Le gouvernement français se serait-il aventuré dans les eaux polynésiennes sans en maîtriser tous les courants? Il semble aujourd’hui y avoir perdu sa boussole.
Le 19 février dernier, Christian Estrosi estimait sur France Ô que les électeurs ayant voté pour les listes dites "autonomistes" conduites par Gaston Tong Sang et Gaston Flosse avaient dessiné les contours d’une majorité stable à l’assemblée de Polynésie française, en faisant tous "le choix de la France".
Avec raison, l’association polynésienne socialiste (APS) lui rappelait quatre jours plus tard la complexité des relations entre les Polynésiens et la France:
"Des autonomistes ont tenu parfois à l'égard de la France et de ses représentants des propos d'une incroyable férocité (et) tout le monde sait que parmi les électeurs indépendantistes ou UPLD, nombreux sont ceux qui vouent une grande admiration pour la France des Droits de l'Homme. Ils attendent de la France qu'elle applique enfin ses grands principes en Polynésie en arrêtant d'infantiliser les citoyens en leur retirant ce qu'il reste d'autonomie".
Personne ne peut prétendre que l’alliance entre le Tahoeraa Huiraatira de Gaston Flosse, pilier historique du chiraquisme ultramarin, et l’UPLD du leader indépendantiste Oscar Temaru ne trompe pas les attentes de la majorité des Polynésiens. Pourtant, ce rapprochement souvent décrit comme "incroyable" ou "contre nature" ne peut pas être réduit à une simple manœuvre cynique de la part de deux dirigeants avides de conserver le pouvoir.
D’abord, il faut relativiser la portée de l’opposition entre camps "autonomiste" et "indépendantiste" qui, par facilité, a servi depuis de nombreuses années d’unique grille d’analyse de la vie politique polynésienne. En s’en tenant à cette seule logique, le gouvernement a sans doute sous-estimé la convergence de points de vue qui est apparue depuis déjà plusieurs mois entre ceux que l’on considéraient comme les "meilleurs ennemis".
La surenchère institutionnelle de G. Flosse lui a en effet permis d’obtenir toujours davantage d’autonomie de décision vis-à-vis de Paris, jusqu’à la loi organique du 27 février 2004 qui a fait de la Polynésie française un pays d’outre-mer. Et il s’est très souvent opposé aux tentatives de l’État d’encadrer et contrôler un pouvoir devenu personnel. La ligne de partage entre une autonomie élargie et une indépendance débouchant sur une libre association avec la France s’est ainsi progressivement atténuée.
Espérant rejouer en Polynésie française le thème de la "rupture" sarkozyste, le gouvernement a apporté un soutien appuyé à G. Tong Sang, ancien pilier des gouvernements Flosse transfiguré en "homme neuf" capable de moderniser la vie politique polynésienne. Il a entrepris une restructuration du camp autonomiste en encourageant la mise en place d’une coalition hétéroclite, To tatou aia, et en supposant que le Tahoeraa ne pourrait faire autrement que de s’y rallier.
Au cours des prochaines semaines, les manœuvres continueront sans doute en coulisses pour faire basculer quelques élus Tahoeraa ou UPLD – trois voix suffiront. Les interventions insistantes de l’État dans la vie politique polynésienne ont finalement donné l’impression que l’autonomie n’était plus qu’un jeu d’apparences. O. Temaru a donc pu, au soir de l’élection de G. Flosse à la présidence, justifier leur alliance au nom du refus d’avoir en Polynésie française un président qui ne serait qu’une "marionnette" aux mains du gouvernement central.
Quant aux électeurs polynésiens, ils ont aujourd’hui plusieurs raisons de se sentir trahis. Certes, il est probable que beaucoup d’entre eux, électeurs de l’UPLD ou du Tahoeraa, n’apprécient pas une emprise trop forte de l’État en Polynésie française, tout en attendant de lui qu’il maintienne son soutien financier, ne serait-ce qu’en dédommagement des essais nucléaires. Ils sont aussi nombreux à vouloir défendre les langues et les cultures polynésiennes.
Bien sûr, ceux qui ont cru aux déclarations de G. Flosse, s’engageant il y a peu à ne jamais conclure une alliance avec les indépendantistes, ont été trompés, tout comme les électeurs d’O. Temaru qui considéraient G. Flosse comme un ennemi à combattre.
