Les urgences des hôpitaux de Paris fermées à la presse

Dur dur de visiter les services d'urgences des hôpitaux de Paris quand on est journaliste. A l'occasion de la grève des médecins urgentistes et des anesthésistes-réanimateurs, il semblait intéressant, pour la rédaction de Rue89, de passer quelques heures dans un service des urgences. L'occasion d'interviewer le personnel en activité et pourtant gréviste, de calculer pour chacun les RTT travaillées et non payées, de raconter, enfin, la fatigue et le stress des gardes.

Mais l'Assistance publique des hôpitaux de Paris (APHP) ne l'entendait pas ainsi. Refus catégorique de laisser quiconque pénétrer dans leurs locaux:

"Nous ne délivrons plus aucune autorisation à la presse pour faire ses reportages dans nos services d'urgences. Il faut nous comprendre, c'est mauvais pour notre image. A force d'articles, les lecteurs pensent qu'il n'y a que dans nos hôpitaux qu'il y a des grèves. Or, le problème est le même partout."

Le problème est certes commun à tous les hôpitaux publics, mais l'APHP regroupe à lui seul 20 services d'accueil et de traitement des urgences sur la ville de Paris. Difficile, donc, de passer à côté. Le chef des urgences d'un de ces hôpitaux confie sa déception, mais pas sa surprise:

"C'est le contraire qui m'aurait étonné. Ici, les médecins, infirmiers et aide-soignants auraient été ravis de vous parler de leur situation, mais nous n'avons pas le droit d'accueillir la presse. Pourtant, ce n'est pas contre notre hôpital que nous en avons, mais contre la mauvaise gestion nationale de nos heures sup' et de nos 35 heures."

Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf), et adjoint au chef des urgences de l'hôpital Saint-Antoine, est plus virulent:

"C'est le gouvernement qui verrouille, et vous empêche de travailler. On veut vous transformer en passe-plat!"

Un autre médecin, qui préfère rester discret, dénonce lui la politisation du conflit:

"Patrick Pelloux veut sauver les urgences, mais il est trop marqué politiquement. Tout le monde sait qu'il ne peut pas saquer la droite. Ce qui vous arrive en est la conséquence: dès qu'il s'agit des urgences, et par extension de Pelloux, le gouvernement et les directions se crispent."

Pas découragée, j'ai essayé un autre hôpital public, intercommunal celui-là. La réponse, cette fois, avait de quoi faire sourire:

"Nous vous aurions reçue avec plaisir, mais malheureusement, la personne responsable des relations avec la presse a démissionné. Il y aura sûrement quelqu'un pour vous dire oui dans trois semaines."

Ophélie Neiman

A lire aussi: Bachelot reçoit les médecins, du "pipeau" pour Pelloux


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Par demilune
18H35    17/01/2008

Comme la situation est actuelement tendus dans les hopitaux, les journalistes ne sont pas les bienvenus et sont invités à revenir quand la situation sera apaisée.
Où est l'interet du travail journalistique, si les journalistes ne sont là que pour montrer que tout va bien, que tout le monde est content?
Même si les journalistes doivent demander une autorisation de realiser un reportage, n'est-il pas envisageable de faire un reportage en "camera cachée" afin de rendre compte de la situation actuelle aux urgences?

 
11H26    18/01/2008

Je suis une adepte du "magasine de la santé" sur France5 et tous les jours en fin d'émission il y a une rubrique "7mn pour une vie" qui montre les urgences dans différents hopitaux. Ce n'est pas polémique, mais les images montrent très bien l'état des services d'urgence, d'ailleurs il y a quelques jours ils ont reçu Patrice Pelloux. Au travers de ces reportages on s'aperçoit que les hôpitaux ne pourraient pas tourner sans les médecins étrangers qui sont sous-payés. D'ailleurs à part quelques médecins, l'ensemble du corps médical ne se mobilise pas pour réclamer justice pour ces médecins.