Le PS se recentre sur sa gauche

Huit mois avant le changement de Premier secrétaire, les ténors du PS, excepté Royal, prennent leur distance avec le MoDem.

Pierre Moscovici, Benoît Hamon et Martine Aubry (Rue89)

Il faut faire des alliances "partout" avec le MoDem. En faisant cette déclaration durant l'entre-deux-tours des municipales, Ségolène Royal ne savait pas encore qu'elle allait pouvoir mesurer toute sa singularité au sein du PS, particulièrement lors du Conseil national du parti qui s'est tenu ce mardi soir.

Une nouvelle fois, cette singularité lui permet de se démarquer du reste du parti. De se placer, diront certains. En tout cas, elle a constaté que son désormais concurrent direct, Bertrand Delanoë, a opté pour une toute autre stratégie, en refusant ostensiblement la main tendue par le MoDem à Paris.

Mardi, l'ex-candidate socialiste à la présidentielle a toutefois refusé de confirmer sa position. Comme de l'infirmer. A l'inverse des strauss-kahniens, qui ne passent pourtant pas franchement pour des gauchistes au PS, qui eux ne se sont pas faits prier pour tourner la page du MoDem.

Partisane de Dominique Strauss-Kahn au niveau national et de Bertrand Delanoë à l'échelon local, la députée de Paris Sandrine Mazetier ne peut être plus directe:

"La vie politique a tendance à s'accélérer beaucoup et les cycles politiques à être de plus en plus courts. Peut-être que le cycle du MoDem aura duré un an."

Elle emboîte ainsi le pas à Pierre Moscovici, qui devrait être son candidat favori au poste de Premier secrétaire, que François Hollande laissera vacant au prochain congrès. Pour lui, "le MoDem n'est pas à gauche" et il faut plutôt regarder du côté des alliances "historiquement fortes" à gauche:



Revoilà donc la gauche plurielle! A la tribune, Bruno Le Roux, secrétaire national aux élections, n'a pas dit autre chose mardi:

"Il n'y a jamais eu autant de conseillers municipaux Verts et communistes, élus la plupart du temps sur des listes d'union de la gauche menées par le Parti socialiste."

L'aile gauche du parti jubile. Et au premier rang le député européen Benoît Hamon, qui estime que "la modernité aujourd'hui est d'accepter de dire que cette offre politique de centre gauche [les] a fait échouer" aux deux dernières présidentielles:



Député des Landes, Henri Emmanuelli n'a pas plus de compassion pour son presque voisin François Bayrou, député des Pyrénées-Atlantiques. Il se réjouit que "le petit soufflet qui nous poussait vers le centre" soit retombé, car "le centre n'est ni de gauche ni de gauche"! Avant de glisser dans un sourire:

"J'étais dans l'avion avec monsieur Bayrou, il avait l'air déprimé. Moi, du coup, je le suis un peu moins, déprimé..."

La gauche plurielle ressurgit, Martine Aubry aussi. Comme Ségolène Royal, Bertrand Delanoë, Pierre Moscovici et Benoît Hamon, elle est une candidate sérieuse à la succession de François Hollande. Et devinez quoi? Elle fait également le pari de la gauche.

Celle qui a longtemps porté la lourde étiquette de "Madame 35 heures", avant de revenir récemment sur le devant de la scène à la faveur de sa large réélection à Lille, juge que "les Français ont d'abord choisi la gauche" et ont montré que "la France n'était pas devenue de droite":



En plus d'être à l'autocongratulation après la double victoire aux municipales et aux cantonales, l'heure était mardi soir à la fixation du calendrier des échéances à venir. Là encore, Ségolène Royal a dû battre en retraite. Elle souhaitait un calendrier accéléré et un congrès avant l'été. Il se déroulera finalement du 7 au 9 novembre 2008, comme prévu initialement. Comme prévu, surtout, par ceux qui crient aujourd'hui "à gauche toute".


