Le palmarès récompense une pensée exigeante du cinéma

Extrait de De son appartement (DR).

Jouant sur la proximité, en allemand, entre "danken" ("remercier") et "denken" ("penser"), Jean-Pierre Rehm, délégué général du festival, a réussi à transmuer l’exercice convenu des remerciements en variations inspirées sur la politique de l’amitié que rendrait possible le cinéma. Les différents jurys ont attesté cette pensée exigeante, voire intransigeante, du cinéma, comparable à une cinéphilosophie.

Ainsi, le Grand Prix de la compétition internationale a-t-il été attribué à De son appartement, très beau film de chambre de Jean-Claude Rousseau, dont le FID accompagne l’œuvre depuis sa Lettre à Roberto de 2002. Quant au Grand Prix de la compétition française, il est revenu à Cène, moyen métrage d’Andy Guerif qui se fait une Cène picturale en un plan-séquence d’une demi-heure, montrant l’installation des décors et la mise en place des ouvriers-acteurs du début à la fin.

Le grand vainqueur à l’applaudimètre fut le réalisateur de France 2007, le charmant Gee-Jung Jun d’origine coréenne, dont le film a reçu une mention spéciale du jury de la compétition française. Vous pourrez en voir un extrait dans mon post précédent. Dans le palmarès complet reproduit ci-dessous, on note une bonne tenue des films français, ainsi que l’émergence d’une nouvelle vague philippine avec deux films primés. Enfin, je constate avec plaisir que deux autres films loués dans ce blog ont été distingués: Nawna et Halfmoon Files.

Extrait d'Haruki Yukimura et Nana-Chan (DR).

Après la cérémonie de clôture, qui s’est tenue dimanche soir au Théâtre de la Criée, les festivaliers se sont retrouvés pour une soirée dansante à l’espace FMR sur le vieux port, avec Likhan et DJ Yuman Tronic aux manettes. Parmi les films non primés, revenait souvent dans les conversations Haruki Yukimura & Nana-Chan, du Français-Xavier Brillat (2006). Portant sur plusieurs séances de bondage au Japon entre un grand maître des liens et une ravissante soumise, le film avançait effectivement une modeste proposition pour redonner de l’élan au lien social, entre violence et tendresse…

Rendez-vous très prochainement pour un dernier post, qui dressera un bilan du festival, tout en proposant deux entretiens filmés en Mini DV avec Jean-Claude Rousseau et Jean-Pierre Rehm, en collaboration avec la télévision iranienne.

 

Palmarès du 18e Festival international du documentaire de Marseille

Grand Prix de la compétition internationale
"De son appartement", de Jean-Claude Rousseau (France, 2007).

Mention spéciale du jury de la compétition internationale
"Autohystoria", de Raya Martin (Philippines, 2007).

Prix Georges de Beauregard international
"Fengming, chronique d’une femme chinoise", de Wang Bing (Chine, 2007).

Grand Prix de la compétition française
"Cène", d'Andy Guerif (France, 2006).

Mention spéciale du jury de la compétition française
"France 2007", de Gee-Jung Jun (France, 2007).

Prix Georges de Beauregard national :
"Nawna (Je ne sais pas…)", de Nazim Djemaï (France, 2007).

Prix premier
"Huling Balyan Ng Buhi: O Ang Sinalirap Nga Asoy Nila", de Sherad Anthony Sanchez (Philippines, 2006).

Mention spéciale premier du jury Premier et son
"Premier oracle (oracle de Prohlis)", d'Andreas Fohr (France, 2007).

Prix son
"1937", de Nora Martirosyan (Arménie/France, 2007).

Mention spéciale son du jury Premier et son
"Le Goût des olives", d'Anne Lacour, (France, 2007).

Prix des médiathèques
"The Halfmoon Files", de Philip Scheffner (Allemagne, 2007).

Prix du Groupement national des cinémas de recherche (GNCR)
"Hic Rosa, partition botanique", d'Anne-Marie Faux (France, 2006).

Prix Marseille espérance
"Montre-moi", d'Anneleen Hermans (Belgique, 2006).

A voir:
Rue89 au festival du documentaire de Marseille
Le blog de Jérôme Cornette.

 


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23H46 10/07/2007

Belle prise de parole de Jean-Pierre Rehm, très bon choix du jury son, des médiathèques et de Marseille espérance, par contre, qu'est-il arrivé au jury international? Une sorte de bondage mental? A mon avis, Jean-Claude Rousseau n'aura pas son bac (et ferait mieux de faire la poussière chez lui de temps en temps).
Merci Jérôme pour tes chroniques.

 
Courageux anonyme
12H04 11/07/2007

Je pense qu'il y a un malentendu.
Gagner un prix dans un festival est une reconnaissance et non pas une évaluation.

Oui le film de Jean-Claude Rousseau est exigeant pour le spectateur car c’est à lui de faire l’expérience du regard. Mais oui, c’est une très belle expérience qui nous renvoie à quelque chose de la beauté et de l’intérieur. Oui, il est juste qu’il soit reconnu dans cette manifestation car c’est peut-être le seul espace où l’on peut encore voir des films qui n’obéissent pas à une loi de marché mais à une éthique du cinéma.

Pour avoir plus d’informations sur le cinéma de Jean-Claude Rousseau http://www.derives.tv

 
Courageux anonyme
11H41 13/07/2007

Je suis d'accord de dire que gagner un prix, c'est une reconnaissance mais c'est aussi une évaluation de la part d'un jury vis à vis d'autres films présentés dans ce qui s'appelle tout de même une compétition. Remettre un prix pour l'ensemble de son oeuvre est une autre initative et je pense que Chantal Ackerman a été l'année dernière également récompensées pour l'ensemble de son travail plus que pour son film (auteur filmé seul en appartement également, drôle de coïncidence). Il n'y aurait dans ce cas même pas besoin de film pour reconnaître une oeuvre et encore moins d'une compétition.
Quand on parle d'exigence pour le spectateur qui doit faire l'expérience du regard je pense que depuis Marcel Duchamp l'eau a coulé sous les ponts et qu'un film ne peu plus se baser uniquement sur ce genre de concept.
Quand à dire que le FID est le seul espace où l’on peut encore voir des films qui n’obéissent pas à une loi de marché mais à une éthique du cinéma, je vous invite à aller voir des films dans les nombreux festivals de films et vidéos expérimentales de France et d'ailleurs où l'on peut faire à longueur de journée des "expériences du regard" (simultanément au FID se déroulait dans la même ville le festival images contre-nature par exemple). On y découvre plein de choses qui pourraient vous intéresser dans la cadre de votre revue DVD.