Universités: ça coince et ça bloque encore

Si la plupart des blocages ont été levés, les actions continuent sur certains sites. Le point à Lille, Montpellier et Lyon.

Des CRS qui occupent une fac et empêchent les étudiants d'y entrer: la scène, à front renversé, s'est déroulée dans les locaux de l'université de Lille III jeudi soir. La fièvre étudiante est largement retombée au plan national, et le gouvernement peut miser sur les vacances d'hiver pour éteindre les derniers feux du mouvement. Mais plusieurs sites sont toujours mobilisés contre la loi sur l'autonomie des universités.

A Lille. Les CRS (compagnies républicains de sécurité) ont parfois des ruses de sioux. Jeudi, ils ont profité que les étudiants bloqueurs étaient partis manifester dans les rues de Lille pour investir les locaux de l'université, à la demande du président de l'établissement Jean-Claude Dupas. L'objectif? Empêcher le retour des grévistes, et permettre la reprise des cours, suspendus depuis le 6 novembre.

De retour au bercail, les étudiants sont tombés sur un cordon de CRS. Lesquels n'ont pas tardé à les repousser jusqu'aux portes du campus. (Voir la vidéo, tournée et montée par des étudiants bloqueurs.)


Acte II, ce vendredi matin. Les CRS ont commencé à trier les arrivants, pour laisser passer les non-grévistes et bloquer les bloqueurs. Lesquels ont choisi d'investir le conseil d'administration de la fac, avant de voter à nouveau le blocage. Les forces de l'ordre ont fini par quitter le site vers 14h30. Une nouvelle AG pour décider de la suite du mouvement est prévue lundi matin. Comme ailleurs, des enseignants chercheurs ont rejoint le mouvement.

Comment en est-on arrivé là? Jean-Claude Dupas, qui ne souhaite pas répondre aux journalistes selon la "cellule communication", s'est expliqué dans un communiqué:

"Jeudi 13 j'ai demandé l'intervention des forces de l'ordre afin d'assurer le libre accès aux bâtiments de l'université. [Vendredi], j'ai néanmoins refusé de faire intervenir les forces de l'ordre à l'intérieur des bâtiments et je leur ai demandé de se retirer du site afin d'éviter toute confrontation directe."

"Il est important que l'ensemble de la communauté exprime clairement son refus du blocage des locaux."

"Le président a conservé une attitude de mépris envers les étudiants"

Dans un communiqué, le collectif "Sauvons l'université - Lille 3" a condamné "l'appel injustifié aux forces de l'ordre (...), qui ne peut qu'exacerber les tensions." Pour Marc Parmentier, maître de conférence en philosophie, le président de l'université a "perdu les pédales":

"Il a pris des initiatives qui ne faisaient qu'empirer les choses, au lieu de chercher le dialogue. Il est de la vieille génération, et a conservé une attitude mandarinale de mépris envers les étudiants. Il a cru qu'il suffirait de leur faire peur en menaçant de supprimer les examens."

L'attitude de Jean-Claude Dupas est, pousuit l'enseignant-chercheur, "la preuve que la loi LRU ne peut pas marcher: on confie trop de pouvoir aux présidents d'université, qui ne sont pas formés pour ça, ils paniquent".

Autre explication avancée par Dominique Vidal, maître de conférence en sociologie: l'origine sociale spécifique des étudiants de Lille III. "C'est une population qui connaît la précarité dans sa grande majorité", explique-t-il:



A Montpellier, cinq étudiants sont en grève de la faim depuis cinq jours, et entendent poursuivre jusqu'au retrait de la loi: "nous continuerons cette grève de la faim jusqu'au minimum l'abrogation de la LRU", assurent-ils.

A Montpellier III, le blocage a été rejeté par une majorité de votants lors du scrutin organisé par la présidence de l'université jeudi. Comme à Lille, c'est la présence policière qui est dénoncée, comme expliqué vendredi sur le blog du comité de mobilisation des personnels et enseignants:

"Nous condamnons les violences policières et nous apportons notre soutien aux différents étudiants blessés pendant les charges de la police et au membre du personnel de l'UPV violemment étranglé par un policier de la brigade anti criminalité. (...) Nous refuserons d'entrer dans l'université sous escorte policière."