Mais les plus déçus ne sont peut-être pas ces électeurs ni ceux de to tatou aia: ce sont plus largement tous les Polynésiens qui depuis 2004 – et l’arrivée d’O. Temaru au pouvoir – avaient espéré un véritable taui ("changement") en Polynésie française. Car la principale ligne de partage ne passe plus aujourd’hui entre "autonomistes" et "indépendantistes", mais entre d’un côté les Polynésiens qui acceptent encore (comme c’est le cas notamment dans certaines îles éloignées) que leur vote soit déterminé par des obligations clientélistes, sous le contrôle des maires ou des responsables des comités locaux des partis politiques, et de l’autre côté les électeurs de plus en plus nombreux qui revendiquent la liberté de choisir et la pleine application en Polynésie française des principes républicains, démocratiques.
Ces électeurs pouvaient espérer que l’élection de Nicolas Sarkozy favoriserait l’avènement d’un État impartial, garant de la stabilité politique en Polynésie française. Mais la modification du mode de scrutin n’a pas eu l’effet escompté et l’État a, en outre, renforcé le sentiment de dépendance vis-à-vis de Paris en donnant l’impression qu’aucun partenariat État-pays n’était réellement envisageable en dehors de cette condition préalable: la victoire de G. Tong Sang.
Les Polynésiens n’ont finalement eu ni État impartial ni rénovation des pratiques politiques et le nouveau gouvernement risque de n’être qu’une coalition anti-Paris, omnubilée par ses relations conflictuelles avec l’État plus que par les difficultés concrètes des Polynésiens. On peut donc craindre que ce gouvernement Flosse-Temaru, présenté comme un gouvernement de "réconciliation", n’entraîne une défiance durable des Polynésiens envers la politique, qu’elle se fasse à Paris ou à Papeete.

Commentez les articles de Rue89 en vidéo avec votre webcam.





En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.
l'ump cocufiée!
Sans oublier que Gaston Flosse a pu obtenir beaucoup de la France durant son "règne" (y compris son silence) grâce à l'amitié qu'il entretenait alors avec Jacques Chirac. Combien de fois n'a-t-il pas court-circuité le Ministère ou le secrétariat d'État à l'Outre Mer en étant reçu directement à l'Élysée. C'est comme ça que Gaston Flosse avait pu se tailler sur mesure la loi organique du 27 février 2004, sans aucune consultation (même celle de sa propre majorité locale). Ce statut d'ami du Président de la République dont il se vantait auprès des Polynésiens, Gaston Flosse ne l'a plus. Et les caprices qu'il a pu avoir dans le passé n'auront plus aucun écho à Paris.
De tout manière, la situation politique n'est pas prête de s'apaiser, avec la courte majorité de 2 sièges sur 57 obtenue par Gaston Flosse. La Polynésie vit dans une instabilité politique chronique depuis la loi organique de 2004. Et là encore, Gaston Flosse n'y est pas étranger puisqu'il avait obtenu une réforme du mode de scrutin, censé assoir encore plus sa majorité, grâce à un système de prime majoritaire en sièges à la liste gagnante. Une réforme qui s'était retournée contre lui en 2004.
Bref, ce hold-up électoral n'est pas prêt de redonner confiance en l'avenir aux Polynésiens qui méritent bien mieux que ça.
Après l’élection de Flosse : la Polynésie française sans boussole, c’est fort possible.
Mais avec la boussole de l’Etat qui indiquait une seule direction et pas forcément la bonne, l’alternative est loin d’être évidente.
http://info-espress.over-blog.com/
Cette petite leçon de clairvoyance qui nous vient du Burundi:
" Tais toi : Le Maître a ses raisons que la raison ne connaît pas. Suivez la direction que vous indique la boussole : il n y a qu’un seul pôle : le nord. Comme il n y a qu’un seul Dieu : le mien. Une seule voix, une seule voie. Et souvenez – vous de votre catéchèse : Verset 1 : « Le Maître a toujours raison » Verset 2 : « Tout litige entre le peuple et le maître se résout par le tort du premier » Verset 3 : « Quand le maître a tort, confer verset 1 » Verset 4 : « Quand le peuple perd son latin, se référer à la Boussole » Verset 5 : « Tout commence par le maître et finit par le Maître »
Malheur à ceux qui n’ont inventé ni la poudre ni la boussole…
Théoneste Niyonkuru.
Je trouve que la France a laissé faire trop de conneries là bas ! a graissé les pattes a tout le monde y compris aux independantistes ! a Flosse et ses gros bras , a tous les corrompus de l'ile , allez ça suffit , basta , maintenant on assiste a des alliances contre nature , c'est du grand n'importe quoi , la France n'a plus rien a faire là bas depuis tres longtemps , que Flosse se demerde !
