Entretien avec Erwan Seznec, auteur d'une enquête approfondie sur la grave crise que traversent les organisations syndicales.

Comment réformer le monde syndical? Quelles sont les organisations représentatives? Comment les financer? Dans quel but? A toutes ces questions aujourd'hui remises au devant de la scène, le journaliste Erwan Seznec a fourni des réponses étonnantes dans un livre "Syndicats, grands discours et petites combines", paru il y a un an et alors passé inaperçu. Où l'on découvre les coulisses d'un univers anachronique, y compris chez les patrons, et qui permet de comprendre pourquoi la France souffre du plus bas taux de syndicalisation (7% au total et 4% dans le privé) des pays développés.
Une recette pour les délocalisations, préparées un an à l'avance
Ancien collaborateur de La Tribune et de Marianne, aujourd'hui journaliste à l'UFC-Que Choisir, Erwan Seznec entame son périple syndical par l'exploration du port autonome de Marseille et du régime des intermittents du spectacle. Rien de nouveau, mais la description est argumentée, précise et accablante.
Seznec décrypte ensuite les méthodes du management moderne pour fermer une usine en se jouant des syndicats. Des plans bâtis un an à l'avance pour pousser les salariés à la faute et licencier sans dommage d'image:
"S'il s'agit d'une délocalisation, les responsables du groupe laissent d'abord échapper, un an à l'avance, trois ou quatre déclarations mettant l'accent sur les faibles coûts de la main d'oeuvre en Asie et sur les rigidités du droit social français, sans plus. Puis vient le coup de la 'fuite'. Un pseudo-document confidentiel détaillant un projet de fermeture tombe entre les mains d'un délégué du personnel. La direction du site dément, celle du groupe se tait. Les salariés comprennent le message, certains s'en vont voir ailleurs. Ce sera ça de moins à licencier...
Dans les mois qui suivent, les rumeurs inquiétantes alternent avec les bruits apaisants, ce qui met tout le monde sur les nerfs. Quand le couperet tombe, les délégués du personnel ont le plus grand mal à accéder à l'échelon où la décision a été prise. Ils sont confrontés à un directeur ou à un chef d'établissement qui leur jure avoir été mis devant le fait accompli. Et quand ils comprennent enfin à quelle sauce on va les manger, il est trop tard, le couvert est déjà mis."
"L'attitude patriotique pendant l'Occupation"
Pour expliquer ces "faiblesses", le journaliste décortique ensuite le système des confédérations. Le problème n'est pas nouveau. En France, les cinq grandes confédérations syndicales ne sont plus vraiment représentatives du monde du travail. En mars 2001, dans une note de synthèse précise, le service des affaires européennes du Sénat dressait un tableau peu reluisant. En commençant par la définition stricte de le représentativité:
"Aux termes de l'article L 133-2 du code du travail, la représentativité d'un syndicat résulte de cinq critères :
- les effectifs;
- l'indépendance, notamment financière;
- les cotisations;
- l'expérience et l'ancienneté du syndicat;
- l'attitude patriotique pendant l'Occupation.A ces cinq critères, la jurisprudence en a ajouté deux, qu'elle tend à privilégier: l'activité du syndicat, en termes d'ampleur et d'efficacité, et sa capacité à mobiliser les salariés."
Depuis quelques années, ce monopole de fait est vivement attaqué, notamment par l'Unsa et Sud. Car la représentativité donne accès à la fois au financement public et à un système parallèle, très opaque, qui permet aux confédérations de vivre confortablement. En effet, l'argent des adhérents ne couvrirait que "20 à 40% des besoins" rappelle Erwan Seznec. Parmi les modes de financement parallèle, il y a d'abord la formation, via les OPCA (Organismes paritaires collecteurs agréés):
Les solutions? Erwan Seznec n'en voit pas de miraculeuse. Faire entrer l'Unsa et Sud dans le club des grandes confédérations ne ferait, selon lui, qu'élargir la masse des dérives:
"Les mêmes causes vont produire les mêmes effets. Si on leur donne un accès facile à tout un tas de ressources illégales... Ce ne sont ni des saints, ni des démons, ils vont se servir et se laisser doucement gangréner par le système."
Si la volonté politique n'existe pas pour réformer ce système, ses acteurs vont y être contraints sous la pression de la justice. Et notamment de l'affaire Gautier-Sauvagnac, dont toutes les conséquences n'ont pas encore été tirées.
