
Il y a d'abord eu la décision, prise par Bernard Thibault (CGT), d'accepter de négocier la fin des régimes spéciaux des cheminots; puis, ces derniers jours, la signature, par quatre syndicats, d'un accord sur la "modernisation du contrat de travail". Est-on en train de vivre un virage du syndicalisme français, vers une approche moins contestataire, plus "négociatrice"? L'historien du syndicalisme René Mouriaux ne le croit pas.
Selon lui, l'accord trouvé avec quatre syndicats sur la réforme du Code du travail n'est pas aussi "révolutionnaire" qu'il n'y paraît. Les grandes normes du code du travail ont déjà été assouplies par le passé: "C'est un pas supplémentaire, pas une nouveauté radicale", dit-il. L'idée d'avoir un contrat de travail unique a été abandonné... Pour l'historien, l'approche sociale de Nicolas Sarkozy s'inscrit, elle aussi dans la continuité d'un mouvement engagé depuis des années:
Mouriaux conteste également l'idée selon laquelle les syndicats auraient tous radicalement changé pour courir tous après un positionnement réformiste. La CFDT s'est réformée en 1978, et il n'y a aucun changement. Il existe chez FO une tradition négociatrice et même l'ancien secrétaire général Marc Blondel aurait, selon lui, signé l'accord. Simplement, Blondel aurait probablement d'abord affiché sa "vigueur contestatrice":
Enfin, selon René Mouriaux, le recentrage de la CGT ne doit pas être exagéré. Après la rupture du programme commun jusqu'en 1992, la CGT ne signait plus d'accords. Elle a alors acquis une image de syndicat contestataire, mais dès l'arrivée de Louis Viannet, elle a renoué avec sa tradition, celle qui consiste à "engranger" des progrès sociaux: "La CGT a toujours considéré que pour être attirant, un syndicat doit obtenir des résultats."
Peut-être Bernard Thibault ira-il plus loin dans le recentrage? René Mouriaux ne l'exclut pas. Mais selon lui, il serait hâtif de le déduire du fait qu'il ait accepté de négocier la fin des régimes spéciaux de retraites pour les cheminots. Simplement, juge-t-il, le rapport de force n'était pas favorable.
Alors, ce qui a changé? La vrai nouveauté, c'est la conjoncture politique, affirme René Mouriaux. "Il n'y a plus d'opposition politique", "le Parti socialiste est aphone" et cela a un impact sur le comportement des syndicats: les jeunes ne se pressent pas aux portes des organisations. La mobilisation du CPE (Contrat première embauche) n'a pas été accompagnée d'une progression de la syndicalisation, ni chez les étudiants, ni chez les jeunes salariés. Et le problème n'est pas propre à la France:
Autre explication, plus prosaïque, avancée par René Mouriaux pour expliquer la signature de l'accord sur le contrat de travail: les petites organisations ont voulu montrer patte blanche pour être mieux traitées, à l'occasion de la réforme à venir de la représentativité des syndicats:

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Que la cgt cesse de se voiler la face. certes, le virage réformiste de la cgt a été ponctué par viannet mais surtout accentué par thibault lors de la réforme des retraites de 2003 alors que des bataillons entiers de militants permanents de la cfdt en désaccord avec leur conf se sont tournés vers la cgt Thibault les a acceulli à bras grands ouverts et qui plus est, leur a refilé des permanences syndicales. L'influence cédétiste est bien là. Maintenant, que mouriaux viennent écouter les bases et il se rendra compte que ces dernières sont quasiment toutes contre les directives de thibault qui a failli tourner au vinaigre lorsque thibault, le duigou et dumas ont voulu faire faux bonds sur la constitution européenne sur le référendum du 29 mai 2005 en clamant leur approbation. Le tout n'est pas de vendre des cartes et d'être le premier syndicat salarié représentatif mais de donner la parole à ceux qui ont des choses à dire et à faire sans se prendre des bâtons dans les roues. Seule possibilité aujourd'hui se tourner vers des syndicats ultra-minoritaires comme la cnt.
La faiblesse de la représentativité des syndicats en France, et donc de leur position de faiblesse, trouve son origine dans une absurdité législative, une autre fiscale, la dernière enfin comportementale.
1) La loi de 1966 reconnait comme représentatifs les syndicats 'résistants pendant la guerre de 1939-1945'. Tout syndicat créé ultérieurement est exclu d'une partie du jeu social (dommage pour SUD entre autres)
Absurde, car que je sache le MEDEF n'existait pas en 1945, et pourtant il est accepté comme représentatif. Il y a donc 2 poids deux mesures selon qu'on est syndicat de salariés ou de patrons. D'autant que l'ancêtre du MEDEF n'était pas si 'résistant' que ça.
On n'avancera pas en France sans révision complète de cette loi.
2) Les syndicats n'ont pas l'obligation de tenir une comptabilité. C'est ainsi que DGS a pu prélever à l'UIMM des sommes phénoménales et les détourner. Pas de comptabilité, pas de transparence. Et donc pas de confiance possible.