Que Coopper 59 se rassure...
L'union Flosse / Temaru va avoir pour premier effet de leur fermer les portes de l'Etat, donc de voir le flux éhonté d'argent se limiter. C'est ce qu'attend Flosse pour s'engager dans la conquête de l'indépendance. Il y a de nombreuses années déjà il avait déclaré " pourquoi rester français, si l'Etat n'envoie plus d'argent..."
Il n'est pas prouvé que le peuple devenu indépendant et revenu à un humble niveau de vie largement partagé serait moins heureux que maintenant.
Flosse et ses courtisans avec leurs propriétés au Chili, en Californie, en France, Australie... se moquent des conséquences de l'indépendance comme de l'an 40.
Vous avez bien sur raison ! helas ! comme quoi la coruption ça paye ! bien joué l'UMP et avant le RPR ! vous avez fait tres fort .
il n'y a rien de ''contre-nature'' a vouloir unifier les Polynesiens, par contre , ce qui est contre nature , c'est ce qu'a fait la France entre 1966 et 1995- ce que la France -Sarko-Estrosi fait encore depuis le debut des elections et meme apres -
le 23 fev, jour ou les Polynesiens tournaient une page , voila ce qui se passait en France :
<< Le 23 février 2005, l'Assemblée nationale votait un amendement qui consacrait « le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord ». Or, le bilan positif de la colonisation alors que pendant plus de quatre siècles pendant lesquels la France a participé activement à la traite négrière, à la déportation des populations de l'Afrique sub-saharienne, a massacré et imposé sa loi sur des dizaines de peuples dont elle a pillé les richesses, cherché à détruire les cultures, les traditions, nié l'histoire et la mémoire>>
Le grand gagnant dans ces elections , c'est le peuple Maohi qui a decide de ne plus laisser l'Etat nous diviser pour leurs interets-
La frequence entre la rue Oudinot et leur satellite agent immobilier vendeur de patrie etait deconnecte- la population (55%) n'a pas suivi !!! Echec et mat Estrosi !
oui c'est vrai, la France n'a plus rien a faire a part nous payer les milliards de dedommagements pour radiation et contamination, le pretium doloris aux victimes, aux militaires utilises comme cobayes pour qu'aujourd'hui, elle puisse frimer a l'ONU avec sa ''force de frappe nucleaire''
je vous laisse choisir un autre site ou l'Etat Francais aurait pu faire peter ses champignons de la mort et vous verrez votre reaction : Bretagne, Auvergne,Pyrenees orientales, les Alpes, la liste est longue mais pourquoi chez nous, en Polynesie ?
Qu'est ce que De Gaulle disait le 11 sept 1966 apres avoir lui meme active le premier essai nucleaire dans nos iles : '' c'est magnifique ''...non seulement , c'est odieux mais ca, c'est contre nature- c'est magnifique de jeter en pature des milliers de Polynesiens pour raison d'Etat ? eux etaient proteges dans des blockhaus enormes pendant que la population etait ''placee'' dans des hangars- alors , avant de qualifier une benediction de rapprochement des Polynesiens de ''contre-nature '', beaucoup peuvent aller se faire voir ailleurs pour etre poli.
Pour rappel, voila ce que Nicolas Sarkosy disait devant l'assemblee generale de l'ONU le 25 sept 2007
<< il n'y a pas de paix dans le monde si la communaute internationale transige avec le droit des peuples a disposer d'eux memes et avec les droits de l'homme >>
bien dit monsieur le president de la republique francaise, surtout mais surtout, n'oubliez pas le PEUPLE de Maohi Nui.
fa'aitoito
www.tahitiradiococotier.com ( le paradis bafoue)
Iaorana Yannick,
au fait, les navigateurs Maohi n'avaient pas de boussole quand ils bravaient les oceans pour trouver notre pays, ils lisaient le ciel qui souvent apporte des presages tels que cette photo d'un arc en ciel avec la couleur orange et bleue qui nous faisait un clin d'oeil du ciel
le lien : http://www.tahitiradiococotier.com/OscarTmaruetGastonFlosse.html
fa'aitoito
Iaorana Papapenu,
C'est vrai qu'ils n'avaient pas besoin de boussole, ils se fiaient aux étoiles. Cela dit, les nuages qui s'annoncent risquent de compliquer la navigation - pas seulement pour le gouvernement français - et pour ce qui est des deux étoiles censées montrer le chemin, j'ai bien peur qu'elles soient un peu déclinantes.