Seznec émet une hypothèse intéressante: si l'ancien patron de l'UIMM (Union des industries et métiers de la métallurgie) est condamné, alors les syndicats pourraient parfaitement remettre en cause les conventions collectives, en arguant d'un "vice de consentement" au moment où les textes ont été négociés:
► Syndicats, grands discours et petites combines, d'Erwan Seznec (Hachette Littérature, 2006).

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Bonsoir à tous,
Sujet passionnant me concernant.
Si on veut causer de la faiblesse des syndicats, oui elle est réelle.
Et alors ?
Admettre que le patronat joue avec plusieurs longueur d'avance sur les quelques syndiqués non assujettis, oui c'est vrai.
Et après ?
Que souvent les OS jouent leurs propres intérêts plutôt que de penser à l'unité syndicale, oui c'est souvent vrai.
Et donc ?
Que les trop rares syndiqués non assujettis manquent de compétence, de temps et de savoir faire en comparaison avec les RH qui sont eux formés, non bénévoles et à plein temps sur les sujets, vous avez raison.
Et puis quoi ?
Qu'en dehors de ceux qui ne sont pas virés, les syndicalistes font une croix sur leur carrière professionnelle ou leur propre évolution salariale dans les entreprises, hormis le ou les syndicalistes maison dans les grands groupes, oui vous avez raison.
Et maintenant ?
Croyez vous donc pertinent au regard de tout cela qu'il faille enfoncer le clou sur les syndicats ? Pour laisser la place à quoi ?
Vous voulez qui ou quoi pour défendre les conditions de travail ? pour essayer de défendre les salariés dans leurs droit d'expression ? pour gagner des augmentations de salaire ? pour être simplement informé dans l'entreprise ?
je préfère le pas grand chose que le rien, même si la satisfaction collective n'est pas souvent aux rendez vous.
Fraternellement
Les syndicats semblent de plus en plus inféodés au pouvoir et aux pouvoirs (petits et variés).Les cadres des organisations syndicales et les "permanents" (salariés déchargés de leur emploi) se retrouvent souvent dans la même posture que les hommes politiques, à savoir -ménager la chèvre et le chou-.Qui est la chèvre ? Et le chou ? Par contre , bravo à tous ceux qui militent bénévolement et qui continuent à penser qu'on peut changer le monde du travail !
tarpon tu devrais porter plainte pour détournement de fonds si tu es sur de ce que tu prétends
Je suis syndiqué et je dois dire qu'il y en a marre de se faire traiter de bandits de façon a peine voilé
Si certains croient que les syndicats sont des pourris et des vendus ils ont qu'a bouger leur cul et se faire leur propre syndicats pour voir comment ça se passe de l'intérieur et améliorer le syndicalisme de masse
c'est facile de salir des hommes et des femmes qui donnent de leur temps et de leur énergie pour aidés les autres à pas se faire entuber à tout bout de champs
Vous croyez que si les salariés de ce pays étaient 10 millions de salariés on cracherait autant sur les syndicats?
Que certains syndicats qui se disent réformistes acceptent n'importe quoi sous pretexte de réformes et de dialogue social c'est possible , c'est même certain mais même moi je les excuses bien que je le regrette
Que certains puissent éventuellement passer outre par un coup de fil au dessus des syndiqués pour discuter avec les patrons c'est regrettable mais infiniment rare
mais il faut regarder la réalité social du pays en face
les syndicats sont faibles mais dans le même temps on les prétend quasiment corrompus
Ca me rassure; on doit en géner encore beaucoup pour qu'ils tentent de nous abaisser encore davantage
Je conclurais en affirmant que non, les syndicalistes ne sont pas salariés par leur syndicat mais nous sommes détachés et pour prendre l'exemple de mon entreprise, nous reversons l'intégralité des salaires à l'employeur pour nos permanents
Aussi que certains qui ne peuvent pas s'en empêcher nous critiquent ou nous salissent, peu me chaux mais renseigner vous avant de critiquer n'importe comment
Bonjour Erwan.
Pourriez-vous faire une " enquête approfondie " sur le MEDEF ?
1) je pense - sans trop y croire - que ce sont les patrons, qui, sur leur cassette personnelle paient la cotisation... et que la dite cotisation n'est pas prélevée sur la caisse de l'entreprise.
Ce qui serait un détournement de bien social.
2) certaines entreprises financent-elles certains syndicats, et lesquels ?
Bon courage.
Cordialement.
J.C.M.