Le site publie aussi un extrait du journal de France 3 Sud diffusé jeudi midi qui fait froid dans le dos. (Voir la vidéo.)


A Lyon II enfin, la situation est aussi très tendue. Selon une enseignante dont le témoignage est publié par le site militant Bellaciao, "des vigiles privés, très jeunes, non assermentés, arrogants et dépassés par les événements, patrouillent dans la fac avec au bras un brassard orange marqué 'sécurité'".

"Ils apostrophent tout le monde, tutoient tout le monde, et nous demandent de justifier de notre présence dans l’Université en montrant notre carte "cumul" (une carte magnétique d’étudiant ou d’enseignant qui sert aussi de carte de bibliothèque et de carte... de paiement dans l’enceinte de la fac... ce qui, en soit, ne me plaît déjà pas beaucoup)."

Ce texte est en train de faire le tour du Net.

Avec Julien Licourt (ESJ Lille) et Thomas Huet.


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Par Le Yéti
14H18    15/12/2007

UN ESSOUFLEMENT QUI NE MANQUE PAS D'AIR

11 décembre 2007, France Inter annonce presque en catimini que trente-cinq universités (sur quatre-vingt) sont encore plus ou moins "bloquées ou très perturbées". Ah bon, il paraît qu'il s'essoufflait, ce mouvement ! Tellement à court d'oxygène, nous laissait-on entendre, que plus aucun des médias du cénacle bien en cours ne jugeait bon d'en piper mot.

Et pourtant, apparemment, l'asphyxié bouge encore (merci Rue 89 !). Et d'une façon assez inédite.

La semaine auparavant, à Caen, un groupe de faculteux défilait en braillant de drôles de slogans, en brandissant de drôles d'affiches :

"Merde au fric... Non aux entreprises... À bas le monde des flics et du fric..."

Ça changeait étrangement des sempiternels "du boulot et des sous", "des 4x4 pour tout le monde" ou encore "non à la misère du monde chez nous..."

13 décembre 2007, un article de Libération sur la situation à l'université Paris 8. Une banderole sur le fronton :

"L'utopie fait partie de la mémoire de cette fac."

Là franchement, ça tourne à l'extravagance. Mais non, à Paris 8, les potaches ont dressé un "mur d’expression libre" avec les tables. Et quelles expressions !

"Résister, c’est créer... Prendre un tract, c’est bien. Résister, c’est mieux... Nous réclamons notre droit à rater notre existence, compte tenu du modèle de réussite contemporain..."

Des profs côtoient les grévistes et ont monté des "cours alternatifs" au motif que "la grève, ce n’est pas la cessation totale d’activité" et pour que "la fac soit un lieu de rencontre, de réflexion sur la société, pas seulement un endroit où accumuler quelques connaissances."

En fait, ça ne mange pas de pain, ce genre de revendications. Les étudiants ne sont pas des crétins. Ils se rendent bien compte qu'ils n'ont strictement PLUS RIEN à attendre ou à espérer du monde qu'on leur propose. Sinon celui de sombrer avec lui. Tant qu'à faire d'être dans le pétrin, autant demander l'impossible.

Au fait, c'est quand le quarantième anniversaire de Mai 68 ?

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Quelques adresses pour ceux qui veulent s'informer (cliquer sur les noms):

 
Par HL
11H35    15/12/2007

Il serait intéressant (pour un article plus complet, voir exhaustif) d'obtenir un état des mobilisations dans les différentes universités françaises.

Par exemple à Paris-Diderot Paris-7, bien que les blocages des cours aient cessé, la situation est de plus en plus tendue avec le président élu en mai 2007 Guy Cousineau (violents échanges de mails avec des personnels et des membres des conseils) depuis le blocage mardi 11 décembre par 150 étudiants et enseignants du Conseil d'Administration (CA) devant voter la composition des CA suivants, c'est à dire correspondant au premier pas de l'application de la loi LRU.