Le problème est que les polynésiens n'ont pas voté pour renouveler leur assemblée. Ils en avaient la possibilité, ils avaient le choix. Et qu'ils aient changé de casquette ou non, ce sont les mêmes élus qui sont assis à l'Assemblée de Polynésie française.
Il ne pourra y avoir de renouveau dans ces conditions.
La "vague" GTS, assez conséquente pour un parti inexistant il y a peu, reposait, je crois, sur le rejet justement des deux systèmes précédents (GF et OT), la volonté de développer le pays, d'agir sans avoir forcément de ligne idéologique claire, par pragmatisme (et je n'ai vraiment pas ce mot...).
Mais To Tatou Ai'a se composait majoritairement d'élus de longue date, revanchards les uns par rapport aux autres, et pour qui le développement général de la Polynésie a bien moins d'importance qu'un avenir personnel et une soif de pouvoir impressionnante.
Aussi toute négociation, à la sortie des urnes, étaient vouées à l'échec, tellement la plupart des composantes de TTA souhaitaient protéger leurs propres intérêts.
C'est l'esprit de revanche qui triomphe dans ces élections, des uns par rapport aux autres, et des autres sur les uns. Ce n'est ni la démocratie, ni la volonté d'un développement apaisé, équilibré, solidaire et durable.
Il nous faut renouveler la classe politique. Et dès que les plus jeunes seront à leur tour perverti par le pouvoir renouveler encore. L'alternance démocratique est notre seul salut possible.
Enfin, et j'arrête, l'Etat est une mouche du coche insupportable. Ingérence, parti pris, principes moraux à géométrie variable, intérêts partisans, maladresse, ignorance. L'état devrait se recentrer sur ses missions réelles (justice, sécurité, contrôle et formation/éducation) plutôt que de faire de l'ingérence politique.
Si la France souhaite conserver un destin commun avec le peuple maohi, il lui faut être exemplaire. Sinon le rejet sera très rapide, en période de recul économique.
Il faut s'occuper des populations plutôt que des affairistes et des intérêts géopolitiques à courte vue.
Yannick,
garde un oeil sur nos iles, les deux etoiles ''declinantes '' sont deux montagnes qui ont leurs entrailles liees a leur pays contrairement '' aux touristes de l'Etat'' qui viennent en ''voyages d'affaires'' chez nous .
citations du peretiteni Sarkosy, on a suivi ses conseils , il est tres fort :
'' J'appelle chacun à ne pas se laisser enfermer dans l'intolérance et dans le sectarisme, mais à s'ouvrir aux autres, à ceux qui ont des idées différentes, à ceux qui ont d'autres convictions ''
''A chaque époque ses solutions, mais ses solutions fortes, volontaires, déterminées ''
''Celui qui ne prend aucun risque, en réalité, les prend tous'' -
fa'aitoito
perso , j'espere qu'il y aura independance et le plus vite sera le mieux , mais faudra pas oublier de se debarasser des mafieux ! sinon ça va vite partir en vrille .
Moi je n'y crois pas, je ne la crois pas tenable l'indépendance du Fenua. Économiquement, ce sera terrible, le territoire est grand comme l'Europe, ce sera l'éclatement, la vente des terres au plus offrant, l'exil pour beaucoup de maohi. Politiquement, au sein du Pacifique, entre les intérêts croisés et antagonistes du Japon, de la Chine, de la Nouvelle-Zélande et de l'Australie, la Polynésie française ne pèsera rien. Nous nous ferons bouffer comme le poisson cru... Je ne comprends pas comment Oscar peut réclamer sans rire de pouvoir ouvrir des ambassades maohi aux USA et en Chine, il est sur un petit nuage idéologique qui ne correspond à aucune réalité. Culturellement, y'a du boulot, et on devrait sans doute commencer par là pour atteindre les prémisses d'une émancipation maohi...
Papacrabe
si un peuple demande dans sa majorité a etre independant , qu'il le soit ! mais c'est vrai que culturellement y'a du boulot , perso je ne comprends pas tres bien les choix de Temaru , quand a Flosse il devrait etre en taule depuis longtemps . drole d'attelage !
voici la formule de base pour tracer une route:
cap vrai = cap compas + variations
(variations: courants et vents, sans oublier les obstacles naturels îlots etc..)