Annoncée à l'automne 2003 avec l'exposition "Picasso intime" lors de son installation éphémère dans le Xe arrondissement, la Pinacothèque de Paris a finalement ouvert ses portes du 28 place de la Madeleine le 15 juin dernier, avec l'exposition "Roy Lichtenstein: évolution".
Le choix d'un tel artiste pour inaugurer le lieu revient à son directeur, l'historien d'art Marc Restellini, qui s'ingénie depuis des années à proposer des solutions "grand public" permettant à chacun de "s'approprier sans complexe l'héritage culturel dont il devrait être le dépositaire". Or, si quelques toiles de l'un des artistes les plus représentatifs du Pop Art américain sont montrées dans la collection permanente du Centre Georges Pompidou, la dernière exposition parisienne à lui avoir été entièrement consacrée remonte à 1982. Ce qui semble presque invraisemblable aujourd'hui, Roy Lichtenstein (1923-1997) étant une "star"; avec tout ce que l'appellation comporte d'accessible et de mystérieux à la fois.

Car tout évident que paraisse son travail, il s'avère pourtant par endroits singulier et déconcertant: "Cet art, comme son artiste, refuse de se laisser saisir ou définir trop étroitement. Je crois qu'à présent commence à émerger derrière l'homme public un univers intime plus vaste et plus insaisissable encore. Sous son abord calme et excentrique, nonobstant son génie, se cachaient une résolution d'acier, une ambition absolue et un esprit créatif obsédé par le besoin de réfléchir à la nature de l'art, à ce qui le rend satisfaisant, à la façon de le faire, aux artifices de son histoire, à la critique et aux prodiges de l'œil, de l'esprit et de la mémoire", explique le commissaire général de l'exposition, Jack Cowart, qui n'est autre que le directeur exécutif de la Fondation Lichtenstein à New York.
L'œil expert s'en ressent d'ailleurs immédiatement. Dans l'utilisation de l'espace, d'abord: les 97 œuvres sélectionnées pour l'occasion (créées entre 1966 et 1997) sont accrochées et disposées au sous-sol de la Pinacothèque, de manière tout à fait audacieuse et aérée. Des "pièces" communiquent sans jamais cliver, sans coupures mais par coupes, dans une trajectoire que dessinent des pans de mur posés ça et là, mobiles, comme prêts à être délogés. Un air d'atelier, en fait, qui appelle la mémoire à se souvenir, d'une œuvre à l'autre.
Ces murs immaculés, ensuite, soutiennent des productions (encore inconnues en France) qui proviennent pour la plupart de collections particulières et attestent explicitement de l'origine des travaux de Lichtenstein: figures populaires du monde du dessin animé comme Dagwood, Tintin et Donald Duck, héroïnes de BD pour filles comme Girl's Romances, symboles classiques manifestes tels que le Laocoon ou les paysages de Van Gogh, de Cézanne, les baigneuses et les portraits de Picasso ou les nus et les intérieurs de Matisse, mais encore les nymphéas de Monet ou les colonnes sans fin de Brancusi. Figurent également les paysages de la peinture chinoise. Croquis, dessins, collages, et maquettes sont harmonisés de telle façon qu'ils révèlent intelligemment les différentes phases du processus de création de l'artiste.
Enfin, certains propos, extraits de son livre "About Art" (1995), viennent ponctuer, noir sur blanc, la balade. Ils témoignent d'une réflexion pudique et disciplinée propre à Lichtenstein. Ainsi, sur l'utilisation des points répétés régulièrement, de lignes diagonales et de zones de couleurs uniformes plutôt familières à notre œil, clarifie-t-il par exemple: "(...) Elle suggère que mon œuvre est exactement là où elle est sur la toile et sûrement pas une fenêtre ouverte sur le monde". Tous les artistes ne savent pas formuler par des mots leur conception de l'art, leur vision personnelle; lui sait partager, et ce, pour le plus grand plaisir du visiteur.
Seul hic, peut-être, au chic de la Pinacothèque de Paris avec son espace blanc-béton aux allures de loft branché qui semble sciemment laissé à un état brut, "nu", inachevé: ce disgracieux lino gris qui recouvre le sol lorsque vers lui nos regards se baissent... Architecture originale et prometteuse cependant, pour exposition inaugurale inédite installée jusqu'au 23 septembre prochain.
Copyright: Estate of Roy Lichtenstein New York/ ADAGP, Paris (2007).

Commentez les articles de Rue89 en vidéo avec votre webcam.





En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.
