen des 2 derniers dirigeants - plus de 20 ans à la tête de leur organisation, non ?), sans parler des faits publiés par Rue89 et occultés par l'ensemble des médias (médecine du travail, caisse de congés du batiment) ou des soupçons de corruption de députés.
Qui refuse la transparence, la démocratie au sein de ses instances, les discussions sur la pénibilité, surla juste rémunération du travail ? Qui pousse à la privatisation des assurances chomage, santé et retraite (malgré les échecs des modèles américains et anglais du point de vue de la santé public, mais grande réussite dupoint de vue des finances des assureurs privés)?
Concernant le sujet des syndicats de salariés, pour répondre à la question "sont-ils des partis politiques?" il suffit de lire la charte d'Amiens, rédigé en 1906 et établissant les règles de fonctionnement des syndicats en France... La réponse est non, les syndicats ne sont pas comme des partis politiques.
Quand à la question de la représentativité ,soulevée dans les réaction, je pense qu'elle révèle surtout un problème d'adaptation des syndicats aux nouvelles donnes du marché du travail depuis une bonne vingtaine d'année et d'une défiance de nombres de salariés.
Si l'on fait exception de la fonction publique, les syndicats sont très faiblement représenté et présent dans le privé. Si vous écartez les sociétés du CAC 40 et autres sociétés de plus 1000 salariés, le taux de syndicalisation fonds encore comme neige au soleil...pour devenir dérisoire.
Plusieurs explication à cela à mon sens:
- les syndicats ont trop longtemps entretenu une vision coorporatiste de leur revendication en voulant préserver le gros de leur troupe, qui sont dans la fonction publique et donc pas soumis aux contraintes d'un environnement économique concurrentiel avec tout ce que cela implique. Les guerres entre fédérations sont parfois très vives au sein d'un syndicat (je e souviens bien de cela à la CFDT entre la fédé des services et celles des fonctionnaires).
- une culture de contestation parfois trop radicale sans apporter de réel solution dans le dialogue social (qui n'est pas facile avec un patronat jusqu'à il y a peu diriger par les maîtres des forges avec une vision du XIX de son rôle...). Nicole Notat aura eu le mérite de faire faire une vrai révolution dans le milieu syndical, suivie après par la CGT de Thibaud.
- contrairement à d'autres pays, les syndicats en france ne gère pas directement des fonds de retraites, des assurances santé ou des régimes de prévoyances... Le cas Canadien est à ce propos très riche d'enseignement. Cela explique pourquoi dans ces pays l'adhésion à un syndicat est obligatoire, elle ouvre simplement des droits à la protection sociale... ce n'est pas le cas chez nous...
- en 1999 je crois, Notat avait organiser au siège de la CFDT un débat sur les enjeux du syndicalisme et les nouveaux leviers possibles pour agir. Lors de ce débat, Notat a évoqué le fait que les syndicats pourrai en France gérer des caisses de retraite(citant encore l'exemple Canadien) et en agissant comme actionnaire pourrai aussi infléchir sur les politiques sociales des entreprises en choisissant d'investir ou non dans telle ou telle entreprise selon un scoring social approprié. C'est ce qui est fait au Canada et dans d'autres pays scandinave.
- Les enjeux pour les syndicats sont de se mettre en mouvement par rapport à un monde économique en perpétuel évolution (ou changement selon ce que l'on pense...). Le poids croissant des actionnaires ne rencontrent pas de réel contre pouvoir dans l'entreprise. Or, un syndicat est par essence un contre pouvoir.
Mais dans les règles de fonctionnement actuel des entreprises (je parle là des plus grandes, mais qui ont valeur de symbole en termes d'actions syndicales) les syndicats se retrouve à lutter avec des moyens ne répondant plus aux enjeux. Les syndicats doivent entrer dans le XXI siécle, alors qu'ils sont trop souvent restés dans une logique de revendication datant d'une autre époque et d'un autre monde...
- Il y a une nécessité à repenser non seulement la représentativité des syndicats (qui sont indispensables dans une économie moderne) afin qu'ils redeviennent de vrai contre pouvoir, avec de vrai moyen d'action, et pas seulement celui de bloquer une usine ou de défiler dans la rue, même si cela reste et restera encore un bon moyen de ce faire entendre et de faire pression sur le pouvoir.
- il y a aussi une nécessité de renforcer la présence syndicale dans les PME et TPE qui représente presque 2 millions d'entreprises, soit plus de 80% de notre tissus d'entreprises... Les vrais oubliés, sont les salariés de ces entreprises.
- il y a aussi un vrai besoin de former les élus des entreprises sur les enjeux économiques, sociaux et juridiques. La compétence des CE aujourd'hui ne se limite plus aux seules oeuvres sociales... Les CE jouent un rôle de plus en plus prégant sur les questions sociales et économiques dans l'entreprise. Ce qui amène souvent des élus de terrain à agir parfois en total contradiction avec la ligen de son syndicat au niveau national... le pragmatisme l'emporte le plus souvent et j'en parle en connaissance de cause ayant moi même était consultant dans un cabinet d'audit travaillant dans le cadre des lois Auroux et intervenant à ce titre comme conseil auprès des élus de CE pour analyser et commenter les aspects financiers, sociaux et stratégique des entreprises et leurs impacts sur l'évolution futur des effectifs.
- Pour revenir au élu, la plupart d'entre eux ne dispose que de 20h par mois pour réaliser des missions qui deviennent de plus en plus complexe et technique, sans avoir toujours les compétences et l'entourage nécessaire pour mener à bien leurs missions. Je l'ai vécu aussi de nombreuses fois, notamment à Romanrantin sur le site de production de la Vel Satis que Lagardère a fermé suite à l'arrêt de production décider par Renault. Je l'ai vécu aussi au GAN, chez AGF, Socapi.. et bien d'autres encores.
- Il y a un gros travail de réflexion et de positionnement à faire pour remettre les syndicats au centre des entreprises et à côté des salariés. Mai les cultures et les habitudes ne se changent pas du jour au lendemain.
Cela va peut être faire réagir, je l'espère, en apportant ma modeste contribution.