XXI, un nouveau trimestriel qui veut redonner le goût du long

La couverture du premier numéro de XXI (DR).

De l'actualité sur 200 pages, chaque trimestre, avec des textes, des dessins, de la photo, mais aussi un reportage en BD ou le synopsis d'un documentaire: un objet journalistique non identifié atterrit aujourd'hui en librairie. Avec ce contre-pied au zapping médiatique généralisé, le journaliste Patrick de Saint-Exupéry et l'éditeur Laurent Beccaria (par ailleurs membre de la société des amis de Rue89) proposent une information plus profonde, plus fouillée qu'ailleurs. Elle a un prix: 15 euros.

Au fil du numéro 1, on croise des femmes de prisonniers, de fumeux musiciens glorifiant les narcotraficants mexicains, Mahmoud Ahmadinejad en verbatim, un épi de maïs OGM, le site Google Moon, les engagés français de la désobéissance civile...

Ou un dossier de 67 pages sur une Russie sous "le dollar et le marteau" du national-capitalisme. On suit les traces d'Anna Politkovskaïa, et celles -sur 26 pages de portfolio- de bagnards trimant par -50°C. On passe aussi par la Bretagne et la riante commune de Ploërmel, hérissée des oeuvres d'un sulfureux sculpteur russo-géorgien lié à l'affairiste Pierre Falcone.

Un "bédéreportage" à Gibraltar

On se plonge dans la vie de Michel Onfray, on comprend les motivations d'un agent double de l'IRA. On tente de franchir les grilles de l'Europe avec les personnages du "bédéreportage" "Les visiteurs de Gibraltar", de Jean-Philippe Stassen. On voyage.

XXI relance en France le journalisme "au long", qu'on trouve largement aux Etats-Unis dans des titres comme The Atlantic Monthly ou The New Yorker. L'astuce est d'alterner les formats -au début, une trentaine de pages de rubriques courtes et bien senties- et différents supports (photos, dessins, textes...).

Le goût du récit journalistique, genre anobli par Albert Londres ou Joseph Kessel

Les articles font 30 à 35 feuillets environ, (l'équivalent d'une douzaine de pages d'un document de traitement de texte en corps 12). XXI ne se lit pas en vingt minutes. Il remet au goût du jour le récit, genre journalistique anobli par Albert Londres ou Joseph Kessel, et qu'on ne retrouve aujourd'hui que sous forme de livre, ou scindé en articles à plusieurs volets dans la presse.

Prix Albert-Londres en 1991, Patrick de Saint-Exupéry vient de se mettre en congé du Figaro. Il a convaincu quelques "plumes" de participer au projet: l'écrivain Emmanuel Carrère, les grands reporters Sorj Chalandon ou Laure Mandeville, les dessinateurs Beb-Deum ou Miles Hyman émargent au sommaire inaugural de XXI.

"Une belle jalousie"

"Notre force, se félicite Saint-Exupéry, c'est qu'on a le temps, l'envie d'aller jusqu'au bout des choses, avec passion et curiosité. Raconter le monde, le donner avec générosité." Le projet s'appuie sur 550 000 euros de capital, et un premier tirage de 40 000 exemplaires. Avec un modèle de distribution original, la librairie.

Les libraires en redemandent

"Notre objectif initial était de 15 000 exemplaires mis en place. Pour répondre à la demande, il y en aura finalement 32 000", indiquele grand reporter. XXI se passe de publicité, "pas par choix idéologique, mais pratique: pour éviter d'avoir à faire une rubrique 'conso' par exemple". L'équilibre est à 20 000 exemplaires vendus.

Les fondateurs de XXI ne sont pas les seuls à faire le pari du "long". Les journalistes et/ou écrivains Florence Aubenas (autre Amie de Rue89), Marie Desplechin et Jean Hatzfeld préparent un projet comparable, prévu en kiosque cet été.

XXI - trimestriel - numéro 1, en librairies, magasins Relay et grandes surfaces culturelles - 194 pages, 15€.
Le blog de XXI publie des contenus inédits.
► La bande-annonce sur Dailymotion.
Mise à jour le 18/01/2008 à 10h40, après des précisions apportées par Laurent Beccaria (lire les commentaires).


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02H05    18/01/2008

Rue89 n'a rien à voir avec ce projet, fort sympathique au demeurant. Mais il nous semble relever de la transparence élémentaire de signaler lorsque nous parlons de quelqu'un qui se trouve, par ailleurs, être actionnaire, même très minoritaire, de notre site. Or nous avons constitué une société baptisée "les Amis de Rue89" (qui détient 20% du capital de la société et qui compte elle-même 28 actonnaires), dont font partie deux des personnes citées dans cet article, et il était donc normal de le signaler pour qu'il n'y ait pas d'ambiguités. "Ami de Rue89" n'est pas un "label", c'est un statut d'actionnaire! Et c'est un gage de soutien à des initiatives de presse indépendantes.

 
14H37    18/01/2008

Je n'attendais que ça.
Un trimestriel qui va nous permettre de regarder avec un peu plus de recul la tonne d'info reprise par tous ,montée en épingle et oubliée le lendemain voir le sur lendemain.
Merci beaucoup.
Maintenant reste à savoir si du fin fond des alpes le libraire d'à coté ( et oui on a la chance d'avoir un libraire) donnera une chance à XXI. Comment le motiver? pouvez vous me donner des coordonnées que je puisse lui communiquer?

 
Par marta
17H09    18/01/2008

rue89, merci pour cette information; j'ai épluché le blog de XXI; ce que son équipe fait paraît sérieux et intéressant
il me reste, aux autres aussi, de se faire une opinion en lisant le premier numéro et en espérant de ne pas être deçu; eh oui, un peu de prudence ne fait pas de mal
comme Marianne ne réponds plus à ce que j'attends d'un magazine d'actualités embrassant presque tous les domaines, je tenterai ma chance avec XXI
à toute l'équipe de XXI - bon début, ne nous décevez pas

 
18H13    18/01/2008

Je vais l'acheter même si beaucoup se moquent de mon avis, mais je tenais à le dire.

 
Par Lorangie
20H36    18/01/2008

Ca a l'air carrément très sympa et surtout très intéressant. Ca me fait penser à certains numéros d'Actuel très épais (mais pas autant) du bon Jean-François Bizot, saint apôtre de la presse non alignée.
Je vais l'acheter avec plaisir !
Quant à Pétrolette, il faut espérer qu'elle se trompe pour l'avenir ("L'Autre journal" était aussi une très belle aventure éditoriale)