3) Les syndicats sont restés des défenseurs des salariés de leurs entreprises. Ils ont ainsi loupé vers 1970/1975 un tournant de l'histoire. Ils auraient dû accompagner les citoyens licenciés dans leurs parcours, de l'inscription à l'ANPE jusqu'aux radiations abusives des ASSEDIC, au soutien lors des dossiers de RMI, mutualiser les façons de retrouver un emploi, accompagner même après la retraite (sur des sujets comme la dépendance).
Ils n'ont pas vu à temps que le citoyen avait besoin d'une protection syndicale persistante.
En ne défendant que les salariés, ils ont cessé de défendre les droits des plus fragiles. Oubliant aussi que quand ceux-ci finissent par retrouver un emploi, ils risquent de répondre: 'Et quand j'avais besoin de votre soutien, où étiez-vous? Vous siégez bien aux Assedic: donc vous me "gériez" pendant que je crevais de faim... Et vous pensez vraiment que je vais adhérer maintenant !'
C'est dans les mairies, les antennes ANPE, etc qu'il leur fallait convaincre. Cette stratégie à long terme aurait empêché qu'ils apparaissent comme défenseurs des 'relativement privilégiés' au détriment des plus précaires.
Maintenant que les français sont effectivement montés les uns contre les autres, il ne reste plus qu'à boire l'humiliation jusqu'à la lie, celle d'être trahi par ses représentants syndicaux sous le prétexte du moindre mal. En sachant que, quelque part, ils touchent leur part du gateau sous une forme ou sous une autre.
Qu'est-ce que ça pourrait être... ?
Je parie sur une redéfinition des codes APE, suivie d'une remise à plat de toutes les conventions collectives, avec application seulement aux salariés affiliés personnellement à un syndicat signataire(comme dans certains pays nordiques)
Le syndicalisme fait ce qu'il peut avec ce qu'il a. Et ce qu'il a, c'est tout d'abord une écrasante majorité de salariés qui, pour diverses raisons, refusent de s'y engager.
Cela va de ceux qui, bien dans l'air du temps, privilégient une approche indivuelle des relations sociales. Et puis il y a ceux, très nombreux et surtout salariés des PME ou des très petites entreprises, qui savent pertinemment que l'engagement syndical n'est pas forcément bien considéré. Entre ces deux extrêmes, il y a toute la gamme.
Je le déplore d'autant plus que je suis moi-même délégué syndical (CGT) dans une PME : je constate que le nombre d'adhésions est ridiculement faible, alors même qu'une adhésion est sans risque et constitue l'engagement minimal.
Dans le cas précis de la négociation qui vient de s'achever, il ne faut pas sous-estimer le fait que, si aucun accord n'avait été trouvé, les réformes seraient passées par le canal d'une loi. Pas besoin de rappeler quel gouvernement terriblement social nous avons. J'insiste sur le "terriblement".
Quant à savoir si le syndicalisme prend un tour plus réformiste, là encore, on fait avec ce qu'on a. Il ne faudrait tout de même pas rêver.
Quelles que soient nos aspirations, les temps ne sont pas très favorables à un syndicalisme révolutionnaire. La mode est à nous faire croire que la lutte des classes n'existe plus, et cette mode marche très bien, hélas. Je peux espérer que cela change, mais enfin, j'ai l'impression que nous n'y sommes pas encore...
tout à fait d'accord !
Moi je suis délégué délégué syndical dans une boite de 140 personnes. PAS UN SEUL SYNDIQUE! (a part moi)
Et je viens de gérer un pse là les salariés sont contents de me trouver pour que je négocie leurs conditions de départ (je m'en suis tres bien sorti pour la petite histoire avec mes copains du CE). L'individualisme forcené et une certaine forme de défaitisme font que les salariés ne croient plus dans le syndicalisme. Quand je lis les commentaires de certains sur la corruption des délégués je m'agace. Je ne nie pas le fait que cela existe mais de tous les délégués que j'ai pu rencontrer tous se battaient pour les intérêts des salariés au détriment de leurs intérêts personnels (absence de promotion, harcèlement, absence d'augmentation, etre mal vu par la direction, voir des gens vous éviter pour ne pas etre vu avec vous...)
Alors au lieu de cracher sur les "Che Guevarra" ou les "rouges" (entendu dans mon dos lors d'AG avec les salariés et je suis meme pas a la CGT) avec tout le mépris possible (notamenent chez les jeunes cadres dynamiques aux dents longues persuadés de s'en tirer tout seul) venez nous aider choisissez le syndicat que vous voulez je m'en fous mais agissez ! Marre d'etre seul !!!!!
Et dire que je paye pour etre délégué syndical !! :)
On peut se demander si la tendance au conservatisme n'est pas le fait du vieillissement de toute organisation. Au fil du temps, les dirigeants cherchent à perdurer et défendent, en dernière instance, les intérêts des membres de l'organisation au prix, s'il le faut, des objectifs de l'organisation.