Comme j'aimerais me rendre dans ce lieu. Mais je ne le pourrai pas. La découverte d'un nouvel écrin est toujours une émotion. Quel dommage que les Français n'en aient que faire des oeuvres d'art.5+4=9. Si neuf personnes répondent à cet article de rue89 se sera pas si mal, mais j'en doute! C'est de la critique qu'il faut rétablir dans Rue89 si vous voulez qu'une dynamique s'installe. Pourquoi laisser une réaction à ce que l'on ne comprend pas?
1+1=2.
Je crois savoir que la fréquentation des musées en France se porte plutôt bien, non ? Ce qui contredit vos propos.
Par ailleurs, au lieu de stigmatiser ces pauvres Français qui, selon vous, "ne comprennent pas" l'art, vous feriez mieux de dénoncer le défaut d'enseignement(s) artistique(s) à l'école.
En dépit de cela, nombreux sont ceux qui sont touchés par la création d'autrui. Mais n'est-ce pas le but de l'oeuvre d'art : parler autrement ?
sancho, si comme vous dites, il y a défaut d'enseignement artistique à l'école, c'est bien qu'il y a une raison à cela! Combien de personnes participent à ces articles sur l'art sur Rue89? Soyez objectif! Ne vous voilez pas la face! Les Français n'en ont que faire de l'art! C'est cela la réalité de nos jours. Enfin, depuis presque toujours!
Quelques artistes leur suffisent. Avez-vous oublié le temps où les cancres finissaient à l'école des beaux arts de la ville? Ce n'est pas si vieux que ça! D'accord, Picasso fut un cancre à l'école! Mais est-ce une raison pour délaisser ce plaisir des yeux, et comme vous le dites fort justement, ne pas l'enseigner. Je dénonce depuis bien longtemps ce manque et ce mauvais enseignement quand il existe. Faites donc un tour sur mon blog et vous pourrez me répondre, peut-être autrement. Vous le trouverez sur Google à pikasso02. Quant à la fréquentation des musées, faites donc la proportion du nombre de visiteurs (toujours les mêmes) avec le nombre de Français en âge d'aller visiter les musées. Vous serez surpris par ce pourcentage! C'est cela, pour moi, être objectif. Si vous croyez ce que vous disent les médias! Alors oui, tout va de mieux en mieux. Bonne journée.
Personnellement, pour ma 1è visite sur Rue89, j'attendais de ce média que l'on dit différent et indépendant, qu'il m'éclaire sur les personnes qui sont derrière le projet de la Pinacothèque, info non trouvée ailleurs (revues d'art ou d'information). Un peu déçu du coup...
Je crois plutôt que pikasso02 a des préjugés sur l'art et un manque de curisosité que beaucoup de français (et encore moins les étrangers) n'ont pas... On a tous le choix d'être curieux ou pas. Mais si pikasso02 veut continuer à rester chez lui et regarder le journal de TF1, il a le choix... Mais qu'ils ne disent pas que cela n'intéresse personne. Paris ou les plus grandes villes de ce monde ne serait rien sans culture!
Même si l'article n'a pas vocation à être une vitrine publicitaire, voici le lien sur le site de la Pinacothèque.
http://www.pinacotheque.com/index.fr.html
Bonjour,
pourquoi tant d'élitisme, monsieur Pikasso, je n'ai jamais vu autant de monde que lors des dernières grandes expositions "populaires", ou lors de l'ouverture du musée des arts premiers
Alors, si l'on ne ré-agit pas toujours à ces articles, c'est peut-être que cela tient plus de l'intime que de "l'intelligence" d'avoir compris comme il faut.
La plupart des gens qui vont voir un lieu d'exposition n'ont pas eu la chance de faire quelques années d'études dans ce milieu et j'aime savoir qu'ils pensent et appréhendent l'art autrement que moi-même
bonne journée à vous et regardez par la fenêtre où que vous soyez, il y a déjà une oeuvre derrière
Cher directeur de création, si vous confondez ce que vous voyez par la fenêtre avec les oeuvres des peintres du passé, je crois que nous n'avons rien à nous dire de plus. Désolé! Heureusement qu'il n'y a pas que les arts plastiques contemporains.
Et oui les Arts Premiers sont contemporains,
Et n'existent pour vous que les Arts qui ont déjà été défini comme arts par les experts (vous avez si peur de vous tromper ?) Osez donc sortir et regarder, l'art est partout, Heureusement que certains artistes l'ont compris car nous n'aurions jamais eu Baskiat, Pollock, Lichenstein, Duchamp, Dali, et bien d'autres encre.
