Pouvoir d'achat: la goutte d'eau qui fait déborder le gaz

Le "gouvernement Sarkozy" (ainsi qu'on commence à l'appeler, le Premier ministre s'étant durablement évaporé) n'en menait déjà pas très large lors de la présentation du projet de loi sur le pouvoir d'achat. Après la décision, jeudi, d'autoriser une hausse des tarifs du gaz de 4%, qui frappera 7 millions de foyers à compter du premier janvier, son discours sur le sujet devient inaudible.

Depuis la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy ne parvient pas, sur cette question, à sortir de l'incohérence:

1. Sarkozy le candidat promet d'abord d'être "le président du pouvoir d'achat".

2. A peine élu, Sarkozy le président distribue du pouvoir d'achat, mais aux plus aisés: c'est le bouclier fiscal, la baisse de l'impôt sur les successions, le remboursement des frais de scolarité des enfants d'expatriés, etc.

3. Arrive l'hiver. Il met en route une loi sur le pouvoir d'achat, mais les caisses étant vides, il est contraint de recourir à une usine à gaz qui ne lui coûte rien, à base de "monétisation des RTT", "déblocage de la participation" et de "changement d'indexation des loyers". Il tergiverse au passage sur l'exonération de la redevance télé pour les retraités non imposables (que la majorité entendait initialement supprimer). Les députés recousent comme ils le peuvent le projet, pour le rendre plus présentables sous les lazzis des socialistes, qui jusque là hibernaient, aussi silencieux que François Fillon

4. Malgré des sondages catastrophiques sur la question, Sarkozy autorise l'augmentation de 4% des prix du gaz. Soit une cinquantaine d'euros d’augmentation sur la facture annuelle d’un foyer moyen.

Une décision motivée par les exigences des marchés

Le gouvernement pouvait-il faire autrement? La demande d'augmentation émanait de GDF, dont l'Etat est le principal actionnaire, avec 80% du capital. Le groupe avait demandé une hausse de 6%, sachant qu'il n'en obtiendrait qu'une partie. Une demande assez naturelle, et qui n'a rien d'exorbitant: les tarifs du gaz aux particuliers n'ont pas bougé depuis mai 2006, alors les coûts d'approvisionnement (qui suivent les cours du pétrole) ont explosé. Selon les dirigeants de GDF, sans ajustement, le groupe risquait de connaître des difficultés financières. Par ailleurs, une dégradation des comptes -et la chute des cours de l'action qui s'ensuivrait- menaçait de compromettre la fusion envisagée entre Suez et GDF... La politique des tarifs du gaz se fait aussi "à la corbeille".

La situation de GDF n'est pas catastrophique

Dans ce dilemme, quelle devait être, alors que le pouvoir d'achat est une préoccupation centrale des Français, la priorité de l'Etat? Après tout, la situation de GDF n'est pas encore catastrophique, loin de là. La hausse des cours des hydrocarbures est en partie compensée par la baisse du dollar. Par ailleurs, comme le remarquent les associations de consommateurs, pour importer son gaz, GDF signe des contrats de fourniture de long terme, qui permettent de lisser les variations des prix. Au 1er semestre 2007, ses bénéfices s'élevaient à 1,51 milliard d'euros. Des bénéfices qui avaient augmenté de près de 30% par an en 2005 et 2006. De bons résultats dont les consommateurs n'ont pas vu la couleur.

Pascal Riché


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Par mrleon
19H36    28/12/2007

"GDF a entamé vendredi dernier un programme de rachat en bourse de ses propres actions, pour un montant d'un milliard d'euros", Plume de presse dixit.

http://olivierbonnet.canalblog.com/

 
Par Noël
20H31    28/12/2007

vous oubliez la réforme de l'assurance maladie qui est mise en place au 1er janvier:

Franchise de 0,50€ par boite de médicament ainsi que sur les actes de kiné et d'infirmière,sans compter les transports.

De plus en plus de médicaments sont déremboursés mais personne ou si peu en parle,à quand un article sur la réforme de l'assurance maladie.

 
Par sinclair
21H51    28/12/2007

Tout a fait et bien vu!!

GDF est en partie privatisée donc il faut que les actionnaires Suez soient bien rémunérés. Le coup de la parité pétrole gaz est une supercherie il n'y a aucun rapport. D'autant que cote pétrole nous sommes dans la speculation

La privatisation coutera cher au consommateur on le voit sur cette augmentation mais le rachat de titre est paye par qui a votre avis.?

 
Par Laurent W
23H14    28/12/2007

Je me permets juste une petite théorie sur le pouvoir d'achat : dans la sociologie des mobilisations, on évoque souvent le principe de la construction du mécontentement et de la transformation d'un problème en mécontentement, puis en protestation ; pour cela, il faut que le problème trouve des mots pour être dit.

Je me demande jusqu'à quel point Sarkozy n'a pas contribué à produire la protestation - qui va croissant - sur le pouvoir d'achat. Non pas que le problème n'existait pas. Mais en s'engageant d'une manière démagogique à être "le président du pouvoir d'achat" et donc en politisant cette question qui a été soigneusement dépolitisé, le candidat, puis le président, a donné aux Français les mots qui leur permettent de protester contre la baisse de leur pouvoir d'achat.