Un des premiers effets de la loi LRU, avant même son application, semble être (pas seulement à Paris-7) la polarisation des relations entre la présidence (pourtant constituée d'enseignants-chercheurs élus) et les étudiants, mais aussi les personnels : comme si la gouvernance universitaire qui prévalait jusque là devait laisser place à un gouvernement sans concertation, en faisant au passage disparaitre la réalité d'une cohésion au sein de la communauté universitaire de chaque établissement, ce qui est paradoxal à un moment où chaque université est encouragée, par l'autonomie économique, à se vivre comme l'échelon pertinent vis à vis des acteurs extérieurs, de la politique de recherche, du "fundrising", etc.

(AG des personnels lundi à 12h30 sur le site Paris-Rive gauche)

 
Par chirouble
12H13    15/12/2007

Pierre 17 ans lycéen à Nantes. Le 27 Novembre il manifeste avec un millier d'étudiants...les crs chargent et il reçoit d'un flash-ball une balle dans l'oeil. Transporté d'urgence à l'hôpital ou quelques jours après le pronostic est incertain quand à la perte de l'oeil touché.......aucune réaction tous médias confondus, silence total. Cette victime n'est pas intéressante....elle n'a pas été choisie par notre président qui de temps en temps se précipite au chevet d'autres victimes plus "médiatiquement" intéressante.

Beaucoup d'infos sur les grèves et mouvements étudiants sur le site indymedia.org

 
12H14    15/12/2007

J'ai beaucoup d'admiration pour ceux qui se battent encore. A Evry le mouvement c'est éssouflé et le peu qui continuaient à se battre cumulé avec le fait que la grande masse des étudiant ne réagit qu'aux infos "TF1" tue un peu tout ça...

Que faire alors ? Je pense que le travail a effectué il est plus long et plus profond q'un mouvement social. Le mouvement social doit couronner le changement général des mentalités et c'est quelquechose qui est loin d'être évident. Déjà parce que nous allons a contre sens de l'évolution actuelle (la faschisation générale) et ensuite parce que changer quelqu'un demande un travail de personne à personne et un travail qui s'inscrit dans la durée.
Moi j'essaye de le faire tant bien que mal ne serait-ce qu'en parlant, en debattant, mais je suis loin d'être efficasse.

C'est d'ailleur un des avantages de l'art qui touche plus profondément les gens parce qu'il les séduit avant de leur faire passer un message ^^

Bref tout ça pour dire que j'espère qu'on sera de plus en plus nombreux, j'espère que ces jacqueries des temps modernes nous délivrerons un jour des graves dérives qui se profilent.

 
Par vincicom
14H19    15/12/2007

En tout cas, à Perpignan, c'est bel et bien fini le blocage depuis 2 semaines maintenant.

Après une énieme tentative d'organisation d'un vote mardi 4 décembre, non reconnu par l'administration, vendredi 7 décembre a sonné le glas du mouvement des bloqueurs.
Lors de ce vote de mardi ( sans verification de qui vote + boycott d'une partie des nti-bloqueurs ), les bloqueurs ont litteralement ASSIEGE le bureau du président qui refusait de valider ce vote.

Pour avoir assister a une de leur AG, on se rend bien comtpe que le problème n'est pas cette loi, mais TOUT le gouvernement ! C'était plus une question de politique générale ( les bloqueurs étaient tous a gauche, meme d'extreme gauche ) qu'un reel débat sur cette loi.

A savoir également que les bloqueurs ont dégradés les locaux ( photos a partir de la page 2 : http://blogpasmafac.skyrock.com/ )
et qu'il y a pour plus de 160 000€ de frais occasionnés par ces gens là !

Qui va payer ? Peut être les étudiants, peut etre ceux qui payent des impôts.