Au risque d'en faire sursauter quelques uns, il me semble que la Révolution Culturelle, lancée en Chine par Mao Tse Toung dans les années 60, partait de ce constat. Mao déclarait qu'il faudrait des successions de Révolutions Culturelles renversant les "révisionnistes" (alias les dirigeants conservateurs) pour empêcher un retour du "capitalisme" (alias tourner le dos à la libération des travailleurs). On note que Mao avait rencontré un fort écho chez les jeunes. Cet écho avait largement dépassé la Chine. En regardant la Chine actuelle, on peut se demander si Mao n'avait pas un peu raison. Ceci est il pertinent en Europe 40 ans plus tard? à vous d'en juger.
Au lieu de râler contre les syndicats, syndiquez vous et vous pourrez les faire évoluer.
C'est simplement un acte citoyen.
Ce qui me semble intéressant dans l'analyse de Mr Mouriaux, c'est le fait que l'ensembles des syndicats irréfragables aient pris acte de la société libérale et ne cherchent donc plus à proposer un autre modèle de société mais seulement à ralentir sa fuite en avant. Résultat, je pense qu'ils se mettent d'eux-mêmes en situation de ne jamais être que des pions des différents gouvernements présents et à venir.
Il me semble qu’un syndicat fait figure d'exception (mais il n’est pas irréfragable), il s’agit de Sud. Or, comment les médias cherchent-ils à nous dépeindre Sud à longueur de JT ? Comme un syndicat inconscient et extrémiste. Et pourtant, je suis prêt à parier que c’est Sud qui réussira à toucher le plus de jeunes et moins jeunes travailleurs pour s’engager dans le futur dans la lutte syndicale.
Il faut, je crois, regarder la réalité en face.
J'ai été plusieurs années, délégué dans une entreprise de 4000 salariés numéro un au monde dans son domaine, en tant que secrétaire du Comité Central d'entreprise et je crois que je sais de quoi je parle. Nous avons fait pendant ces années un travail remarquable en tout premier lieu parce que nous avions un nombre d'adhérents important (nous avions une représentativité prise en compte par nos dirigeants) et ensuite parce que notre Direction, étant elle aussi de "l'ancienne école" avait la volonté d'aller de l'avant, dans l'intérêt d'abord de l'entreprise et ensuite des salariés. tout cela fonctionnait bien, les salariés étaient satisfaits et cette situation n'empêchait pas notre patron d'être milliardaire, amoureux se SON entreprise, en pensant au long terme.
A la mort du patron, la famille a vendu la Société à un Groupe, nous avons eu alors des gestionnaires qui ont décidé qu'il fallait tout changer, que cette époque était terminée, "qu'on allait voir ce que l'on allait voir" et ils ont saccagé l'esprit de cette maison qui avait fait sa force depuis un demi siècle.
Les anciens salariés, pour la plupart syndiqués, sont partis à la retraite, les jeunes embauchés n'ont pas, pour la plupart, jugé utile d'adhérer à un syndicat, choisissant plutôt la "jouer perso".
Les résultats ont été édifiants!! Ces mêmes nouveaux salariés se plaignent des syndicats, de leur manque d'efficacité, je ne peux que leur dire ceci: Les patrons sont moins stupides que vous, car eux, ils se syndiquent!! Les délégués du personnel ne font pas leur boulot? C'est simple, commencez par vous syndiquer en nombre et allez dans le local de votre syndicat pour leur secouer les puces, leur demander des comptes et avancer vos idées, si vous pensez qu'elles sont si bonnes que ça.
Ils seront OBLIGES de vous écouter et d'intégrer vos remarques dans leur réflexion, ils n'auront pas le choix. Il est fatiguant d'entendre les gens se lamenter pour tout, salaires, retraites, "les temps ont changé, ce n'est plus comme avant, nous n'aurons peut être pas de retraite, ce n'est pas comme vous, nous, la retraite nous allons devoir nous la faire, etc etc.. et j'en passe et des meilleures!!!
Pensons simplement qu'en 1945, après la guerre, il n'y avait rien ou pas grand chose, la France était ruinée.
Nos anciens ont bossé, se sont défendus, bien que moins instruits qu'aujourd'hui, ils ont tout gagné, ensemble, la sécu, les retraites, le droit du travail, le cadre de vie, etc... Aujourd'hui, nous sommes en train de perdre à grande vitesse ce qu'ils ont eu tant de mal à nous gagner. Au lieu du nous lamenter sur notre sort et s'en prendre de façon stérile au temps, au Gouvernement ou aux syndicats, prenons nous en charge et donnons nous les moyens de changer ce qui ne va pas. Avec le temps et la volonté, nous pouvons faire évoluer les choses, tout simplement EN PARTICIPANT A LA VIE DE NOTRE SOCIETE.
"AIDE TOI ET LE CIEL T'AIDERA!!!"