Je ne sais pas si je suis clair, mais du coup, on peut se demander si le boomerang n'est pas susceptible de lui revenir en plein visage. Pour se dire que le pire n'est jamais sûr...

 
Par Pierrrrre
23H26    28/12/2007

Ben oui, le prix du gaz augmente, et cette augmentation doit être répercutée pour sa consommation, quelle logique scandaleuse!

Exact que Sarko a avancé la défense du pouvoir d'achat, ce qui est une contre-vérité économique:
la France a largement vécu au dessus de ses moyens.

Depuis l'avènementy socialiste par Mitterrand.
Son endettement a été multiplié par 10.
Dans les années 80, les socialistes pronaient aussi la "relance du pouvoir d'achat"..
c'est ce qui a été fait, générant un déficit abyssal, par une augmentation des importations.

Parallèlement, les impôts ont augmenté, passant pour certains le taux d'imposition au dessus de 60% de leurs revenus.. 100% avec l'ISF...
..fuite des cerveaux.. fuite des riches, remplacés par une immigration appelée par un désir de diversité et d'investissement électoral en gonflant la population d'assistés.

Le chômage a explosé à plus de 3 millions,
nos fleurons industriels ont été nationalisés, puis privatisés avec dégats entre deux...

Et quand la droite au pouvoir prenait le taureau par les cornes pour corriger des abérations économiques, elle se faisait balayer par les élections populistes qui en suivaient.

Alors que voulez vous, Sarko a du lâcher quelque lests démagogiques pour essayer de faire le contre poids des arguments de sortie de bistro de l'autre coté.
"défendre la pouvoir d'achat"... Fillon doit se tirer les cheveux... mais c'est le problème de nos démocraties, ça ne sert à rien de répéter que 1+1=2 à un électorat qui ne vote que pour ceux qui prétendent que ça fait 3.

Ben oui, "défendons le pouvoir d'achat des travailleurs, et décrétons que 1+1=3"

en attendant, ça fait bien 2, et la France a plus besoin d'investissements que de sur-consommer des produits venant d'ailleurs.

Il ne faut pas être un grand économiste pour comprendre que nous allons à notre perte,

en important produits chinois et SDF,

et en exportant ISF, entrepreneurs et diplomés ingénieurs.

 
Par vaesoli
23H46    28/12/2007

quel beau défouloir qu'internet! un outil sarkozyen!
et que je vitupère, et que je gueule et que j'ai l'imagination vengeresse, sarcastique, cynique et que je suis pas content,et que j'argumente, démontre, démonte, analyse finement, attaque, contre, caricature, ironise, ricane, soupèse, me gratte l'écran, flatte ma souris...
une augmentation de 4 % du gaz qui fait péter les compteurs du net...y a avoir des centaines de commentaires tous indignés, colériques, révolutionnaires, définitifs et pertinents et de bon sens et justifiés................... et personne dans la rue! j'ai regardé par la fenêtre: ya person!

 
Par nipivime
05H51    29/12/2007

Le truc est que, justement, les "actionnaires" de GDF sont sensés être ces mêmes consommateurs. Je sais que c'est faux, mais c'est pourtant ainsi que les grands équilibres sont pensés en haut lieu. Attention, ce n'est pas ce que je pense, mais ce que je pense qu'ils pensent, grâce aux miracles de l'aggrégation des nombres et avec un petit peu de myopie idéologique : "vu de Sirius", comme on dit, les français sont actionnaires (allons, qui n'a pas un petit PEA quelque part ?), et donc, ils gagnent d'un côté ce qu'ils donnent de l'autre.

Je suis prêt à parier que c'est avec cette bonne foi là que bien des gens "en haut" justifient ce qui se passe, persuadés d'aller dans le bon sens, et regardent s'agiter ceux d'en bas qui grognent.

Ce genre de raisonnement est terrifiant.
-Pas seulement parce qu'il gomme le fait que l'Etat est actionnaire (et que donc, la hausse du gaz est un moyen de financer d'autres dépenses)
-Pas seulement parce qu'il néglige le machin complexe qu'est la fusion en cours GDF Suez, les enjeux de pouvoirs et de gros sous qu'il y a la.
-Pas seulement parce qu'il néglige le fait que la répartition entre les ménages est loin d'être équitable.
-Pas seulement parce qu'il entérine le fait que, s'il s'agit d'un impôt (ou plutôt d'une contribution) qui ne dit pas son nom, cet impôt (cette contribution) est fiscalement injuste et antiprogressive (justement parce que ce sont les plus aisés qui, possédant a priori plus d'actions, sont les principaux bénéficiaires).

Il est terrifiant parce qu'il entérine le tournant pris depuis une vingtaine d'années, "actionnariat populaire", "actionnariat salarié", quel que soit son nom, le tournant qui consiste à déplacer petit à petit les revenus du travail vers le capital. C'est souvent au nom de la globalisation que cet argument est avancé, parce que le travail se délocalise qu'on justifie ce mouvement (mais cela nous entraînerait trop loin dans la discussion, d'autant que justement, les pays du Sud commencent dajà à acheter les entreprises occidentales, donc se mettent en position d'obtenir les revenus du capital). C'est surtout une dépersonalisation de l'économie, et, à mon avis, la cause de bien des maux actuels.

Ah, tiens, au fait... Résistance active ? Avant même le vote, si vous vendiez vos actions ?
N:)