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23H13    25/03/2008

Le conseil national du PS est issu du congrès du Mans de novembre...2005
A cette date,pas de "courant" Royal.Il est donc évident qu'elle n'y a pas la majorité.
Il est tout aussi évident que ce conseil national ne reflète plus du tout l'état d'esprit des militants actuels.
L'hypocrisie de nos dirigeants est totale puisque dans de nombreuses villes ,l'accord avec le modem s'est fait localement.
Et que dans d'autres,le PS a tout fait pour ravir des villes aux PC.Pas une seule ville socialiste n'est gérée à gauche toute,pas une seule.
Adopter cette posture alors qu'ils savent qu'ils ne pourront pas la tenir dans les faits n'est qu'une imposture.
C'est de cela qu'est mort Lionel Jospin,de ce double langage,de ce déni de réalité ,de cette malhonneteté intellectuelle.
Royal a mieux analysé notre société qui n'est pas "à gauche toute"parcequ'elle sait que c'est intenable.Elle est la seule à dire la vérité:gouverner le plus à gauche possible ,le plus justement possible,le plus efficacement possible.C'est à cela qu'elle travaille.
Celles et ceux qui préfèrent des idées plus radicales ,et ils en ont le droit,c'est avec Besancenot qu'ils doivent être pour pouvoir peser sur les choix gouvernementaux.
Tant de duplicité chez les dirigeants socialistes me sidère littéralement.
Que Mélanchon ou Emmanuelli tiennent ce discours,c'est normal mais que Fabius,Aubry ou Delanoë se disputent la palme du plus à gauche que moi tu meurs,c'est à pleurer.Ils n'ont RIEN compris depuis le 21 avril 2001,ils vont recommencer à tromper le peuple.

 
00H02    26/03/2008

Je ne suis pas tout à fait d'accord avec cette analyse. Si le Parti socialiste échoua en 2002, ce ne fut pas par ce qu'il s'était placé trop à gauche, mais par ce que son programme était trop centriste: "mon programme n'est pas socialiste" disait le candidat du Parti socialiste en 2002.
Cette ambiguïté fut la cause du morcellement de la gauche aux élections présidentielle de 2002 et une montée des partis d'extrême gauche. De même, la monté du Front national pouvait être interprétée comme une réaction de l'électorat de droite face à un RPR trop centriste.
Il dfaut donc que le PS récupère les électeurs d'extrême gauche comme l'a fait l'UMP avec les electeurs du Front national. Il faut une gauche qui n'a pas honte d'elle même, qui ne doit pas s'excuser de ne pas être la droite. Il faut qu'en face du projet de l'U.M.P. se dresse un autre projet de société et non une politique centriste synonyme pensée unique et insuportable pour les plus défavorisés.

 
08H26    26/03/2008

Jean-luc Mélenchon propose sur son blog une analyse des résultats des élections, analyse qui me semble intéressante.
En résumé :
1.Aux cantonales (élection plus lisible politiquement)Gauche 51% Droite 44%
2.Aux municipales et ville par ville, aucun effet positif des alliances du PS avec le Modem ; Le Modem est inutile là où la gauche est sortante ; le Modem n'apporte rien à la gauche face à la droite ; là où le Modem gagne, c'est contre la gauche ; là où la gauche gagne c'est contre le Modem ou sans lui.
3.Sa conclusion :
"Bien sur, l’analyse d’un aspect du résultat ne contient pas l’étude de toutes ses significations. Mais les faits réels à ce sujet doivent être pris au sérieux. Nous avons trop été gavés de commentaires absurdes sur le « réalisme électoral » qui exigerait cette alliance. Puis sur le mythe du Modem « arbitre » du deuxième tour. Pour la gauche, le deuxième tour s’est joué sur la qualité des alliances et des reports de voix à gauche. Pour le reste, dans tous les cas de figure, le Modem apparait donc dans ces élections municipales sous sa vraie réalité politique : un parti de droite avec lequel la gauche n’a rien à gagner."
Pour le détail voir http://www.jean-luc-melenchon.fr/?p=582#more-582

 
10H37    26/03/2008

Les choses ne sont en rien figées et il faut faire la part de la posture ou de la pose que prennent certains dirigeants ou qui aspirent à le devenir au sein du PS pou y conforter leur positionnement et des pratiques réelles vis-à-vis de l'électorat en vue des élections nationales ou locales.

Tout ceux qui se positionnent à priori contre toute alliance négociée avec le MODEM savent qu'ils ne pourront l'emporter sans gagner sur le centre et sont prêts à tous les compromis opportunistes sur le terrain, comme l'ont démontré M.Aubry à Lille ou Guérini (qui au moins lui dit ce qu'il fait et fait ce qu'il dit) à Marseille.

SR, elle, a le mérite de dire tout haut ce que d'autres refusent en apparence de faire tout en le faisant. Mais tous les militants (dont je suis) et sympathisants savent que B.Delanoë aurait gagné certains arrondissements très disputés à Paris s'il avait accepté de faire une alliance -qui n'aurait rien eu de contre-nature- avec le MODEM de Marielle de Sarnez à Paris. Mais il avait pour l'emporter sur SR au sein du PS à se distinguer d'elle dont le programme de rénovation et la ligne politique ne se différencie pourtant en rien du sien.

Cette scission entre discours de gauche au sein du PS et réalisme électoral ou gouvernemental est ce dont souffre la crédibilité de ce parti. Cela est une trop vieille tactique pour qu'on puisse la prendre tout à fait au sérieux, ainsi que ceux qui, dans le PS, perpétuent cette mystification "puriste" en apparence mais centre-gauche en réalité..