Les livres et les musées, c'est bien; mais ce n'est rien si cela ne sert qu'à dire, j'aime l'art reconnu comme tel par les autres
Je ne vous demande pas de tout aimer, mais au moins cherchez à comprendre
PS : vous voyez que l'on dépasse les 8 commentaires
Heureux de m'être trompé sur le nombre de réactions. Tant mieux si je continue de me tromper!
Vous me portez des critiques. Normal! Vous avez de la matière à voir sur mon blog où je me mets à nu. Mais il serait bien, pour que je puisse à mon tour vous dire ce que je pense, que vous me montriez votre travail sur l'image. Excusez-moi, mais les critiques que vous me portez ne s'appuient sur rien, enfin pas sur ce que j'ai rédigé et proposé au public sur mon blog. Les lecteurs jugeront.
http://pikasso02.skyblog.com/
En approchant de ce bel immeuble de la Pinacothèque, place de la Madeleine, on s'attend à de grands espaces, une expo sur plusieurs étages aérée: 97 pièces, c'est plutôt prometteur. Le prix d'entrée élevé laisse espérer d'importants efforts sur la sélection et la scénographie. C'est pourtant une déception totale, l'expo est reléguée au sous-sol, pas de lumière du jour. Pas de recul sur les oeuvres, une accumulation plus qu'une sélection, certes originale, mais si peu représentative du travail de l'artiste. En dehors de 4 ou 5 très belles pièces au tout début, l'exposition est globalement sans saveur. Il semblait pourtant difficile de rater une exposition autour d'un artiste comme Lichtenstein.
Il me semble que Lichtenstein est l'un des exemples les plus oubliables de l'afféterie artistique bourgeoise. Ce type a décalqué à longueur de toiles des cases de bandes dessinées pour leur apporter du "signifiant", et on y voit un génie? On le célèbre pour quoi, son audace? son regard distancié? la prfondeur de la culture populaire passée à la moulinette du pop art?
L'on met beaucoup de mots sur cet art, mais peu de discours. Élevons-nous un minimum au delà de ce qu'on nous dit de penser. Lisons des livres écrits par des peintres plutôt que par des exégètes.
L'on regrette dans l'article qu'il n'y ait pas eu d'accrochage de Lichtenstein depuis plus de 20 ans. Qu'en est-il de Cécilia Beaux, de Tarbell, Twachtman, Robert Henri, Thomas Lawrence, Henry Raeburn...? On peut trouver des artistes par centaines, bien plus modestes, bien plus estimables, qui n'ont pas droit à leur exposition parisienne tout court. Peut-être faut-il voir là dedans l'humble beauté de leurs œuvres, et surtout, qu'elles ne se fassent jamais l'écho d'une esthétique commerçante, publicitaire. Plus humaniste que Campbell Soup ou DC Comics.
…
Chers amis, vos querelles sont dérisoires et occultent l'essentiel : l'art n'adresse pas de message, il n'apporte pas de réponse. A l'instar de la philosophie, il a pour unique but de formaliser un questionnement, en clair d'aider à se poser les questions essentielles. Ceux qui disent "j'ai compris" n'ont rien compris.
Et il est indéniable que dans notre société de consitoyens (conso-citoyens), l'engouement - réel - pour les grandes expositions procède certes d'un appétit d'esthétisme mais aussi d'un appétit tout court : obtenir des réponses et en être rassasié. Le drame est là : le jour où les gens sortiront du musée avec plus de questions que de réponses, nous aurons recouvré nos esprits !
"Les querelles sont dérisoires". Tout dépend sur quoi! Si c'est sur des propos échangés sur Rue89, je suis d'accord! C'est pourquoi je propose un passage par mon blog. Et cela, non pour vous prouver que j'ai compris. Vous avez raison, "Ceux qui disent j'ai compris n'ont rien compris". Mais il n'est pas question de cela sur mon blog. Constater une évidence est je crois possible de nos jours. Evidence, que nous n'avions pa vue. C'est de cela qu'il est question dans mon travail. Si ce constat n'est plus possible, alors à quoi bon faire des recherches ou trouver sans chercher.
http://pikasso02.skyblog.com/
Roy Lichtenstein et le Pop'Art ont tellement été utilisés dans la déco de bazard qu'ils ne surprennent plus. Ils font partie de notre environnement. Ils contribuent à la confusion-Pub Média-Technique et Art. C'était un de leurs buts d'ailleurs.
Bref : pas nouveau et pas risqué comme expo.